Évangile du dimanche 1er avril 2018

Dimanche de Pâques (année B), selon l’écrit de Marc 16, 1-8

Du pain sur la table1 Le sabbat s’étant écoulé,
Marie de Magdala et Marie -celle de Jacques- et Salomé achètent
2 des parfums afin d’aller oindre [Jésus].
Tôt le matin, le premier de la semaine, elles viennent au tombeau, au lever du soleil.
3 Elles se disent entre elles: Qui nous roulera la pierre de l’entrée du tombeau?
4 Levant les yeux, elles voient que la pierre a été roulée.
C’est qu’elle est fort grande.
5 Entrant dans le tombeau, elles voient un jeune homme assis à droite,
vêtu d’un vêtement blanc.
6 Elles sont saisies d’effroi. Celui-ci leur dit:
Ne soyez pas effrayées!
Vous cherchez Jésus le Nazarénien, le crucifié.
Il s’est réveillé [du sommeil de la mort]. Il n’est pas ici.
C’est ici le lieu où ils l’ont déposé.
7 Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée.
C’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit.
8 Elles sortent et s’enfuient du tombeau.
Elles sont en effet saisies de tremblement et hors d’elles-mêmes.
Elles ne disent rien à personne car elles ont peur.

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Le commentaire du pain sur la table,

par Georges Convert.

Huit versets qui terminent le récit de l’Évangile selon Marc.
Huit versets qui viennent mettre un terme à la vie terrestre de Jésus.
Huit petits versets qui pourtant, selon la foi des disciples de Jésus,
décrivent le point tournant de l’histoire: la mort et le mal sont vaincus.

La place de ce texte dans le récit de Marc
Il fait suite au long récit de la passion et de la mort qui occupe les chapitres 14 et 15.
Le récit commence d’ailleurs par une sorte de répétition de l’ensevelissement:
une femme répand un flacon de parfum sur la tête de Jésus.
Et c’est Jésus lui-même qui évoque sa mort: Elle a fait ce qui était en son pouvoir:
d’avance elle a parfumé mon corps pour l’ensevelissement
(Mc 14,8).
Le chapitre 15 s’achève sur la description de l’ensevelissement de Jésus.
La mort a bien eu lieu, le cadavre est dans un tombeau
et personne ne semble attendre une résurrection:
Joseph d’Arimathée eut le courage d’entrer chez Pilate pour demander le corps de Jésus.
Renseigné par le centurion, [Pilate] permit à Joseph de prendre le cadavre.
Après avoir acheté un linceul, Joseph descendit
Jésus de la croix et l’enroula dans le linceul.
Il le déposa dans un tombeau qui était creusée dans le rocher
et il roula une pierre à l’entrée du tombeau
(Mc 15,43-46).
L’ensevelissement se fait le vendredi soir, la veille du sabbat.
Le récit précise que des femmes se trouvent là pour bien voir où Jésus est enseveli:
Marie de Magdala et Marie mère de José regardent où il est déposé (Mc 15,47).
Ces femmes pourront donc venir seules pour oindre le corps dès la fin du sabbat.
Ces notations préparent notre récit.

Le sabbat s’étant écoulé, elles achètent des parfums.
Normalement, cette toilette funéraire était faite avant l’ensevelissement.
Mais l’heure était trop tardive le vendredi soir et le repos du sabbat allait commencer.
C’est pourquoi, dès la fin du repos du sabbat,
le samedi -lorsque la première étoile est apparue dans le ciel-
les femmes sortent pour acheter les parfums.
Il ne s’agit pas d’un embaumement proprement dit, selon la mode égyptienne,
mais plus simplement d’onctions parfumées sur le corps
.
Cette démarche des femmes décrit leur préoccupation: venir honorer un cadavre.
Pour elles, la mort a mis un terme à l’aventure qu’elles ont vécu avec le Maître.
En embaumant Jésus de parfum, elles auront un ultime contact avec lui.
Elles vont rendre un dernier service à ce maître qu’elles ont aimé et servi.
Il y avait Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le petit et de Joset, et Salomé,
qui le suivaient et le servaient lorsqu’il était en Galilée
(Mc 15,40-41).
« Suivre » et « servir » sont des verbes qui décrivent le fait d’être disciple d’un rabbi.

Tôt le matin, le premier de la semaine,
elles viennent au tombeau, au lever du soleil.

Le jour qui suit le sabbat est le premier de la semaine.
Il correspond à notre dimanche d’aujourd’hui.
Dans le même verset, nous avons deux notes apparemment contradictoires:
« tôt le matin », soit vers 3 ou 4 heures, et « au lever du soleil ».
Mais le lever du soleil peut être ici surtout un symbole:
le retour du soleil, victoire de la lumière sur les ténèbres, annonce déjà la résurrection.

«Qui nous roulera la pierre de l’entrée du tombeau?»
Le tombeau est une cavité creusée dans le roc ou aménagée dans une grotte.
À l’intérieur, il y a des banquettes de pierre ou des alcoves pour recevoir le cadavre.
L’extérieur était souvent blanchi à la chaux:
ainsi on pouvait reconnaître l’utilisation qui était faite de la grotte
et éviter de contracter une impureté légale à son contact.
Le contact avec la mort demande qu’on se purifie par des bains
avant de pouvoir se présenter à la prière de la synagogue.
La question que se posent les femmes peut nous sembler tardive.
Elles auraient dû prévoir plus tôt la difficulté d’ouvrir le tombeau,
d’autant qu’il fallait plusieurs hommes pour déplacer ces pierres.
Mais on peut voir dans cette question le moyen de prévoir une objection:
parce que la pierre ne peut être facilement déplacée,
l’ouverture du tombeau (et le vol du corps?) ne peuvent être le fait des femmes;
donc la disparition du corps ne peut être que l’oeuvre de Dieu.
Matthieu dira symboliquement (Mt 28,2):
Voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre:
l’Ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre, sur laquelle il s’assit.

Levant les yeux, elles voient que la pierre a été roulée.
Entrant dans le tombeau,
elles voient un jeune homme assis à droite, vêtu d’un vêtement blanc.

Les femmes se trouvent devant une présence inattendue:
celle d’un jeune homme, assis à droite, vêtu de blanc.
Et cette rencontre imprévue provoque chez elles un émoi sacré.
Dans le langage biblique, cette image d’un homme vêtu de blanc signifie
qu’on se trouve en présence du divin: le blanc est le signe de Dieu.
Le vêtement blanc était déjà celui de Jésus lors de la transfiguration.
Ici, il symbolise probablement la victoire de Jésus sur la mort.
On dira des martyrs victorieux qu’ils sont revêtus de robes blanches (Ap 7,9).
Les autres récits évangéliques vont se servir d’autres figures:
Luc parle de deux hommes (peut-être Moïse et Élie) qui se trouvaient à la transfiguration.
Jean parle de deux anges. Matthieu préfère dire: l’Ange du Seigneur.
Marc dit que l’homme se trouve assis à droite,
ce qui peut évoquer la place du messie à la droite du Seigneur-Dieu,
comme Jésus l’annonce au grand-prêtre qui lui demandait s’il était le messie:
Je le suis et vous verrez le Fils de l’homme siégeant à la droite de la Puissance
et venant avec les nuées du ciel
(Mc 14,62).

Elles sont saisies d’effroi.
Le mot employé par Marc est celui qui traduit l’effroi
de Jésus et des apôtres devant la perspective de la mort (Mc 10,32):
Ils étaient en route, montant à Jérusalem; et Jésus marchait devant eux, et ils étaient effrayés.
Il prend avec lui Pierre, Jacques et Jean,
et il commença à ressentir effroi et angoisse (Mc 14,33).
C’est aussi le même réflexe qu’on trouve devant Jésus transfiguré:
C’est qu’il ne savait que répondre, car ils étaient saisis de frayeur (Mc 9,6).
Cette réaction d’effroi traduit, dans la Bible, la présence du sacré, du divin.
Comme en tout récit d’apparition, le messager rassure: Ne vous effrayez pas.
On retrouve aussi cela lors de la transfiguration (Mt 17,7):
Jésus, s’approchant, les toucha et leur dit: «Relevez-vous, et n’ayez pas peur.»
Les disciples ont la même réaction devant Jésus marchant sur la mer:
Tous le virent et furent troublés. Mais lui aussitôt leur parla et leur dit:
«Ayez confiance, c’est moi, soyez sans crainte»
(Mc 6,50).
Cette réaction des femmes nous décrit donc le sens profond de ce qui est vécu.
Le tombeau vide et la présence du messager évoquent le caractère sacré de la mort:
celle-ci est certes la porte vers l’inconnu
mais elle est surtout le passage vers une vie qui transcende le terrestre,
l’irruption dans l’ici-bas du Très-Haut.
Et c’est pourquoi elle imprime en nous un frémissement,qui n’est pas la peur coutumière
mais un «sentiment de profonde révérence en présence du sacré»
(Chouraqui, Loucas, JCLattès, p. 59)
.

Vous cherchez Jésus le nazarénien, le crucifié: il est ressuscité.
Le message pascal est dans le rapprochement de ces mots: le crucifié est ressuscité.
Nous retrouvons ici les termes de la prédication des débuts de l’Église.
Donnons-en quelques exemples puisés dans les discours de Pierre:
Israélites, écoutez ces paroles: Jésus le Nazaréen…
vous l’avez livré en le faisant crucifier…
mais Dieu l’a ressuscité
(Ac 2,22-24).
Le Prince de la vie que vous aviez fait mourir, Dieu l’a ressuscité des morts (Ac 3,15).
C’est par le nom de Jésus Christ le Nazôréen,
celui que vous, vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité des morts,
c’est par son nom que cet homme se présente guéri devant vous
(Ac 4,10).
On trouve aussi ici l’appellation donnée à Jésus de nazôréen ou de nazarénien.
On veut bien marquer l’identité entre le Ressuscité et l’homme de Nazareth.
Nous sommes ici en présence du coeur de la foi des premiers chrétiens.
«Le messager n’a d’autre parole que celle de la communauté apostolique;
affirmation tranchante, sans preuve, sans explication,
d’une réalité exorbitante présentée comme un fait accompli: il est ressuscité»

(J. Radermakers, La bonne nouvelle selon Marc, Bruxelles 1974, p. 416).
À travers l’homme vêtu de blanc, le message vient de Dieu.
Le fait de la résurrection n’est pas déduction humaine devant le tombeau vide.
La résurrection ne découle pas du fait que le corps n’est plus là.
Mais c’est parce que Jésus est ressuscité qu’il ne faut plus chercher son cadavre.

Vous cherchez Jésus le Nazarénien… il n’est pas ici.
Marc invite ces femmes en recherche -et les auditeurs de l’Évangile que nous sommes-
à croire en la parole de l’homme vêtu de blanc.
La foi ne demande pas de voir, elle fait confiance en la Parole de Dieu.
Regardons les oppositions ou les contrastes du récit.
Ils nous font voir qu’une transformation radicale s’est opérée:
le sabbat est passé / le premier jour de la semaine, notre dimanche
elles vont à la tombe (un trou noir) / le soleil est levé
qui roulera la pierre (un tombeau fermé) / la pierre est roulée (un tombeau ouvert)
elles entrent pour embaumer un cadavre / elles voient un homme céleste
vous cherchez le crucifié / il est maintenant le ressuscité.

Par cette manière de décrire l’événement pascal,
Marc nous initie à entrer dans un monde nouveau.
Le « premier jour de la semaine » et le « lever du soleil » peuvent également
évoquer le récit de la création: Dieu dit: «Que la lumière soit!» Et la lumière fut.
Dieu sépara la lumière de la ténèbre. … Il y eut un matin: premier jour
(Gn 1,3-5).
Ne sommes-nous pas devant une nouvelle création?
Le soleil levant est le Christ, lumière se levant sur le 1er jour d’une nouvelle création.
En ce matin de Pâques, il y a un nouveau commencement du monde.
Les femmes n’ont pas tant découvert un tombeau vide
qu’elles ont entendu un message venant de Dieu.
La rencontre de Jésus ressuscité n’est pas au bout d’une démarche humaine,
mais c’est Dieu lui-même qui intervient et qui va dépasser nos attentes.
Il va bouleverser toutes nos idées humaines:
il est vain maintenant de rechercher un cadavre,
il n’est plus possible de s’emparer de lui pour enfermer Jésus dans la prison du passé.
Nous sommes désormais en temps de résurrection.

Allez dire à ses disciples et à Pierre:
«Il vous précède en Galilée; c’est là que vous le verrez.»

Cet événement ne doit pas rester ignoré. Rien n’est arrivé de caché,
sinon pour venir au grand jour
(Mc 4,22), disait Jésus de son Évangile.
Pierre sera l’un des témoins particuliers de la résurrection de Jésus.
Pourtant, nous connaissons son reniement;
mais cet échec va l’aider à approfondir sa relation avec Jésus relevé d’entre les morts.
Le regard de tendresse et de pardon du Maître avait déjà sorti Pierre
de ses culpabilités et de ses angoisses. C’était pour lui une forme de résurrection.
Les Douze -et Pierre en premier- seront les témoins autorisés
de cette victoire de Jésus sur la mort.
Sans avoir trouvé de raison de le mettre à mort, ils demandent à Pilate de le faire périr.
Mais Dieu l’a ressuscité des morts et il est apparu pendant plusieurs jours
à ceux qui étaient montés avec lui de la Galilée à Jérusalem,
eux qui sont maintenant ses témoins devant le peuple
(Ac 13,28-31).
Cela dit l’importance des premiers témoins de ce moment crucial de la vie de Jésus.
Paul, même s’il se donne le titre d’apôtre, fera toujours référence
au témoignage des Douze parce qu’il n’a pas connu lui-même le Jésus terrestre:
Je vous ai transmis ce que j’ai moi-même reçu: Christ est mort… il est ressuscité le troisième jour.
il est apparu à Céphas [Pierre) puis aux Douze
(1Co 15,1-5).

Et c’est en Galilée que Jésus verra ses disciples.
C’est dans cette région nord de la Palestine que Jésus s’est d’abord manifesté:
Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée.
Il proclamait l’Évangile de Dieu
(Mc 1,14).
Ce territoire, où se trouvaient beaucoup d’étrangers qui étaient des païens,
était appelé « terre des nations » (Is 9,1), Galilée des païens, « pays de l’ouverture au monde ».
Avant même son arrestation,
Jésus avait donné à ses apôtres l’espérance de pouvoir se regrouper en Galilée:
Ils sortirent pour aller vers le mont des Oliviers.
Jésus leur dit: «Tous, vous allez tomber.
Il est écrit: Je frapperai le berger et les brebis seront dispersées.
Mais une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée»
(Mc 14,28).
De même que l’Évangile était parti de la Galilée,
c’est encore de là qu’il devra repartir pour aller vers tous les peuples.
Loin de se terminer à la croix, l’aventure de l’Évangile ne fait que commencer.

Elles ne disent rien à personne car elles ont peur.
Les femmes sont complètement dépassées par l’événement qu’elles vivent.
Elles sont hors d’elles-mêmes…, nous dit l’évangile.
Ce hors d’elles-mêmes traduit le mot grec extase,
un mot que nous employons justement pour exprimer la sortie de soi
qui permet d’entrer en contact avec le divin.
Peur et espérance sont ici intimement mêlées comme toujours
lorsqu’on se trouve devant le mystère de la vie.
Ainsi sont les parents devant le nouveau-né qui vient de sortir du ventre de sa mère.
Ainsi sommes-nous devant celui, celle qui rend son dernier souffle.
Est-ce à cause de ce sentiment d’émoi et de joie
que ces femmes se taisent: Elles ne disent rien à personne?
Elles ont peut-être besoin de reprendre leur souffle
afin de développer leur confiance en cette nouvelle Présence de Jésus.

Cette visite au tombeau est-elle la finale du récit de Marc?
Ces versets (1 à 8) terminent le récit rédigé par Marc.
Certes, nous avons une suite au récit avec les versets 9 à 20.
Mais pratiquement tous les spécialistes pensent
que ces versets ne sont pas de Marc dont ils n’ont pas du tout le style.
Ils sont rédigés comme une sorte de sommaire des apparitions du Ressuscité,
résumé fait à partir des autres récits évangéliques et de passages des Actes des Apôtres.
Dans certains manuscrits, on trouve une autre finale très courte:
Elles racontèrent brièvement aux compagnons de Pierre ce qui leur avait été annoncé.
Ensuite, Jésus fit porter, par eux, de l’orient jusqu’au couchant,
la proclamation sacrée et incorruptible du salut éternel.
Certains manuscrits précisent même que le verset 8 marque la fin de l’Évangile.
Si le récit de Marc se termine au verset 8,
il faut alors constater que Marc ne rapporte pas d’apparition du Ressuscité.
Que faut-il penser de cette absence de récit d’apparition?
Rappelons-nous qu’un récit évangélique n’est pas une chronique journalistique.
Chaque récit évangélique a été forgé comme une catéchèse,
répétée -pendant de nombreuses années- de bouche à oreille.
Cette catéchèse avait pour but de témoigner
de ce que les témoins de Jésus avaient vu et entendu
et qui les a conduits à la foi en sa résurrection.
Aux nouveaux disciples qui n’auront pas vécu avec Jésus,
la catéchèse a donc pour but de transmettre ce que les témoins ont vu.
Si cet épisode de la visite au tombeau termine vraiment le récit,
on peut donc s’interroger sur le message que Marc veut nous donner.
Le message pourrait résider dans l’annonce: Il vous précède en Galilée.
On trouve aussi cette indication de la Galilée dans les récits de Matthieu et de Jean.
En Matthieu, Jésus lui-même s’adresse aux femmes avec ce message:
Ne craignez point; allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir pour la Galilée,
et là ils me verront
(Mt 28,10).
En Jean, Jésus se manifestera aux disciples au bord du lac de Galilée (cf. Jn 21).
Ce lieu de la Galilée sera uni au message de l’universalité de la mission (Mt 28,16.19):
Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée.
Jésus leur dit ces paroles: «Allez donc, de toutes les nations faites des disciples.»

Jean raconte la pêche des disciples qui rassemble 153 gros poissons.
Or, l’exégète Jérôme (4e siècle) rapporte
que les naturalistes du temps de Jésus recensaient alors 153 espèces de poissons.
Ce chiffre 153 serait donc un symbole de la mission des disciples de Jésus:
le prototype du Règne de Dieu qu’ils doivent bâtir ne sera plus limité
au seul peuple juif mais il sera fait de gens de toutes les nations.
C’est donc dans toute l’humanité
que les disciples de Jésus doivent maintenant chercher la présence de Jésus.
Et c’est dans l’amour qu’on portera aux plus petits
que cette présence se révélera -invisiblement mais réellement.
C’est ce que l’on peut tirer comme message de la parabole du jugement dernier:
Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire.
Devant lui seront rassemblées toutes les nations.
Alors le Roi dira à ceux de droite: Venez, les bénis de mon Père…
Amen, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères,
c’est à moi que vous l’avez fait
(Mt 25,31-40).
Ce qu’on fait au plus petit: donner un verre d’eau, visiter le malade et le prisonnier,
ce sont des gestes de la pure gratuité de l’amour.
C’est lorsqu’on aime gratuitement que l’on peut « voir » le Ressuscité,
parce qu’on est alors sur la longueur d’onde divine de l’amour
qui est celle de la gratuité inconditionnelle.
L’apparition de Jésus lui-même
-dont ont été gratifiés les Onze et quelques femmes disciples-
n’est pas le mode normal de la présence actuelle du Ressuscité.
Il se trouve maintenant dans le coeur de chaque disciple
lorsqu’il aime son prochain de la même manière que Jésus aime:
Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète.
Voici mon commandement: vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés.
Nul n’a plus grand amour que celui-ci: donner sa vie pour ses amis
(Jn 15,11-13).
Par notre lien avec Jésus ressuscité, nous sommes en communion avec le divin
et vivre divinement -dans l’amour- les épreuves et les souffrances de la vie.
C’est à ce niveau-là que Jésus se situe dans sa nouvelle présence dans le monde.
Celle-ci ne vise pas le spectaculaire ni le pouvoir dominateur triomphant.
C’est discrètement que son Souffle d’amour veut inspirer chaque disciple
et permettre à ces humains blessés et angoissés que nous sommes
de se relever en trouvant en lui l’espérance.
Le Christ ressuscité demeure le serviteur pauvre
parce qu’il est toujours le serviteur tout-aimant, comme le traduit Jacques Guillet:
«Jésus ressuscite et entre dans la gloire et tout, pensons-nous, va changer.
Pourtant … Jésus ressuscité n’apporte aux siens ni la fortune,
ni même la moindre amélioration de leur genre de vie.
Leur existence reproduira exactement celle qu’ils ont mené à sa suite,
dans l’incertitude de l’accueil, à la merci de l’indifférence et de l’hostilité. …
Jésus ressuscité devrait, nous semble-t-il, imposer sa présence
et conquérir ceux qui le défiaient de descendre de la croix.
Jésus ressuscité ne s’impose pas plus que Jésus mortel. …
Il demeure le Christ pauvre de Bethléem et du Calvaire,
celui qui a choisi pour amis les pauvres et les petits,
et qui garde avec eux la même aisance familière, la même humanité simple.
Les siens, ce sont toujours les pauvres, les malades, les prisonniers,
ceux qui, durant sa vie, composaient son entourage habituel
et qui demeurent jusqu’à la fin des siècles son prolongement personnel.
Le Christ ressuscité, c’est toujours le pauvre, le laissé pour compte
qui nous embarrasse et que nous abandonnons sur le bord de la route»

(Jésus Christ hier et aujourd’hui, Seuil 1963, p. 103).

Georges Convert

 

»»» Questions

1. Qui sont ces femmes qui viennent au tombeau? Quel rôle jouaient-elles auprès de Jésus?

2. Quel est le sens symbolique de l’homme vêtu de blanc?

3. Pourquoi ce rapprochement des deux mots: crucifié et ressuscité?

4. Quel sens donné au choix de la Galilée dans les apparitions du Ressuscité?

5. Ce sens est-il toujours signifiant pour nous, aujourd’hui?

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