Évangile du dimanche 26 août 2018

21e dimanche ordinaire (année B), selon l’écrit de Jean 6, 59-71

Du pain sur la table

59 Jésus enseigne dans une synagogue à Capharnaüm.

60  Alors, parmi ses disciples, nombreux qui l’ont écouté lui disent:
Ce discours est raide! Qui peut l’écouter?

61 Mais, sachant en lui-même que ses disciples murmurent à ce sujet,
Jésus leur dit: C’est donc pour vous une cause de scandale?

62 Et si vous voyiez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant?…

63 C’est le souffle spirituel qui donne la vie, la chair n’est utile en rien.
Les paroles que je vous ai dites sont souffle spirituel et elles sont vie.

64 Mais il en est parmi vous qui n’ont pas foi.
En fait, Jésus sait dès le début quels sont ceux qui n’ont pas foi
et qui est celui qui va le livrer.

65 Il dit: C’est bien pourquoi je vous ai dit:
«Personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père.»

66 À partir de quoi, nombreux parmi ses disciples ne vont plus aller à sa suite
et ne marchent plus avec lui.

67 Alors Jésus dit aux Douze: Ne voulez-vous pas partir, vous aussi?

68 Simon-Pierre lui répond:
Seigneur, auprès de qui aller? Tu as des paroles de vie éternelle.

69 Et nous, nous avons cru et nous avons connu que toi, tu es le Saint de Dieu.

70 Jésus leur répond: N’est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous les Douze?
Et l’un de vous est un diable!

71 Il parle ainsi de Judas, fils de Simon l’Iscariote;
en effet, c’est lui qui devait le livrer, lui, l’un des Douze.

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Le commentaire du pain sur la table,

par Georges Convert.

Voilà une scène douloureuse qui décrit l’abandon de Jésus par nombre de ses disciples
et l’annonce qu’il sera trahi par l’un des Douze, l’un de ceux que lui-même a choisis.
Qu’est-ce qui a provoqué cette rupture entre Jésus et beaucoup de ses disciples?
Que signifiait exactement dans la bouche de Pierre sa profession de foi?
Pour nous aujourd’hui, cela est-il porteur de lumière dans notre lien avec Jésus?

La place de ce texte dans le récit de Jean
Le texte donne la conclusion de l’entretien de Jésus avec la foule et avec ses disciples,
entretien qui a lieu à Capharnaüm, après le grand repas des pains multipliés.
Dans le récit de Jean, cela marquera la fin de la prédication de Jésus en Galilée
et le début du déroulement final de sa mission.
En effet les chapitres qui suivent nous montreront Jésus à Jérusalem.
Mais ce séjour se déroulera sur fond d’hostilité de la part des chefs religieux
qui chercheront à plusieurs reprises à arrêter ce rabbi bien encombrant.
Évoquons ces diverses tentatives:
Ils cherchèrent alors à l’arrêter mais personne ne mit la main sur lui
parce que son heure n’était pas encore venue
  (7,30).
Ils ramassèrent des pierres
pour les lancer contre lui mais Jésus se déroba et sortit du Temple
  (8,59).
Une fois de plus, ils cherchèrent à l’arrêter mais il échappa à leurs mains  (10,39).
Jésus se retirera alors en Pérée, au-delà du Jourdain.
Il ne reviendra à Jérusalem que pour rendre la vie à son ami Lazare (11,7),
et cela malgré les risques prévisibles de son arrestation:
Rabbi, les Juifs cherchent à te lapider… et tu veux retourner là-bas?  (11,8)
La fête de la Pâque, qui est alors toute proche, sera de fait le temps de sa passion:
Les grands-prêtres et les Pharisiens avaient donné des ordres:
quiconque saurait où il était devait le dénoncer afin qu’on se saisisse de lui
  (11,57).
C’est donc un tournant de la mission de Jésus.
Nous sommes les témoins d’une grave crise qui s’est déroulée en terre galiléenne.
Des prises de position se clarifient: ainsi pour les uns, c’est la contestation et l’abandon,
pour d’autres, c’est l’affirmation de leur confiance en leur Maître et en son message.

«Ce discours est raide! Qui peut l’écouter?»
Quelle est donc cette parole difficile à ‘avaler’?
Dans le dialogue à la synagogue de Capharnaüm, Jésus a dit:
C’est moi qui suis le pain de vie; celui qui vient à moi n’aura pas faim;
celui qui croit en moi jamais n’aura soif
  (Jn 6,35).
Lorsque Jésus affirme que sa parole est un pain de vie,
il est dans la ligne du symbolisme de la langue juive.
En effet, bien des textes de la Bible parlent de la Parole comme d’une nourriture:
«Fils d’homme, mange ce rouleau; ensuite tu iras parler à la maison d’Israël.»
J’ouvris la bouche et il me fit manger ce rouleau
  (Éz 3,1-2).
La Tora le nourrira du pain de l’intelligence,
elle l’abreuvera de l’eau de la sagesse
  (Éccl 16,3).
La Sagesse a bâti sa maison, elle a préparé son vin, elle a aussi dressé sa table.
«Venez, mangez de mon pain, buvez du vin que j’ai préparé!»
  (Prov 9,1-5).
Mais Jésus va pousser davantage le symbole.
C’est toute sa personne qui est le pain de vie (Jn 6,51):
Je suis le pain vivant qui descend du ciel.
Celui qui mangera de ce pain vivra pour l’éternité.
Et le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie.

Il ne faudrait pas croire, bien sûr, qu’il s’agit de cannibalisme.
La parole de l’être humain est considérée comme un pain, une nourriture.
Et lorsque cette parole est riche de toute la personnalité de celui qui la prononce,
lorsqu’elle traduit l’engagement sacré de quelqu’un envers un autre,
c’est tout l’être, la personne tout entière, qui se donne: chair et sang (dans la langue biblique).
Nous dirions en français: je me donne corps et âme.
Pour affirmer qu’on s’engage totalement dans ce qu’on dit,
nous disons aussi: «Je te donne ma parole.»
Autrement dit: «Je me donne moi-même en gage pour confirmer que je dis vrai.»
Certes les Juifs semblent s’indigner en disant:
Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger?
Mais nous avons peut-être ici le procédé habituel de l’évangile de Jean:
l’interlocuteur feint de comprendre sur le plan de la réalité physique, matérielle,
alors que Jésus parle sur le plan de la réalité spirituelle.
Nous avons de semblables quiproquos avec Nicodème à propos de la re-naissance (cf Jn 3,3ss)
et avec la Samaritaine à propos de l’eau (cf Jn 4,7ss).

Le pain qui descend du ciel.
La discussion des Juifs et le murmure des disciples portent aussi sur un autre aspect:
Les Juifs se mirent à murmurer à son sujet parce qu’il avait dit:
«Je suis le pain qui descend du ciel.»
  (Jn 6,41).
L’expression ‘le ciel’ est l’équivalent de Dieu.
Jésus se présente donc comme ‘celui qui vient de Dieu’.
Il le fait sous deux aspects: celui de la manne et celui du Fils de l’homme.
Vos pères, dans le désert, ont mangé la manne et sont morts;
ce pain est celui qui descend du ciel pour qu’on le mange et ne meure pas.
Je suis le pain vivant, descendu du ciel.
Qui mangera ce pain vivra à jamais.
Et même, le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde
  (6,49-51).
Cette affirmation rejoint certains commentaires de Josué (cf 5,12)
qui disaient que la manne -lorsqu’elle avait cessé de tomber-
était gardée en réserve au ciel jusqu’à la venue du messie.
Le titre de Fils de l’homme est lui aussi lié à une tradition biblique.
Le titre remonte au livre de Daniel où le Fils de l’homme
est une personne humaine et quasi divine.
Voici qu’avec les nuées du ciel venait comme un Fils d’Homme.
Il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté:
les gens de tous peuples, nations et langues le servaient.
Sa souveraineté est une souveraineté éternelle qui ne passera pas,
et sa royauté, une royauté qui ne sera jamais détruite
  (7,13ss).
Dans des livres juifs contemporains des Évangiles (Hénoch et 4e Esdras),
le Fils de l’homme est clairement identifié à l’Élu de Dieu, au Messie.
En Jean, comme dans les synoptiques, Jésus se nomme souvent le Fils de l’homme:
Il faut vous mettre à l’oeuvre pour obtenir non pas cette nourriture périssable,
mais la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que le Fils de l’homme vous donnera,
car c’est lui que le Père, qui est Dieu, a marqué de son sceau»
  (Jn 6,27).
Amen, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme
et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas en vous la vie
  (Jn 6,53).
Cette description du Fils de l’homme parle aussi de sa descente et de sa montée:
Car nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel,
le Fils de l’homme
  (Jn 3,13).
Je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté,
mais la volonté de celui qui m’a envoyé
  (6,38).
Dans notre texte, Jésus dit aussi cette phrase énigmatique, et qui semble une interrogation:
Et si vous voyiez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant?…
On songe à ce que dira plus tard le Ressuscité à Marie-Madeleine:
Je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va trouver mes frères et dis-leur:
je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu»
  (Jn 20,17).
La remontée vers Dieu peut donc signifier l’aboutissement de la mission.
On trouve cette même image dans le livre d’Isaïe (55,11):
Ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche,
elle ne revient pas vers moi sans effet,
sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission.

Mais cet aboutissement de la mission va passer par la mort sur la croix:
Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme,
alors vous saurez que Je Suis et que je ne fais rien de moi-même,
mais je dis ce que le Père m’a enseigné
  (Jn 8,28).
Une fois élevé de terre, j’attirerai à moi tous les humains.
Il signifiait par là de quelle mort il allait mourir
  (Jn 12,32-33).
Malgré les liens avec la tradition biblique,
plusieurs raisons rendent sans doute ce discours difficile à comprendre.
D’abord l’objection de l’origine de Jésus.
Ce messie, qui était attendu venant du ciel, devait apparaître brusquement.
De plus, on devait ignorer ses origines humaines.
Or Jésus était connu comme quelqu’un de Nazareth:
N’est-ce pas Jésus, le fils de Joseph? Ne connaissons-nous pas son père et sa mère?
Comment peut-il déclarer: «Je suis descendu du ciel»?
  (Jn 6,42).
Lui, nous savons d’où il est, tandis que le Christ, à sa venue,
personne ne saura d’où il est
  (7,27).
On sait aussi la réplique de Nathanaël:
De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon?  (Jn 1,46).
Si donc les origines tout ordinaires de Jésus ne peuvent évoquer son origine divine,
qu’en sera-t-il des circonstances de sa mort?
Nous avons appris de la Tora que le Christ demeure à jamais.
Comment peux-tu dire: Il faut que soit élevé le Fils de l’homme?
Qui est ce Fils de l’homme?
  (12,34).
Non seulement le messie céleste ne devrait-il pas mourir,
mais il sera encore plus scandaleux qu’il meure sur la croix!
Or Jésus a parlé explicitement de sa mort:
Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang,
vous n’aurez pas la vie en vous.
Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle
et je le ressusciterai au dernier jour
(6,53-54).
Cela évoque en effet les sacrifices juifs
où la chair de la victime est mangée et le sang versé sur l’autel:
Tu feras l’holocauste de la chair et du sang sur l’autel du Seigneur ton Dieu;
quant à tes sacrifices, le sang en sera répandu sur l’autel,
et tu mangeras la chair
  (Dt 12,27).
Si la formule ‘chair et sang’ désigne la personne,
cette expression peut être employée pour dire la fin tragique de cette personne.
et donc ici le don sanglant que Jésus fera de sa vie lorsqu’il ‘montera’ sur la croix:
une mort qui, à l’époque, était celle des criminels et qui n’avait donc rien de glorieux ni de divin.
Il était sans doute très difficile aux auditeurs de comprendre le sens de cette mort,
une mort que Jésus présentait comme devant apporter la vie éternelle
à ceux qui seront ses disciples.

Mais il en est parmi vous qui n’ont pas foi.
Parmi les compatriotes de Jésus,
certains ne croyaient pas à la résurrection et à la vie dans l’au-delà:
notamment les Sadducéens qui formaient l’élite économique et politique.
Pour d’autres, notamment les zélotes,
véritables révolutionnaires qui voulaient chasser les Romains:
le messie qu’ils attendaient était un leader nationaliste.
Les disciples d’Emmaüs avaient aussi cette espérance.
C’est ce qu’ils confient à l’inconnu qui les a rejoints sur la route:
Jésus de Nazareth fut un prophète puissant en action et en parole
devant Dieu et devant tout le peuple:
nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié;
et nous, nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël
  (Lc 24,19-21).
Les horizons de ces Juifs, comme ceux de nombreux disciples, sont donc limités
à des perspectives terrestres et politiques.
Or Jésus parle de vie éternelle et de nourriture spirituelle.
Il a dit avec force que ses paroles sont capables de faire vivre d’éternité.
Et cela parce qu’elles sont pleines du souffle spirituel de Dieu:
Les paroles que je vous ai dites sont souffle spirituel et elles sont vie.
Mais Jésus ajoute aussitôt: Il en est parmi vous qui n’ont pas foi…
Pour ceux-là, les propos de Jésus sont une cause de scandale.
Le mot juif traduit par scandale signifie un piège
et plus largement ce qui fait trébucher et donc chuter.
Employé pour décrire une relation humaine ou la relation avec Dieu,
le mot scandale dit donc ce qui met en péril la confiance, la foi.
Bien des gens vont se trouver scandalisés par Jésus.
Ils ne trouveront pas en lui le chemin qui mène vers la communion avec Dieu
et donc vers la véritable vie.
Cela a été vrai des membres de sa famille, au moins avant la Pâque de la résurrection.
Ses frères n’avaient pas foi en lui  (Jn 7,5).
Simon-Pierre va même être occasion de scandale pour Jésus (Mt 16,23):
Jésus dit à Pierre: Va arrière de moi, Satan, tu m’es un scandale;
car tes pensées ne sont pas aux choses de Dieu, mais à celles des hommes.

Quelles sont donc ces pensées qui ne sont pas celles de Dieu
et peuvent conduire à faire perdre la confiance en Jésus?
À quoi Simon-Pierre réagissait-il de manière trop humaine?
Simon-Pierre se refusait probablement à voir son Maître accepter
d’être arrêté par les autorités juives pour être conduit à la mort.
Peut-être parce que Pierre voit encore en Jésus un messie politique.
Selon les vues de Pierre, on ne peut prétendre au rôle de leader d’Israël
pour le mener à la libération et en même temps annoncer sa mort prochaine.
Pour comprendre comment la mort de Jésus peut donner la vraie vie,
il ne faut pas croire à la victoire du bien par la destruction du méchant.
Autant pour ce qui concerne les humains entre eux
que pour la relation de Dieu et des humains.
Il faut vivre sur le registre de l’amour et du pardon
et croire que seul le pardon d’amour peut changer le coeur de ceux qui font le mal.
Dieu est tout-puissant seulement en amour.
C’est uniquement par l’amour qu’Il veut vaincre le mal.
La mort de Jésus sera voulue comme un geste de pardon d’amour envers ceux qui le rejettent,
et qui le rejettent parce qu’il se veut le visage d’un Dieu qui n’est que miséricorde.
Voilà peut-être la raison qui amènera Judas à trahir.
Si Judas est issu du mouvement des zélotes,
il a pu juger que la pensée et la conduite de Jésus ne pouvaient que démobiliser
ceux qui voulaient libérer Israël des Romains par un combat violent.
Mais Judas ne sera pas le seul parmi les Douze
à avoir des moments d’incompréhension qui ébranleront leur confiance en Jésus.
Lors de l’arrestation, aucun ne suivra le Maître, sauf Pierre, mais qui reniera Jésus.
Plus tard Paul traduira ainsi ce qui a fait le scandale de certains disciples (1Co 1,23):
Nous prêchons un messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens.
Mais cette ‘pierre rejetée’ par les autorités juives de l’époque
va devenir la pierre d’angle du rassemblement des fils et filles du Père:
Pierre l’exprimera clairement après Pâques:
Sachez-le donc, vous tous et tout le peuple d’Israël,
c’est par le nom de Jésus Christ, crucifié par vous, ressuscité des morts par Dieu,
c’est grâce à lui que cet homme se trouve là, devant vous guéri.
C’est lui, la pierre que, vous les bâtisseurs, aviez mise au rebut
et qui est devenue la pierre angulaire.
Il n’y a aucun salut ailleurs qu’en lu
i  (Ac 4,10-12).
Mais cette incompréhension de la véritable mission de Jésus
n’est pas seulement le fait des Juifs, mais aussi celui des disciples:
ceux que Jésus a choisis sont si peu en harmonie avec leur rabbi et leur ami.
La réponse à ce mystère se trouve sans doute dans la bouche de Jésus:
Personne ne peut venir à moi si cela ne lui est donné par le Père.
Aux Juifs qui contestaient qu’il est ‘l’homme qui vient de Dieu’,
Jésus avait déjà répondu: Nul ne peut venir à moi si le Père ne l’attire  (Jn 6,44).
Alors, le Père n’attirerait-il pas tout être humain?
Y a-t-il une prédestination?
Comment comprendre cela?
Pour découvrir le fils de Dieu en cet homme de Nazareth
-semblable à nous dans toute son humanité-,
il faut, d’une certaine façon, être du même esprit que lui.
C’est le souffle spirituel qui donne la vie, la chair n’est utile en rien.
Dieu attire tout humain, mais la vie divine n’est ‘reconnue’ en Jésus que par celui qui en vit.
Jésus ne l’a-t-il pas fortement suggéré à Nicodème?
Ce qui est de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit.
Ne t’étonne pas si je t’ai dit: «Il vous faut naître d’en-haut»
  (Jn 3,6-7).
Naître d’en haut, c’est devenir fils, fille du Père Divin.
Les seuls moyens de la raison humaine sont impuissants
à faire percevoir le sens profond des paroles et des signes de Jésus;
seul l’Esprit divin peut nous mettre sur la longueur d’onde des réalités spirituelles
qui se manifestent en lui.
Pour reconnaître le mystère qu’est Jésus,
il ne faut pas seulement croire que Dieu est le créateur et le maître du monde,
il faut vivre avec Dieu une relation de filiation,
il faut savoir l’appeler ‘Père’ comme Jésus le fait.
Et cela est l’oeuvre de l’Esprit divin en nous, comme le dira l’apôtre Paul:
Ceux-là sont fils de Dieu qui sont conduits par l’Esprit de Dieu. …
Vous avez reçu un esprit qui fait de vous des fils adoptifs
et par lequel nous crions: Abba, Père
  (Rm 8,14-16).
Cette filiation divine se réalise dans la mesure où nous apprenons à aimer
de la même manière que Dieu, de la même façon que Jésus:
c’est-à-dire avec une bonté qui n’exclut personne et qui est toujours prête au pardon.
Pour cela, il faut se laisser engendrer par le Père des cieux.
Ce qui est une oeuvre de longue haleine qui implique la prière silencieuse.
Elle est cet espace où nous faisons place à l’Esprit de Dieu
pour qu’Il puisse façonner notre coeur, notre intelligence, notre volonté,
pour qu’Il nous apprenne à agir à la manière de Dieu avec bonté et gratuité.
Alors que notre nature humaine est plus spontanément portée
à dominer, à posséder, à accaparer.
Être attiré par le Père, c’est se laisser conduire chaque jour par son Esprit.

«Ne voulez-vous pas partir, vous aussi?»
«Seigneur, auprès de qui aller? Tu as des paroles de vie éternelle.

À qui aller?, demande Pierre en reprenant le même verbe
que pour les disciples qui vont partir:
Nombreux parmi ses disciples ne vont plus aller à sa suite.
Pierre affirme donc sa confiance en Jésus comme le Maître
auprès duquel on peut aller pour vivre de vie divine. Jésus est plus qu’un simple rabbi:
il est le Saint de Dieu, l’envoyé du Père, ‘l’homme qui vient de Dieu’
et qui peut guider vers les eaux de la vie divine, éternelle: Qui vient à moi n’aura jamais faim;
qui croit en moi n’aura jamais soif
  (Jn 6,35).
(Jn 4,14) Qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif;
l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle.

En Matthieu, Jésus dira à Pierre que ce n’est pas la raison seule
qui lui a permis de découvrir en lui le Fils unique du Père:
Heureux es-tu, Simon, car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela
mais mon Père qui est aux cieux
  (Mt 16,17).
Pierre ne reprend aucun des titres que Jésus s’est donné:
Je suis le pain de vie, le Fils de l’homme.
Ici, il ne donne pas non plus à Jésus le titre traditionnel de messie.
Peut-être parce que le titre ‘le Saint de Dieu’ exprime mieux
le lien fort entre Jésus et celui qu’il appelle son Père.
Ce Père qui seul est Le Saint, comme le disent tant de textes bibliques:
Je suis le Seigneur, votre Saint, le créateur d’Israël, votre roi  (Is 43,15).
Ainsi parle le Seigneur ton libérateur, le Saint d’Israël:
Je suis le Seigneur ton Dieu, je t’instruis pour ton bien
  (Is 48,17).
Ton créateur est ton époux, le Seigneur-Dieu est son nom,
le Saint d’Israël est ton libérateur, on l’appelle le Dieu de toute la terre
  (Is 54,5).
En Jean, 2 endroits viennent confirmer ce titre de Saint:
Celui que le Père a fait saint et envoyé dans le monde, vous lui dites:
Tu blasphèmes, parce que j’ai dit: Je suis Fils de Dieu!
  (Jn 10,36).
Lors du dernier Repas, Jésus priera pour ses disciples:
Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient,
eux aussi, sanctifiés dans la vérité.
Ta parole est vérité
  (Jn 17,19.17).
C’est parce qu’il s’est laissé inspirer par Dieu que Pierre peut déceler en Jésus
celui dont la parole conduit à vivre de la vie véritable qui est la vie même de Dieu.
Et nous, nous avons cru et nous avons connu que toi, tu es le Saint de Dieu.
Cette foi de Pierre vient d’une connaissance qui est celle de l’amour.
C’est le sens du verbe ‘connaître’ dans la langue de la Bible.
Comme toute connaissance entre des personnes,
cela ne peut se faire par la seule raison.
Il faut aussi l’amour. Et donc la liberté.
N’est-ce pas cette liberté qui nous est fortement signifiée en conclusion de notre récit:
N’est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous les Douze? Et l’un de vous est un diable!
Une phrase qui, au long des siècles, s’appliquera à plus d’un disciple!
Devant ce drame de la trahison de l’ami,
ne sommes-nous pas devant le mystère de l’amour?

Georges Convert

 

»»» Questions

1. À quel moment de la vie de Jésus ses situe cet épisode?
2. Qu’est-ce qui a provoqué cette rupture entre Jésus et beaucoup de ses disciples?
3. Que signifiait exactement dans la bouche de Pierre sa profession de foi?
4. Pour nous aujourd’hui, cela est-il porteur de lumière dans notre lien avec Jésus?

 

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