Mon grain de sel

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Grain de SelMon grain de sel, sur l’Évangile du dimanche 17 septembre 2017

par Mario Bard.

Ancrer le pardon à l’infini

Je me souviens : quand j’étais petit, j’aimais bien une petite séance de ce que nous nommons au Québec, le « boudage », du verbe bouder. Quand quelque chose n’allait pas, je préférais faire des visages sans sourire, contrits, la poitrine recouverte de mes deux bras croisés, et ne plus parler. Comme si le ciel allait nous tomber sur la tête avec orages – éclairs, tonnerres, nuages plus noirs que la nuit, Irma à la puissance 5 + – et qu’il allait punir les sujets de mon courroux.

J’ai grandi… mais j’ai parfois exactement la même tentation à laquelle je succombe une fois de temps en temps, aux jours de grande fatigue. En mon âme et conscience, je détermine que le monde doit tomber, que les personnes qui m’ont blessé l’ont fait très intentionnellement et qu’elles ne méritent aucun pardon, sauf celui de Dieu… et encore! La mort par torture, tête tranchée, ou bien tous autres supplices dans lesquels l’être humain excelle encore – malheureusement! Je détermine que je suis seul à avoir raison. Je me fais juge, idole, dieu…

Sauf que Ieshoua va exactement dans le sens inverse avec cet enseignement. Personne ne mérite le mauvais traitement que réserve le mauvais serviteur à celui qui lui doit. Personne. Ce passage possède la grande qualité d’être clair comme de l’eau de roche. Quiconque se dit chrétien ne peut prétendre faire peser sur l’autre ce que Dieu lui-même ne fait pas peser… Ce qui m’impressionne le plus est l’accueil que désire exercer sur moi et les autres humains, frères et sœurs, le Dieu que nous présente Ieshoua, devenu Christ par l’amour du Père-Mère, et le souffle de l’Esprit. Il désire la même chose pour les humains : quelle invitation fantastique!

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Publicité : le lundi 25 septembre prochain, le frère Fernand Bessette sera l’invité de l’émission de radio que j’ai la chance d’animer depuis cinq ans, Questions d’aujourd’hui, en collaboration avec Radio VM et l’Office de catéchèse du Québec. Religieux de Sainte-Croix, celui-ci travaille depuis 2001 en prison, plus particulièrement avec des hommes qui sont délinquants sexuels. Quoi? Oui, vous avez bien lu. Le frère travaille avec ceux qui sont aujourd’hui considérés comme des membres de la famille humaine que l’on ne devrait pas pardonner. Il existe des gestes qui ne méritent pas que l’être humain qui les commit soit même considéré comme un humain. Un animal? À peine…

Pourtant, ce n’est pas la vision du frère Bessette. Il se base sur ce que Ieshoua lui-même a fait auprès du jeune homme riche : « Jésus, l’ayant regardé, l’aima. » (Marc 10, 21.) Le religieux désire apporter cet amour à des hommes qui ne sont pas le crime qu’ils ont commis, mais des humains qui sont en quête de devenir humain. Le geste qu’ils ont commis – inceste sur leurs enfants, séquestration de petites filles ou de petits garçons, viol, etc. – est inacceptable, m’a-t-il expliqué. Mais l’humain qui les a commis a besoin d’être aimé. Soixante-dix fois sept fois… c’est-à-dire, à l’infini! Sinon, il risque de répéter le mal. Et le monde sera encore plus terrible qu’il ne l’est maintenant. Le frère Bessette est conscient que sa communauté les Frères de Sainte-Croix a elle-même été le lieu de ce mal sexuel. Cette mission auprès des prisonniers, qui s’ancre dans une démarche de justice réparatrice, est aussi une manière pour la communauté de « réparer », d’affirmer la reconnaissance que oui, il y a eu des membres qui n’ont pas su être à la hauteur de leur mission et qui ont commis le mal, blessure permanente…

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Et si, dans un geste mystique, je laissais mes blessures être réparées et transformées par le pardon? Au lieu de croiser mes bras en signe de protestation, comme un enfant effarouché qui préfère bouder, pester et menacer le monde de tous les maux, pourquoi ne pas laisser s’ancrer en moi la richesse d’un pardon toujours possible. À l’infini, Ieshoua nous demande d’être ceux et celles qui oseront dire, aux jours de la croix : « Père, pardonne-leurs, car ils ne savent pas ce qu’ils font. »

 

Mario Bard

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