Mon grain de sel

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Grain de SelMon grain de sel, sur l’Évangile du dimanche 6 mai 2018

par Mario Bard.

Jusqu’au bout, sur la croix : aimer

Le programme de Ieshoua est impossible. La preuve est patente! Le monde dans lequel nous vivons favorise : moi, je, et bien sûr, le centrisme du nombril 101. De plus, les requins de la finance réussissent à tuer tant de gens par des règles de plus destinées à rendre les riches gras, beaux, seuls et « glamourous ». Il faut s’en rendre compte et abandonner notre idéalisme : Ieshoua est venu, il a essayé, en annonçant de manière plus que convaincante un nouveau règne de Dieu possible… Il a échoué. Rentrons chacun chez soi et laissons notre vie couler jusqu’au jour de notre mort. Les puissants ont gagné. Et le canon de leurs fusils bat des records de morts partout sur la terre.

J’espère que vous me lisez encore J. Je sais. Les mots du paragraphe d’introduction sont affreux, durs et remplis de désespérance. Il faut pourtant se rendre à l’évidence. L’amour tel que le propose Ieshoua de Nazareth est un programme presque impossible à mettre en place dans ce monde. Pourtant, les plus vieux s’en souviennent, l’espoir était au rendez-vous dans plusieurs pays, par exemple, dans les années 60. Sur le continent africain, les populations reprenaient leur indépendance. Dans les pays occidentaux, des États commençaient à offrir à leurs citoyens des systèmes d’éducation et de santé accessibles à tous et la propriété – une maison simple mais confortable et chaude en hiver! – n’était plus une illusion. Même en Chine, en URSS et dans tous les régimes communistes, l’espoir l’emportait sur l’illusion que ce système autoritaire et sans liberté pourrait durer.

Mais voilà.

Nous avons tenu pour acquis que notre cœur s’était transformé. Nous avons cru que les paroles de Ieshoua s’étaient imprimées dans tous les cœurs, même les plus durs. C’est oublié à quel point le « Prince de ce monde » est puissant et leurre même nos plus belles intentions. C’est oublié que nous sommes oublieux. « Je me souviens », dit-on au Québec; c’est notre devise. « De quoi? » répondront les plus cyniques. Du christianisme, et de ce qu’il peut représenter de bon et de beau?

***

La chrétienté est passée dans nos pays d’abondance, et nombre de personnes ont finalement décroché. Ils n’étaient plus heureux de la tournure qu’ont prise les Églises, emberlificotées dans des structures qui sont devenues des règles dogmatiques, au-dessus de l’esprit de la lettre. Heureusement, le Concile a libéré la Parole et les cœurs, demandé aux pasteurs de retourner dans les champs et invité les laïcs à vraiment prendre leur place dans une Église qui est d’abord la leur. Alors : trop tard? Il n’est jamais trop tard pour être libre, clame une chanson. Et construire de nouvelles communautés chrétiennes, d’abord basées sur l’accueil de tous, sans condition, et à la recherche commune du bien commun, et au regard des réalités vécues par les êtres humains que nous sommes peut se faire maintenant et dans le futur. Plus que jamais. Il n’est pas trop tard pour appliquer les préceptes de Ieshoua. Jamais.

Par contre, peut-être aurons-nous à simplifier notre langage chrétien d’initié, afin de laisser poindre – dans les paroles comme dans les gestes – une véritable parole d’amour et d’amitié. Le programme de Ieshoua est clair et précis. « Voici le précepte qui est le mien : que vous vous aimiez les uns les autres de la même manière que je vous ai aimés. Personne n’a d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ses amis. »

Limpide. Un message qui est étranger à la culture ambiante du spa à tout prix, de l’amour de soi sans concession et de l’adoration du dieu argent.

***

Contrairement à ce que je clame dans mon premier paragraphe, il y a des cœurs qui n’ont pas oubliés le sens des mots de Ieshoua. Et, malgré les apparences, ils sont plus nombreux que jamais. Seulement, le bling-bling ambiant a quelque peu possédé notre regard et l’a ensorcelé, paralysé. Heureusement qu’il existe encore des cœurs qui sont prêts à battre pour la justice sociale. Des cœurs qui sont prêts à battre pour aimer les plus petits, les laids, les indigents, les dépossédés. Des cœurs qui sont prêts battre au rythme des sourires qu’ils laissent gentiment aux passants en disant simplement « Bonjour! », la bonté existe toujours.

Simplement : ne vous laissez pas tourner le cœur par mes paroles cyniques, sans nuances et pleines de désespoirs. S’il est vrai que le prince de ce monde aimerait bien gagner, nos cœurs, ceux-ci se souviennent pour toujours – du moins le mien – du jour de la rencontre avec Ieshoua, ce Fils de Dieu présenté dans l’Évangile, prêt à nous aimer coûte que coûte, au prix de sa vie.

Sur la croix, son choix d’aimer comme un serviteur souffrant à annoncer la venue de la résurrection. Au jour de cynisme et de découragement, je prie Dieu qu’il allume en nous une étincelle qui ne s’éteint jamais. Celle qui est pleine de miséricorde et d’un amour toujours plus fort, libérée par le dialogue intime de Ieshoua avec nous. Une étincelle qui saura nous relever et nous rendre, de nouveau, debout et aimant jusqu’au bout. Même sur la croix. Simplement.

 Mario Bard

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