Évangile du dimanche 27 mai 2018

Fête de la Trinité (année B), selon l’écrit de Matthieu 28, 16-20

Du pain sur la table

16 [Au temps de Pâques],les onze disciples s’en vont en Galilée,
à la montagne que Jésus leur a désignée.

17 En le voyant, ils se prosternent,
mais certains ont des doutes.

18 S’approchant, Jésus leur adresse ces paroles:
Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre.

19 Allez donc enseigner toutes les nations,
baptisant les disciples au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,

20 leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit.
Voici que moi, « je suis » avec vous tous les jours jusqu’à la fin du temps.

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Le commentaire du pain sur la table,

par Georges Convert.

Voici une belle fresque qui vient clore le récit évangélique de Matthieu.
Le récit est à la fois majestueux et sobre.
En effet, l’apparence de Jésus n’est pas décrite
et seules ses paroles nous donnent cette impression de grandeur quasi divine.

La place de ce texte dans le récit de Matthieu
Cette finale du récit évangélique de Matthieu est très différente de celle de Luc
qui situe la rencontre entre Jésus et ses disciples à Béthanie, proche de Jérusalem.
Luc parle de l’ascension de Jésus alors que Matthieu ne décrit pas vraiment son départ.
Il ne faut jamais perdre de vue que les évangiles sont avant tout des catéchèses.
Ils racontent l’histoire en fonction du message qu’ils veulent illustrer.
Les lieux sont choisis pour leur valeur symbolique plus que pour la réalité historique.
Ce sera donc ce message qu’il nous faudra éclairer.

Les disciples s’en vont à la montagne que Jésus leur a désignée.
Le récit ne mentionne pas le nom de cette montagne.
Peut-être parce qu’il veut fixer l’attention sur le symbole que la montagne représente.
Dans toute la Bible, la montagne est le lieu de la rencontre de Dieu:
c’est là que Dieu s’y révèle et qu’Il fait entendre sa parole.
C’est sur la montagne du Sinaï que Moïse va recevoir de Dieu les Dix Paroles
qui sont le coeur de la Tora (l’Enseignement divin).
De même, c’est sur la montagne que Jésus proclame les Béatitudes (Mt 5):
cet ensemble de paroles qui forment sa propre interprétation de la Tora.
Matthieu y a rassemblé l’essentiel de l’enseignement de Jésus.
Souvenons-nous encore de la montagne de la Transfiguration (cf. Lc 9,28 et ss):
avec Moïse et Élie, Jésus parle de son exode qui va s’accomplir à Jérusalem:
c’est-à-dire de son choix de marcher librement vers sa mort, d’aller vers la Croix.
Et la voix du Père va retentir pour confirmer Jésus dans ce choix:
Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le (Lc 9,35).
Sur la montagne de Galilée,
Jésus ressuscité se trouve non plus du côté de l’humain, mais déjà du côté de Dieu.
Ici, ce n’est plus Dieu qui se fait voir, mais c’est Jésus ressuscité
qui apparaît à ses disciples pour leur donner son ordre de mission.
Les disciples réagissent comme on réagit devant Dieu: ils se prosternent.
Le récit ajoute: mais certains eurent des doutes.
Les spécialistes hésitent sur la traduction:
soit: eux qui d’autre part avaient douté, soit: mais certains doutent.
Remarquons que tous les récits évangéliques notent le doute des disciples.
En Marc, Jésus apparaît à Marie-Madeleine qui va annoncer la nouvelle aux disciples
(Mc 16,11): En entendant dire que Jésus vivait et qu’elle l’avait vu, ils ne la crurent pas.
Luc dit que ces propos des femmes leur semblèrent du radotage
et qu’ils refusèrent de les croire
(Lc 24,11).
Jean raconte l’incrédulité de Thomas: Cesse d’être sans foi, mais aie foi (Jn 20, 27).
On a sans doute voulu rappeler ce doute dans le seul passage de Matthieu
qui parle de la rencontre de Jésus avec les Onze.
Comment comprendre ce manque de foi de quelques disciples?
Ce doute semble dire qu’aucun disciple ne s’attendait à la résurrection de leur Rabbi.
Il y avait eu, certes, les promesses de Jésus qu’il ressusciterait au 3e jour,
mais cette expression était comprise comme le « dernier Jour » de l’histoire,
le grand Jour de la résurrection des morts.
C’est ainsi que Marthe avait compris l’affirmation de Jésus: Ton frère ressuscitera:
Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier Jour
(Jn 11,23-24).
L’expression « le 3e Jour » se trouve dans le livre du prophète Osée (Os. 6,2):
Après deux jours Il nous fera revivre, le 3e jour Il nous relèvera
et nous vivrons en sa présence.

Dans ce texte, il s’agit du peuple de Dieu qui est comme mort à cause de ses fautes
et qui espère que Dieu va le relever, le faire revivre.
Au long des siècles, les paraclets-interprètes des synagogues vont interpréter
ce texte en l’appliquant à la résurrection des humains.
Comme le font les targums: «Il nous fera revivre au Jour des consolations qui doivent venir,
au jour de la revivification des morts Il nous ressuscitera et nous vivrons devant Lui.»
Ce targum montre comment la tradition juive a compris le « troisième jour ».
Le chiffre 3 n’est plus chronologique mais symbolique:
il désigne le jour du salut, de la délivrance finale, le « jour de la consolation des morts ».
C’est ainsi que les contemporains de Jésus comprenaient l’expression du 3e jour.
Il a été mis au tombeau, il est ressuscité le 3e jour conformément aux Écritures,
comme dit la lettre de Paul aux Corinthiens (15,4).
Ce doute nous fait comprendre que « voir » le Ressuscité est d’abord un acte
du Ressuscité qui se fait voir et que cela ne se fait pas avec les yeux du corps.
On ne peut discerner la présence du Ressuscité qu’avec les yeux de la foi.
Il faut être sur la longueur d’onde de la résurrection pour « voir » celui que Dieu a fait revivre.
Cette longueur d’onde est celle de la foi en « l’amour qui livre sa vie »
comme gage de pardon à ceux qui lui font violence: un pardon qui veut vaincre la haine
et convertir le violent.
Les disciples ne comprennent pas plus naturellement la résurrection
qu’ils ne comprenaient le choix de Jésus de « livrer sa vie ».
À Pierre qui l’invitait à ne pas se livrer aux chefs juifs, Jésus avait dit:
Tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes (Mt 16,23).
Combien il est difficile, encore aujourd’hui, de croire que l’amour peut vaincre le mal.
De croire que le pécheur ne sera pas converti par la punition et le châtiment
mais dans la mesure où l’on fera appel à l’étincelle de bonté
qui se trouve cachée au plus profond de son coeur.
Le fait que Jésus soit ressuscité atteste
que cette capacité d’aimer jusqu’au don de soi peut être plus forte que la mort.
Et que Jésus revient à la vie pour nous aider à vivre à notre tour le pardon.

Les Onze disciples s’en vont en Galilée.
Ils observent ce que le Ressuscité a demandé par l’intermédiaire des femmes (Mt 28,8-10):
Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre
en Galilée: c’est là qu’ils me verront.

Cela fait écho à ce qu’avait dit Jésus au mont des Oliviers, avant son arrestation:
Cette nuit même, tous vous tomberez à cause de moi.
Il est écrit: «Je frapperai le pasteur et les brebis du troupeau seront dispersées.»
Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée
(Mt 26,31-32).
Pourquoi la Galilée?
C’est la « Galilée des païens », appelé le « carrefour des nations ».
En effet cette région de la Palestine était peuplée de Juifs et de païens.
C’est le terrain que Jésus avait choisi pour être le premier lieu de sa prédication.
Contrairement à Jean le baptiste qui se tenait dans la région du Jourdain.
Ce choix peut être compris comme une volonté de Jésus
de permettre aux païens de connaître son message.
Pourquoi Jésus ressuscité y convoque-t-il ses disciples?
Sans doute pour bien indiquer le nouveau départ de sa mission.
Alors que Moïse avait formé un prototype du règne de Dieu à partir des tribus juives,
l’Évangile va inspirer un nouveau prototype du règne de Dieu
qui rassemblera des disciples de toutes les nations.
Jusque-là le peuple de Dieu était Israël
et son centre était Jérusalem, le lieu du Temple, celui de la Demeure de Dieu.
Maintenant, un peuple de Dieu va pouvoir se constituer à partir des peuples païens.
Le centre symbolique de ce peuple nouveau sera la Galilée, « carrefour des nations ».
Allez donc enseigner toutes les nations.
Aujourd’hui, nous avons peine à imaginer la révolution qu’est cet ordre de mission.
Malgré des incursions en territoire païen, Jésus avait limité son enseignement à Israël.
À la cananéenne qui demande la guérison de sa fille, Jésus répond:
Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël (Mt 15,24).
Après Pâques, l’accueil des païens dans l’Église se fera souvent avec difficulté.
Autour de Jacques, le frère du Seigneur, la communauté de Jérusalem,
formée de juifs convertis à l’Évangile, aura du mal à s’ouvrir à l’universalisme.
Il faudra l’intervention de l’Esprit pour décider Pierre a baptiser le centurion païen Corneille
(Ac 10,35-36): Je saisis que Dieu n’est pas partial
et qu’en toute nation celui qui le craint et pratique la droiture lui est agréable.
Jésus le Christ, qui a annoncé l’Évangile de la paix, est le Seigneur de tous.

Il faudra l’enthousiasme de l’apôtre Paul -et sa persévérance-
pour que cette ouverture à tous les peuples se réalise pleinement.
Aux nouveaux chrétiens d’Éphèse -venus du paganisme- Paul écrira:
En ce temps-là vous étiez sans messie, privés du droit de cité en Israël…
Maintenant, en Jésus Christ, vous qui jadis étiez loin,
vous avez été rendus proches par le sang du Christ.
C’est lui qui est notre paix: de ce qui était divisé, il a fait une unité.
Dans sa chair il a détruit le mur de séparation: la haine.
Il a voulu, à partir du Juif et du païen, créer en lui un seul homme nouveau
-en établissant la paix-, et les réconcilier avec
Dieu tous deux en un seul corps
(Ép 3,11-17).
Cette réconciliation est bien la raison du choix de Jésus de livrer sa vie.
Non seulement ce don de lui-même veut vaincre par l’amour le rejet des chefs juifs,
mais Jésus ressuscité, vivant à jamais, donnera sans cesse son amour
pour que soit réalisée la paix entre tous les humains.
Cela doit marquer sans cesse la mission de l’Église.
L’Église du Ressuscité a vocation à l’universel:
non seulement en accueillant des disciples de toutes les nations
mais aussi en collaborant à tout ce qui peut contribuer à l’unité de l’humanité.
Elle ne peut jamais se refermer sur elle-même, sur ses fidèles.
Elle doit sans cesse se convertir pour être le levain de l’unité dans le monde.
Le disciple de Jésus doit être un « disciple sans frontières ».
Il a mission d’être un artisan de paix, de la paix, au sens biblique,
qui est la réconciliation, la construction de l’unité, et pas seulement l’absence de chicane.
Dans un monde qui devient village global -où se cotoient
toutes les races et toutes les croyances-
ce rôle des disciples de Jésus revêt toute sa brûlante actualité.
Il y a, dans cet enseignement de Jésus, un rejet, un bris de l’ethnocentrisme.
L’ethnie peut, certes, être un ciment d’unité entre des humains,
mais jamais elle ne doit devenir un absolu:
aucune ethnie ne peut prétendre être supérieure et exclusive.
Pour tout humain, l’autre humain est son frère, sa soeur.
Pour Jésus, c’est dans la reconnaissance de Dieu comme unique Père
que tous les humains peuvent se rassembler.
Jacques Loew décrit la nécessité pour les chrétiens de vivre une fraternité universelle:
«La communauté est comme ce laboratoire où se fabrique la charité,
mais celle-ci doit ensuite s’étendre aux autres.
Réserver son amour aux membres de la communauté, c’est tomber dans l’égoïsme à quelques-uns.
Dès qu’une communauté chrétienne se referme sur elle-même,
quelle que soit la grandeur de l’amour fraternel qui unit ses membres,
c’est en fait de la vie chrétienne authentique» (Vous serez mes disciples, Fayard 1978, p. 172).
De nos jours, les événements des Balkans, de l’Irlande, de nombreux pays africains,
manifestent, hélas, que la paix est éminemment difficile
et qu’il nous faut appeler sur nous la force de l’Esprit du Christ
pour être des témoins de son amour et des constructeurs d’unité.

Leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit.
Comme Dieu avait donné à Moïse la Tora, la Règle de vie du peuple,
ainsi Jésus donne ses préceptes de vie
pour vivre à la manière du Dieu-Père qui est Amour.
Cette communauté réunie au nom de Jésus prendra le nom d’Église.
Le mot « église » vient du grec ekklesia qui veut dire « assemblée »:
un mot qui traduit l’hébreu Qahal qui désignait l’assemblée d’Israël, peuple de Dieu.
L’Église est ainsi une assemblée de disciples,
c’est-à-dire d’élèves qui se mettent à l’école du Maître qu’est Jésus
pour y apprendre son Évangile et pour en vivre.
Ce qui « fait » le Juif, c’est qu’il est à l’écoute de Dieu: chaque matin, dans sa prière,
il redit sa profession de foi qui commence par ces mots: Israël, Écoute! (Dt 6,4).
Et ce qui « fait » le chrétien, c’est qu’il est à l’écoute de Jésus qui révèle le Père:
Venez à moi… mettez-vous à mon école, dit Jésus (Mt 11,28-29).
Cette école de Jésus ne sera plus seulement réservée aux Juifs.
Déjà Israël accueillait des gens d’autres peuples qui se convertissaient.
Mais c’était en les « nationalisant », en les agrégeant au peuple par la circoncision.
Tout être humain, de quelque peuple qu’il soit, pourra être disciple de Jésus.
Le christianisme, qui aurait pu devenir une sorte d’école juive, de confrérie juive,
va dès lors quitter la synagogue pour devenir un peuple universel, catholique
-le mot grec katholikos veut dire universel.
L’apôtre Paul, dans sa lettre aux chrétiens de Rome, résumera bien la mission
de cette Église appelée à annoncer l’Évangile à tout être humain (Rm 1,4-7):
Paul, serviteur de Jésus-Christ, appelé à être apôtre, mis à part pour annoncer l’Évangile de Dieu:
cet Évangile concerne son Fils… Jésus, Christ, notre Seigneur.
Par lui nous avons reçu la grâce d’être apôtre pour conduire à l’obéissance de la foi,
tous les peuples païens, dont vous êtes, vous aussi que Jésus Christ a appelés.

La Bible hébraïque se termine d’ailleurs par une vision semblable.
Dans le 2e livre des Chroniques on peut lire:
Tous les royaumes de la terre, le Seigneur-Dieu me les a donnés (2 Ch 36,23).

Baptisant les disciples au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
On peut s’étonner de cette formule trinitaire -nouvelle dans la bouche de Jésus.
Des spécialistes pensent qu’elle a été introduite plus tard dans le récit évangélique.
Il semble qu’au début on baptisait seulement « au nom de Jésus ».
Les lettres de Paul nous font percevoir les tâtonnements
pour exprimer la communion intime entre Jésus-le-Fils, et Dieu-le-Père, et l’Esprit.
Évoquons deux de ces formules écrites par Paul (1 Co 12,3):
Personne ne peut dire: «Jésus est Seigneur», si ce n’est par l’Esprit saint.
Et cette formule concluant une lettre aux Corinthiens (2 Co 13,13):
La grâce du Seigneur Jésus, l’amour de Dieu et
la communion du Saint Esprit soient avec vous,

formule que nous avons reprise pour ouvrir la liturgie eucharistique.
Baptiser, cela signifie « plonger » quelqu’un… ou se « plonger »… dans l’eau.
Mais cette plongée dans l’eau veut signifier une autre plongée:
le baptême plonge le disciple dans l’enseignement de son Maître.
Cependant le baptisé ne devient pas seulement l’adepte d’une doctrine,
mais il est appelé à devenir l’ami du Maître,
car il va recevoir de lui plus qu’une doctrine: une amitié (Jn 15,15).
Je ne vous dis plus « serviteurs »… mais je vous dis « amis »
parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître.

Ce que Jésus transmet à ses disciples,
il leur faut le garder dans la mémoire profonde de leur être;
le sauve-garder en eux pour en faire ce qui va informer toute leur existence,
leur manière quotidienne de vivre et d’agir (Jn 14,21):
Celui qui a mes préceptes et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime;
celui qui m’aime sera aimé de mon Père et je l’aimerai et je me manifesterai à lui.

Pour être son disciple, il faut donc plonger dans la vie même de Jésus
et par lui être imprégné de l’amour du Père en recevant son Esprit.
Devenir chrétien, c’est plus qu’accueillir des valeurs morales
-les plus hautes soient-elles comme celle de l’amour-charité-,
c’est devenir véritablement l’intime de Jésus et, par lui, devenir l’intime du Père.

Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre.
Durant son procès devant le Sanhédrin, Jésus avait répondu:
Vous verrez le Fils de l’homme siégeant à la droite du tout-Puissant
et venant sur les nuées du ciel
(Mt 26,64).
Cette réponse fait peut-être référence au texte du prophète Daniel.
Le prophète Daniel avait annoncé un Fils de l’homme qui serait vainqueur avec Dieu:
(Dn 7,14) Au Fils de l’homme fut donné empire, honneur et royaume,
et tous les peuples, nations et langues le serviront.
Son empire est empire à jamais, qui ne passera point,
et son royaume ne sera point détruit.

Ce Fils de l’homme est un personnage qui représente tout le peuple des fils de Dieu.
Au temps de Daniel (150 ans avant Jésus) c’était une promesse pleine d’espérance.
Après des siècles d’oppression par les puissances voisines, c’est l’espoir
qu’Israël sera enfin libéré et que tous les peuples lui seront unis dans la foi au Dieu unique.
Jésus reprend ce texte en le purifiant de tout contexte politique.
Il ne s’agit plus d’Israël et de la soumission des peuples païens réunis autour de lui,
mais plutôt de l’invitation qui sera faite à tout humain de devenir disciple de Jésus
dans une communauté sans distinction de races et de classes.
Ce règne de Dieu atteindra d’ailleurs tous les humains de bonne volonté
qui auront su être solidaires des plus petits de leurs prochains.
C’est ce que Jésus avait enseigné dans la parabole du jugement dernier:
Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire,
devant lui seront rassemblées toutes les nations.
Alors le Roi dira à ceux de droite: Venez, les bénis de mon Père,
recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde.
Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger,
j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli
(Mt 25,31-35).
On le voit, la seigneurie du Christ n’a rien de la gloire des puissants de ce monde.
Elle est celle d’un Fils de Dieu qui se fait le prochain des humbles et des pauvres
parce qu’Il est le témoin d’un Dieu qui n’est qu’Amour.

Et moi « je suis » avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps.
Cette apparition de Jésus ressuscité est décrite ici comme un envoi en mission.
Or, dans la Bible, le doute, la réticence sont des attitudes fréquentes
lorsque Dieu donne mission à quelqu’un.
Moïse dit à Dieu d’envoyer quelqu’un d’autre que lui, car il ne sait pas parler:
Je t’en prie, Seigneur, je ne suis pas doué pour la parole. J’ai la langue lourde
(Ex 4,10).
Jérémie dont Dieu veut faire un prophète pour les nations païennes, lui répond:
«Ah! Seigneur Dieu, je ne saurais parler, car je suis trop jeune» (Jr 1,6).
À chaque fois, devant cette crainte, ce doute, Dieu promet d’être là:
Le Seigneur dit à Moïse: «Qui a donné une bouche à l’humain?
N’est-ce pas moi, le Seigneur? Et maintenant va! Je suis avec ta bouche
et je t’enseignerai ce que tu devras dire»
(Ex 4,11-12).
Et à Jérémie Dieu dit: Partout où je t’envoie, tout ce que je te commande, dis-le.
N’aie peur de personne, Je suis avec toi
(Jr 1,4-8).
Aux Onze, sur la montagne, Jésus dit: Je suis avec vous.
Cette affirmation « Je suis avec vous » se trouve déjà au début de l’Évangile:
elle est le surnom de Jésus: Emmanuel, qui se traduit «Dieu avec nous» (cf. Mt 1,23).
C’est par Jésus et son Esprit que Dieu est avec l’humanité jusqu’à la fin des temps.

Comment comprendre et vivre de cette présence de Dieu dans notre monde?
Dans le fond de notre coeur, n’y a-t-il pas le doute, comme chez les disciples?
Dieu n’est-il pas si peu présent et si grandement absent…
car il n’enlève ni maladie, ni souffrance, ni misère, ni guerre?
Où est-il ton Dieu? Cette question posée par le psalmiste est toujours actuelle.
Mais si nous trouvons que Dieu est si peu présent, c’est peut-être parce que Dieu ne s’impose pas.
Dieu est humble et discret… parce qu’Il n’est qu’amour.
Nous sommes parfois tentés de conclure: Jésus est parti près de son Père,
il n’est plus avec nous. Non! Jésus ressuscité nous invite à vivre aujourd’hui avec lui.
Je suis avec vous tous les jours… la promesse de Jésus dure encore.
Et c’est à ses disciples qu’il appartient de manifester sa présence (Mt 18,20):
Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux.
Où rencontrer le Christ vivant aujourd’hui?
Sinon là où des gens sont réunis parce qu’ils sont disciples de Jésus,
et qu’ils tentent de trouver ensemble, à la lumière de sa parole et de son Esprit,
ce qu’est le vrai visage de l’être humain pour qu’il soit véritablement fils, fille de Dieu.
Seules des petites communautés de chrétiens et chrétiennes
-qui s’entraident à vivre à la manière de Jésus- peuvent témoigner
que le Christ est présent parmi nous.
C’est en vivant l’unité que les disciples deviennent le Corps du Christ
qui est présent et agissant dans le monde.
Jacques Loew décrit ainsi l’unité qui témoigne du Christ, source de la vraie fraternité:
«Plus l’Église veut s’adresser à tous les hommes, plus elle veut être missionnaire,
plus il faut que soit visible, lisible aux yeux de tous, la fraternité chrétienne authentique.
Je veux dire une fraternité qui ne soit pas un vague humanitarisme,
mais l’amour même venu de Dieu, descendu d’En Haut,
et qui soude entre eux une poignée d’hommes et de femmes,
consacrés à Dieu par le baptême pour s’aimer les uns les autres
comme Jésus Christ nous aime» (ibidem, p. 174).
Un amour qui prend sa source
dans celui qui unit le Père, Jésus son Bien-aimé et l’Esprit d’amour.

Georges Convert
»»» Questions

 

1. Quel est le sens de l’expression le «3e jour» dans la Bible?
2. Pourquoi Jésus a-t-il choisi la Galilée comme lieu de sa mission?
3. Comment vivre le précepte «garder tout ce que Jésus a prescrit»?
4. Quel pouvoir a été donné } Jésus?
5. Comment Jésus est-il avec nous jusqu’à la fin des temps?

 

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