Évangile de la Sainte Famille, 31 décembre 2017

Du pain sur la table

Sainte Famille (année B), selon l’écrit de Luc 2, 21-40

21 Lorsque les huit jours sont accomplis pour sa circoncision,
on lui donne son nom: Jésus;
comme il a été appelé par le messager divin, avant sa conception.
22 Lorsque les jours de leur purification sont accomplis, selon la Tora de Moïse,
ils montent à Jérusalem pour présenter l’enfant au Seigneur,
23 comme il est écrit dans la Tora du Seigneur:
«tout premier-né de sexe masculin sera appelé « consacré au Seigneur ».»
24 Ils vont pour donner en offrande sacréeun couple de tourterelles ou deux poussins de colombes,
selon ce qui est dit dans la Tora du Seigneur.25 Voici qu’à Jérusalem, il y a un homme du nom de Syméon
et cet homme juste et fervent attend la Consolation d’Israël
et le Souffle spirituel sacré est sur lui.

26 Il a été averti par le Souffle spirituel sacré
qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le messie du Seigneur.

27 Il est inspiré de venir au Temple
lorsque les parents y font entrer l’enfant Jésus
pour faire, à son sujet, selon la coutume de la Tora.

28 Il le prend dans le creux de ses bras et il bénit Dieu:

29 Maintenant, Maître, selon la parole que Tu as prononcée,
Tu laisses aller ton serviteur en paix:

30 car mes yeux ont vu ton salut

31 que Tu as préparé à la face de tous les peuples:

32 lumière pour une révélation aux nations et gloire de ton peuple, Israël.

33 Son père et sa mère sont étonnés de ce qui est dit à son sujet.

34 Syméon les bénit et dit à Marie, sa mère:
Voici: cet enfant est là
pour la chute et le relèvement de beaucoup en Israël,
et comme un signe de contradiction

35 toi ta vie sera transpercée par un glaive
de sorte que les pensées de bien des coeurs soient révélées.

36 Il y a aussi Anne, une prophétesse, fille de Phanouël, de la tribu d’Aser;
elle est avancée en âge:
après avoir vécu sept ans avec son mari depuis sa virginité,

37 elle a vécu en veuve jusqu’à quatre-vingt-quatre ans.
Elle ne s’éloigne pas du Temple,
servant Dieu nuit et jour dans les jeûnes et les prières.

38 À cette heure-même, elle se trouve là et elle fait la louange de Dieu
et elle parle à son sujet à tous ceux qui attendent la délivrance de Jérusalem.

39 Quand ils ont tout accompli selon la Tora du Seigneur,
ils reviennent en Galilée, dans leur ville: Nazareth.

40 Le petit enfant grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse,
et la grâce de Dieu était sur lui.

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Le commentaire du pain sur la table,

par Georges Convert.

Ce 2e chapitre du récit de Luc, marque les grandes étapes de l’enfance de Jésus.
D’abord sa naissance annoncée aux bergers,
puis sa circoncision au 8e jour,
ensuite sa présentation au Temple le 40e jour,
enfin son pèlerinage au Temple de Jérusalem alors qu’il a 12 ans.
C’est comme si, de nos jours, on faisait le récit de l’enfance de quelqu’un
en racontant sa naissance, son baptême, sa première communion et sa confirmation:
c’est à dire en voulant mettre en lumière la relation de cette personne avec Dieu.
Les récits évangéliques sont toujours des catéchèses
et ils contiennent un enseignement sur Dieu et sur son projet envers l’humanité.
Il nous faudra donc découvrir le message que Luc a voulu mettre en lumière.
Mais il y a plus: les rédacteurs de l’Évangile utilisent souvent
des textes bibliques anciens pour en faire le schéma de leur propre récit.
Le texte ancien utilisé par Luc est celui de Samuel.
Samuel est ce prophète des environs de l’an 1000,
qui vit à l’époque où le peuple d’Israël n’a pas d’autre roi que Dieu.
Samuel finira par céder aux demandes pressantes d’une partie du peuple
et il consacrera un roi: d’abord Saül, puis David.
Ce Samuel est décrit comme un instrument de Dieu.
En effet il est né d’Anne, une femme stérile, qui a fait à Dieu cette prière:
Seigneur tout-puissant, si Tu daignes regarder la misère de ta servante,
et donner à ta servante un garçon,
je le donnerai au Seigneur pour tous les jours de sa vie
 (1 S 1,11).
Lorsqu’elle aura sevré son fils Samuel, Anne montera au sanctuaire du Seigneur, à Silo,
pour y présenter son fils: Le Seigneur m’a concédé ce que je lui demandais.
À mon tour, je le cède au Seigneur pour toute sa vie
(1 S 1,27-28).
Et Anne se met à prier: J’ai le coeur joyeux grâce au Seigneur…
Il relève le faible de sa poussière et le pauvre de son tas d’ordures
pour les faire asseoir avec les princes.
Même la femme stérile enfante sept fois…
(1 S 2,1,7-8,5).
On voit que cette prière a inspiré le Magnificat de Marie.
Au temps de Jésus certains auteurs avaient fait de Samuel une figure du messie:
c’est donc sur ce fond de tableau de la mission de Samuel qu’il nous faut lire le récit de Luc.

 

Quels sont les rites juifs dont il est question ici?
Deux rites semblent mêlés et confondus par Luc:
la présentation de l’enfant et la purification de la mère.
Le premier rite (la présentation de l’enfant au Seigneur-Dieu) est très ancien.
On en trouve l’explication dans le livre de l’Exode au chapitre 13 (2):
Ainsi parle le Seigneur à Moïse: Consacre-moi le premier enfant mâle de chaque femme.
Il est à moi comme tout premier-né d’un animal.

Il s’agit sans doute d’une antique coutume existante chez d’autres peuples.
Son sens est probablement de reconnaître que toute existence est don de Dieu.
Pour rendre grâce à Dieu, on lui offre, on lui consacre les premiers fruits de la vie:
autant le premier-né de l’animal ou les premières récoltes de grains et de fruits,
que le premier-né de la femme.
Pour l’animal, on l’immole ou on le rachète par l’immolation d’un autre animal:
Tu rachèteras par un mouton le premier-né d’une ânesse (Ex 13,13).
On se souvient du sacrifice d’Isaac par Abraham son père;
Dieu avait fait comprendre à Abraham qu’il ne voulait pas de sacrifice humain
et Abraham avait sacrifié un agneau à la place de son fils.
Par la suite, on consacrait le premier-né au service du Seigneur.
Anne apporte son fils premier-né Samuel au sanctuaire
pour qu’il soit consacré au service du Seigneur.
Puis, c’est la tribu de Lévi qui a été tout entière consacrée au service du Temple:
les fils de cette tribu seront donc tous lévites.
Les fils des autres tribus sont exemptés de ce service en versant 5 sicles d’argent.
Comme Jésus n’est pas de la tribu de Lévi, Marie et Joseph se conforment à la Tora.
La cérémonie avait lieu après le premier mois en présence d’un prêtre et de témoins.
«De nos jours encore le rite est en araméen comme du temps de Jésus.
Le père présente l’enfant au prêtre sur un plateau,
le cohen (le prêtre) demande si le père veut lui laisser l’enfant ou le racheter.
Après avoir entendu la réponse négative, le prêtre redit trois fois:
« Ton fils est racheté ».»
(Ephraïm, Jésus juif pratiquant).

Le deuxième rite est celui de la purification de la mère, Marie.
40 jours après la naissance d’un garçon, 80 après celle d’une fille,
la mère devait offrir un sacrifice à Dieu pour se purifier du sang versé.
On trouve cette loi dans le livre du Lévitique (12,1-4):
Si une femme est enceinte et enfante un garçon, elle sera impure pendant sept jours
comme au temps de la souillure de ses règles.
Au huitième jour, on circoncira le prépuce de l’enfant
et pendant trente-trois jours encore elle restera à purifier son sang.
Elle ne touchera à rien de consacré et n’ira pas au sanctuaire
jusqu’à ce que soit achevé le temps de sa purification.

Nous avons aujourd’hui un peu de dificulté à comprendre cette impureté.
Il faut savoir qu’elle n’est pas forcément en lien avec le péché.
Il s’agit d’une incapacité à s’approcher de Dieu, du sacré,
avant d’être rétabli dans la pureté.
Comprenons que, dans la pensée juive, le sang est le signe de la vie.
Et donc, perdre son sang est vu comme une perte de son intégrité:
on n’est plus pleinement soi-même
et dès lors on n’est plus en pleine communion avec Dieu, source de la vie.
La mère doit alors offrir à Dieu un agneau d’un an et un pigeon ou une tourtererelle
pour rétablir cette communion.
Mais si elle est pauvre, elle peut alors offrir deux pigeons ou deux tourterelles,
ce qui était le cas des parents de Jésus (Lév 12,8).

Mes yeux ont vu ton salut.
Il est un peu surprenant qu’au lieu de nous parler de prêtres et de lévites,
au lieu de nous détailler le sacrifice offert,
Luc nous présente plutôt les interventions de deux vieillards: Anne et Siméon.
Ils vont louer Dieu pour cet enfant Jésus en qui ils voient le messie, le roi attendu.
De la même façon que ce sont des messagers divins
qui ont révélé aux bergers la destinée de l’enfant de la crêche,
de même c’est l’Esprit divin qui fait reconnaître le messie en l’enfant de Marie.
L’une comme l’autre, Anne et Siméon, étaient en attente de ce messie
qui viendrait sauver le peuple juif, lui apporter soutien et libération:
Cet homme juste et fervent attend la consolation d’Israël.
La consolation, c’est la réponse de Dieu au cri de ceux qui se tournent vers Lui.
C’est là une des fonctions du messie, comme l’ont annoncé les prophètes:
Réconfortez, réconfortez mon peuple, dit votre Dieu,
parlez au coeur de Jérusalem et criez-lui que sa faute est pardonnée
(Is 40,1).
Celui sur qui je porte les yeux, c’est le pauvre et l’humilié (Is 66,2).
C’est moi, je suis celui qui vous console.
Qui es-tu pour craindre l’humain qui est mortel? Tu oublies le Seigneur ton Créateur
 (Is 52,12-13).
Dans cet enfant qu’il porte dans ses bras, Siméon reconnaît celui qui apporte le salut.
Ce mot « salut » est inscrit dans le nom propre de Jésus.
En araméen, Iéschoua (devenu Iesu [Jésu] en grec) veut dire: « Le Seigneur sauve ».
Dans la culture de la Bible, le nom exprime la mission, le rôle de la personne.
Le messie va sauver Israël.
Pour beaucoup de contemporains de Jésus,
ce salut est d’abord le recouvrement de la liberté: le messie chassera les Romains.
Pour d’autres, le salut est moral et spirituel: le messie remettra la Tora en honneur,
il va guider le peuple pour qu’il vive dans la fidélité à la Règle de vie de Dieu.
Mais ce messie n’est pas seulement un sauveur pour Israël:
il a aussi une mission pour les autres peuples.
Mes yeux ont vu ton salut que tu as préparé à la face de tous les peuples:
lumière pour une révélation aux nations et gloire de ton peuple Israël.

Déjà le prophète Isaïe parlait en ces termes de la vocation d’Israël et de son messie:
C’est trop peu que tu sois un serviteur pour relever les tribus de Jacob et d’Israël.
Je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut
arrive aux extrémités de la terre
 (Is 49,6).
J’ai fait de toi l’alliance du peuple et la lumière des nations (Is 42,6).
Nous avons peine à bien saisir le caractère étonnant de cette mission.
Comment le messie de ce peuple humilié, conquis et colonisé
peut-il être en même temps lumière pour tous les peuples?
Comment fera-t-il cette réconciliation entre Israël et les Romains?
Il n’est pas évident de parler de réconciliation à un peuple occupé,
colonisé et humilié depuis une centaine d’années!
Les bergers avaient surtout parlé de la naissance du messie
comme d’une grande joie pour le peuple;
maintenant Siméon annonce que Jésus est aussi un sauveur pour les païens.
N’est-ce pas ce qu’il fallait déjà comprendre dans le chant des messagers:
Gloire à Dieu et paix sur terre aux humains que Dieu aime!
Ces bien-aimés de Dieu ne sont pas seulement les fils et les filles de son peuple Israël
mais ce sont tous les humains qui s’ouvrent à son amour.
Il est aussi intéressant de voir le couple de mots employé: gloire et lumière.
En Isaïe nous avions alliance et lumière.
La « gloire », c’est la manifestation visible du Dieu invisible: le rayonnement de son amour,
la force spirituelle qui fait l’unité de tous au sein d’un peuple réuni dans le Dieu, Père.
La gloire de Dieu se manifeste dans son alliance avec son peuple.
Ce n’est que dans la mesure où ses fils sont Un
que Dieu peut être reconnu par ceux qui ne le connaissent pas encore.
La division de ses fils ternit la gloire de Dieu.
Nous avons déjà ici l’écho de la prière de Jésus au soir de sa vie:
Père, que tous soient Un afin que le monde croie que Tu m’as envoyé (Jn 17,21).
Prière, ô combien actuelle, dans un monde où les chrétiens sont si divisés.
Pensons aux querelles entre orthodoxes, protestants et catholiques.
Mais aussi au conflit bosniaque et à l’Irlande.
Comment le monde qui ignore l’Évangile peut-il le reconnaître dans nos divisions?
Comment pouvons-nous être source d’unité dans le monde
si nous ne vivons pas cette unité entre nous?
La paix que le messie vient apporter est livrée en nos mains.
C’est à nous de faire la paix, d’être des artisans de paix.

Cet enfant sera un signe de contradiction
Que signifie cet avertissement de la destinée plutôt tragique de ce messie?
Comme il aura l’habitude de le faire dans son récit évangélique,
Luc donne déjà un aperçu de la fin qui sera celle de Jésus.
Ainsi, plus tard, dans la première « prédication » de Jésus à la synagogue de Nazareth,
Luc donnera comme une synthèse de toute la mission:
d’abord admiration des auditeurs, puis rejet de Jésus qu’on pousse hors de la ville pour le tuer.
Ici, après la louange de Siméon qui reconnaît le messie dans ce petit enfant,
nous avons la prédiction qu’il sera rejeté.
Comme l’héritier de la vigne sera jeté hors de la vigne et tué par les vignerons
 (Lc 20,1-19).
Celui qui a mission d’apporter la paix sera malheureusement un facteur de division:
Dans une même maison, on sera divisé: père contre fils et fils contre père,
mère contre fille et fille contre mère… (Lc 12,51-53).
Mais celui qui est ainsi rejeté peut devenir le salut
de ceux qui vont marcher à sa suite, comme déjà l’exprimait le psaume 118:
La pierre rejetée des bâtisseurs est devenue la pierre de faîte (Ps 118,22).
Comment expliquer que celui qui apporte la paix provoque des divisions?
On est habitué à voir autrement le rôle des artisans de paix.
Pourquoi Jésus verra-t-il son message refusé?

si l »on en croit l’épisode de la synagogue de Nazareth (Lc 4,16-30),

c’est le message sur le Dieu de la grâce qui déchaînes l’agressivité des auditeurs. Pour décrire l’intervention de Dieu dans notre monde,Jésus rappelle que Dieu prodigue sa bonté à tout être humain quelque soit sa race.La faveur de Dieu ne se limite pas à ceux qui se proclament son peuple.Ainsi Élie donnera-t-il huile et farine à une veuve païenne au temps de la famine.Et le prophète Élisée guérira la lèpre d’un païen.Si Dieu était juste, il aurait d’abord guéri les lépreux juifs et nourri les veuves d’Israël.À quoi cela sert-il d’être fidèles à la Règle de vie de Dieu si ceux qui ne servent pas Dieu sont l’objet de ses faveurs?Cela rappelle la réaction des ouvriers travaillant à la vigne qui se montrent fâchés de ce que le maître paie autant ceux qu’il a embauchés pour une heure que ceux qui ont travaillé tout le jour.Pourquoi votre oeil est-il mauvais parce que je suis bon? (Mt 20,15).
Le Dieu de Jésus n’est pas celui qui punit le méchant
mais celui qui veut le sauver, et le sauver par l’amour.
S’il y a sur cette terre des souffrances (physiques et morales)
elles sont le plus souvent les conséquences des choix qui ont été faits par les humains
et non pas la punition de Dieu.
Jésus l’affirmera avec force: Dieu fait lever son soleil sur les bons et les méchants,
et tomber la pluie sur les justes et les injustes
 (Mt 5,44-45).
Et ceux qui veulent être les fils de ce Dieu-Père, doivent aimer leurs ennemis,
faire du bien à ceux qui les persécutent.
Dieu est bon pour les ingrats et pour les méchants,
aussi montrez-vous miséricordieux comme votre Père est miséricordieux
 (Lc 6,35-36).
Une telle invitation est inacceptable pour ceux qui prônent la justice.
L’attitude du Père envers le fils prodigue soulève l’indignation
de ceux qui pensent que ce Père devrait d’abord faire payer à son fils ses ingratitudes.
Ceux qui pensent ainsi… ne sont-ils pas légion? N’en sommes-nous pas aussi, instinctivement?
La bonté ne nous est-elle pas intolérable lorsqu’elle va jusqu’à sembler privilégier les ingrats?
N’avons-nous pas du mal à accepter que le pasteur semble délaisser les 99 brebis fidèles
pour aller à la recherche de la brebis perdue?
Quelle est notre réaction devant ceux atteints du sida à cause d’une grande liberté sexuelle?
Devant le fumeur atteint d’un cancer du poumon sommes-nous d’abord compatissants?
ou moralisateurs?
Mais cette révolte devant la bonté qui nous semble injuste
-parce que trop bonne envers des gens qui ne le méritent pas-
n’est-elle pas ce qui est motif de scandale et donc ce qui nous fait manquer à l’amour?
Qui s’offense devant la bonté toute gratuite ne ferme-t-il pas son coeur à cette même bonté?
Il y a des revendications de justice qui conduisent à l’aggressivité, voire à la haine
et finissent pas détruire ceux qui se laissent aller à ces sentiments.
Nelson Mandela (et ses compagnons) ont passé plus de 20 ans en prison
parce qu’ils s’élevaient contre cette injustice criante qu’est l’apartheid.
Pourtant, lorsqu’ils sont arrivés au pouvoir, ils ont prêché le pardon et la réconciliation.
«Pardonner est une force politique, diront-ils.
Car être vraiment libre, c’est lutter pour libérer autant l’oppresseur que l’opprimé.»

«La réconciliation est une vertu éminemment politique
dont nos sociétés actuelles ont le plus grand besoin.
Aujourd’hui les conflits sont des conflits d’identité, des chocs de culture ou de civilisation.
Les peuples qui n’arrivent pas à surmonter leur crise d’identité
adoptent des comportements d’exclusion.
L’épuration ethnique ou religieuse est en marche.
Pierre Claverie, évêque d’Oran, vient de signer par sa mort une vie donnée pour la réconciliation
-comme le Christ qui, pour réconcilier les peuples séparés, a porté en sa chair la haine. »

(Jacques Delaporte, archevêque de Cambrai, France)
N’est-ce pas ce refus d’un Dieu de réconciliation qui a fait rejeter Jésus?
Comme le rappelle l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe (2 Co 5,18):
Tout vient de Dieu qui nous as réconciliés avec Lui par le Christ
et nous a confié le ministère de la réconciliation.

Ce ministère en est un qui peut conduire au même don de soi que le Christ.
Toi, ta vie sera transpercée par un glaive, dit Siméon à Marie.
Marie représente ici tous ceux qui mettront leurs pas dans celui de son fils,
tous ceux qui seront envoyés par le Père pour témoigner de son amour.
Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups (Lc 10,3).
Vous serez livrés même par vos père et mère… haïs de tous à cause de moi (Lc 20,16-17).
Mais celui/celle qui tiendra dans la fidélité à l’amour, celui-là/celle-là seront sauvés.
Ils auront gardé leur coeur en vie parce qu’ils l’auront gardé dans l’amour.
En Jésus, c’est la non-puissance de Dieu qui se fait connaître.
Cette non-puissance, cette humble miséricorde qui ne veut répondre au mal du monde
que par l’amour jusqu’au don de soi: Par la croix,
en sa personne, il a tué la haine
 (Ép 2,16).
Seuls des coeurs humbles, en harmonie avec cette longueur d’onde
du Dieu qui se révèle en l’enfant de la crêche et en l’homme de la croix,
peuvent se laisser inspirer pour découvrir le messie dans l’enfant de Marie.
Comme ce prêtre qui a dit chaque jour pendant 30 ans cette humble prière:
Pour ta gloire, Seigneur, accorde-moi la grâce de n’avoir qu’une souffrance, celle de faire souffrir;
et qu’une joie, celle d’aider mes frères à être moins malheureux.
Pour que mes frères soient moins malheureux, accorde-moi, Seigneur, un esprit souple
afin que j’accepte de paraître faible ou sans défense, plutôt que de peiner ou de briser.
Accorde-moi un coeur ardent
afin que je reste ouvert à ceux qui pourraient me haïr, m’envier ou me jalouser.
Accorde-moi un coeur humble
afin que je ne me raidisse pas devant les critiques, les procédés déloyaux,
les jugements durs et hâtifs.
Accorde-moi de ne jamais juger sans preuve et de juger avec miséricorde.
Accorde-moi de ne jamais croire au mal que l’on me dit des autres
et surtout de ne jamais le répéter.
Accorde-moi surtout de savoir écouter, de savoir deviner, de savoir pardonner.

(Lectures pour chaque jour, AELF 1974, p. 663)

Georges Convert

 

»»» Questions

1. Quels sont les rites juifs auxquels Luc fait référence dans ce récit?
2. De quelle consolation parle Siméon?
3. Que signifie, dans la Bible, le couple de mots: « gloire » et « lumière » ?
4. Quelle contradiction Jésus apporte-t-il? Pourquoi sera-t-il rejeté?
5. Comment les chrétiens d’aujourd’hui peuvent-ils être signe de contradiction?

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