{"id":1018,"date":"2009-07-21T14:02:37","date_gmt":"2009-07-21T18:02:37","guid":{"rendered":"https:\/\/info-christianisme.org\/jacques-loew-la-quete-de-dieu-de-l%e2%80%99atheisme-a-la-nuit-de-la-foi"},"modified":"2014-01-30T14:21:35","modified_gmt":"2014-01-30T19:21:35","slug":"jacques-loew-la-quete-de-dieu-de-l%e2%80%99atheisme-a-la-nuit-de-la-foi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/relaismontroyal.org\/info-christianisme.org\/wp\/?p=1018","title":{"rendered":"Jacques Loew : La qu\u00eate de Dieu, de l\u2019ath\u00e9isme \u00e0 la nuit de la foi"},"content":{"rendered":"<p><em>Article par le P\u00e8re Georges Convert<\/em><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/info-christianisme.org\/wp\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Jacques-Loew.jpg\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-1019\" alt=\"Jacques Loew\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/info-christianisme.org\/wp\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Jacques-Loew.jpg?resize=350%2C238\" width=\"350\" height=\"238\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/relaismontroyal.org\/info-christianisme.org\/wp\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Jacques-Loew.jpg?w=350&amp;ssl=1 350w, https:\/\/i0.wp.com\/relaismontroyal.org\/info-christianisme.org\/wp\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Jacques-Loew.jpg?resize=300%2C204&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 350px) 100vw, 350px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Jacques Loew est n\u00e9 en France en 1908. Apr\u00e8s une jeunesse v\u00e9cue dans l\u2019ath\u00e9isme,\u00a0 il fait la d\u00e9couverte de Dieu \u00e0 travers les merveilles de l\u2019univers. Cela le conduira \u00e0 une profonde communion avec J\u00e9sus dont il sera un t\u00e9moin passionn\u00e9, passion qui l\u2019am\u00e8nera notamment \u00e0 \u00e9crire de nombreux ouvrages qui ont fortement marqu\u00e9 l\u2019\u00c9glise dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle. Sp\u00e9cialement l&rsquo;\u00c9glise de France dont il fut, d\u00e8s 1942, l&rsquo;un des premiers pr\u00eatres-ouvriers. Dans les ann\u00e9es 50, ses albums missionnaires dans la collection F\u00eates et Saisons (dont certains seront vendus \u00e0 plus d&rsquo;un million d&rsquo;exemplaires et traduits en plusieurs langues) lui vaudront de correspondre avec quelque 3000 lecteurs.<!--more--><\/p>\n<p>Rejoint par des jeunes qui aspirent \u00e0 devenir pr\u00eatres dans le monde ouvrier, Jacques Loew fonde un Institut apostolique: La Mission Ouvri\u00e8re saints-Pierre-et-Paul dont les membres exerceront une profession surtout manuelle et vivront en solidarit\u00e9 avec les milieux populaires. La Mission s\u2019implantera au Sahara, au Br\u00e9sil, au Japon, au Canada, en Italie, en Russie.<\/p>\n<p>Le livre Comme s&rsquo;il voyait l&rsquo;Invisible, qui traduit la spiritualit\u00e9 de la Mission, influencera la vie chr\u00e9tienne de nombreux pr\u00eatres, religieux, religieuses et la\u00efques. Il sera lui aussi traduit en plusieurs langues.<\/p>\n<p>En 1963, au Br\u00e9sil, Jacques participe \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence des communaut\u00e9s eccl\u00e9siales de base. Soucieux de former des animateurs pour ces communaut\u00e9s, avec la collaboration du P\u00e8re Voillaume, prieur des Petits Fr\u00e8res de J\u00e9sus, et d&rsquo;autres, Jacques va fonder, en 1969, \u00e0 Fribourg en Suisse, une \u00c9cole de la Foi qui accueillera des centaines d&rsquo;hommes et de femmes de tous les continents. Le rayonnement de l&rsquo;\u00c9cole s&rsquo;\u00e9tendra en Afrique o\u00f9, de 1975 \u00e0 1980, se feront chaque ann\u00e9e des mois de la foi pour les cat\u00e9chistes. Plusieurs sessions se tiendront en France, en Belgique, \u00e0 l&rsquo;Ile Maurice, \u00e0 la R\u00e9union et au Qu\u00e9bec. Pendant l&rsquo;\u00e8re sovi\u00e9tique, Jacques r\u00e9pondra \u00e0 l&rsquo;appel de jeunes orthodoxes moscovites r\u00e9unis autour du pope Alexandre Men. Ces journ\u00e9es bibliques, qu&rsquo;il anime avec l\u2019ex\u00e9g\u00e8te franciscain Mass\u00e9o Caloz, se tiendront clandestinement lors de la grande parade militaire du 1er mai.<\/p>\n<p>L&rsquo;itin\u00e9raire de Jacques Loew est intimement li\u00e9 \u00e0 des personnalit\u00e9s aussi marquantes que celles du paysan-philosophe Gustave Thibon, du fondateur d&rsquo;\u00c9conomie et Humanisme, le P\u00e8re Lebret, d&rsquo;Andr\u00e9 Baron qui le mit en contact avec le futur Paul VI, des th\u00e9ologiens Charles Journet et Martin Cottier (qui deviendra le th\u00e9ologien personnel de Jean-Paul II) et de Madeleine Delbr\u00eal dont il partageait les grandes intuitions.<\/p>\n<p>Aux tout d\u00e9buts de sa d\u00e9marche de conversion, Jacques eut la chance d&rsquo;\u00eatre accueilli par Stanislas et Anita Fumet, qui seront ses parrains, et la petite communaut\u00e9 r\u00e9unie autour d&rsquo;eux: \u00abOn priait ensemble, on aimait Dieu ensemble, on avait de merveilleux fous rires ensemble. Ainsi j&rsquo;ai d\u00e9couvert un christianisme \u00e0 la fois communautaire, spontan\u00e9, p\u00e9tillant de joie.\u00bb.<\/p>\n<p>Devenu dominicain, il est envoy\u00e9 \u00e0 Marseille, en France, pour faire une \u00e9tude sociologique sur les dockers. Ce fils de famille bourgeoise y d\u00e9couvre la mis\u00e8re \u00e9conomique des ouvriers du Port. Mais ce converti est \u00e9galement interrog\u00e9 par l&rsquo;ignorance religieuse. Pour faire conna\u00eetre le Christ J\u00e9sus qui l&rsquo;a transform\u00e9 et lui a donn\u00e9 un bonheur inesp\u00e9r\u00e9, il se fait lui-m\u00eame docker.<\/p>\n<p>Sa sensibilit\u00e9 envers la grandeur de tout \u00eatre humain a sans doute \u00e9t\u00e9 aviv\u00e9e par le contact avec les dockers chez qui il a pu voir le caract\u00e8re sacr\u00e9 de tout \u00eatre, m\u00eame si la duret\u00e9 du travail, des conditions sociales, voire la mis\u00e8re, ont souvent d\u00e9figur\u00e9 ces travailleurs et leur famille.<\/p>\n<p>Son regard sur le caract\u00e8re unique de tout humain s\u2019allie avec le sens de la solidarit\u00e9 universelle inspir\u00e9e par l\u2019amour de tout prochain qui est -pour Jacques- la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019existence humaine. Car le dessein de Dieu est que l\u2019humanit\u00e9 soit \u00e0 sa ressemblance: Dieu est l\u2019Un, source de l\u2019unit\u00e9, ce qui signifie bien plus que l\u2019id\u00e9e d\u2019un seul Dieu. Pour qui croit que Dieu est la source de l\u2019unit\u00e9, la mondialisation ne devrait-elle pas nous inviter \u00e0 b\u00e2tir l\u2019unit\u00e9 du genre humain, dans le respect des diff\u00e9rences?<\/p>\n<p>Regardant J\u00e9sus face aux questions sociales et politiques de son \u00e9poque, Jacques \u00e9voque la grande question pos\u00e9e \u00e0 la foi chr\u00e9tienne: celle du mal. Il en a p\u00e2ti dans sa chair comme docker, parmi les pauvres du Br\u00e9sil, lors de ses s\u00e9jours en Afrique. Sans avoir de r\u00e9ponse \u00e0 la question du mal, Jacques croit \u00abseulement de toute sa foi que les t\u00e9n\u00e8bres n\u2019auront pas le dernier mot\u00bb: la beaut\u00e9 de la cr\u00e9ation nous en donne l\u2019assurance.<\/p>\n<p>Mais o\u00f9 et comment rencontrer J\u00e9sus? \u00abUn chr\u00e9tien, pas de chr\u00e9tien\u00bb, disait Tertullien. On n\u2019est chr\u00e9tien qu\u2019en devenant fils, fille du P\u00e8re \u00c9ternel et ainsi fr\u00e8re, s\u0153ur de tous ceux qui accueillent cette paternit\u00e9 divine.<br \/>\nPour rencontrer J\u00e9sus, il nous faut donc rencontrer un petit groupe rassembl\u00e9 en son nom: cinq, six, vingt, trente personnes. Non pas seulement pour dire des pri\u00e8res ensemble, mais pour vivre les uns par les autres cet amour de J\u00e9sus qui anime chacune et chacun.<br \/>\nOn comprendra combien cette vision de l\u2019\u00c9glise est loin du visage qu\u2019en donne l\u2019institution, qu\u2019elle soit catholique, orthodoxe, anglicane&#8230; Celle-ci n\u2019est souvent visible aux masses que par ce qu\u2019en montrent les m\u00e9dias: des c\u00e9r\u00e9monies&#8230; Jacques, d\u00e8s son travail parmi les dockers, avait envoy\u00e9 des rapports aux services romains pour les sensibiliser \u00e0 l\u2019incompr\u00e9hension, voire au scandale, que de tels spectacles avaient aupr\u00e8s de ses compagnons de travail.<\/p>\n<p>Le Concile Vatican II aidera \u00e0 retrouver le mod\u00e8le originel de l\u2019\u00c9glise tel que Luc le d\u00e9crit dans les Actes des Ap\u00f4tres (2,42-47). Dans les ann\u00e9es 70, du fait du d\u00e9veloppement des villes qui engendre l\u2019anonymat dans des paroisses devenues trop vastes pour \u00eatre communautaires, vont surgir des assembl\u00e9es locales qui porteront diff\u00e9rents noms: communaut\u00e9s eccl\u00e9siales de base, petites communaut\u00e9s fraternelles, etc. \u00c0 Marseille comme au Br\u00e9sil, Jacques et ses \u00e9quipiers d\u00e9couvrent \u00abde plus en plus la n\u00e9cessit\u00e9 de b\u00e2tir l\u2019\u00c9glise \u00e0 travers des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes \u00e0 ras de terre.\u00bb<\/p>\n<p>Au plan social, la pens\u00e9e de Jacques est inspir\u00e9e du manifeste d\u2019\u00c9conomie et Humanisme, publi\u00e9 en 1942, qui traduisait la pens\u00e9e du Louis-Joseph Lebret, dominicain, sociologue et \u00e9conomiste, et du paysan-philosophe Gustave Thibon. Ce manifeste \u00e9tait centr\u00e9 sur la communaut\u00e9 de destin, \u00abfondement de l\u2019harmonie et de la dur\u00e9e des soci\u00e9t\u00e9s\u00bb. Cette communaut\u00e9 de destin pr\u00f4nait pour tout groupe humain la solidarit\u00e9 organique de ses membres: comme la t\u00eate est organiquement li\u00e9e aux membres du corps.<br \/>\nCette id\u00e9e de communaut\u00e9 de destin, Jacques l\u2019appliquera au monde du travail (relations travailleurs-patrons), \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 nationale et internationale (indiff\u00e9rence des nantis envers la solidarit\u00e9 n\u00e9cessaire pour que chaque citoyen du monde soit consid\u00e9r\u00e9 dans sa dignit\u00e9 humaine).<\/p>\n<p>Nourri de la pens\u00e9e personnaliste, Jacques d\u00e9nonce la place de l\u2019\u00eatre humain dans l\u2019urbanisation. Celle-ci d\u00e9truit l\u2019humain comme personne et le r\u00e9duit au r\u00f4le d\u2019individu. Il aura exp\u00e9riment\u00e9 cette pens\u00e9e dans sa vie de docker sur le port de Marseille et de pasteur de paroisse en France comme dans la communaut\u00e9 de base d\u2019un quartier pauvre du Br\u00e9sil. \u00abC&rsquo;est en vivant dans la vraie proximit\u00e9 des hommes que nous d\u00e9couvrons la vraie hi\u00e9rarchie des besoins humains. L&rsquo;homme n&rsquo;a pas seulement besoin de pain ou de vin, mais de consid\u00e9ration, de tendresse, d&rsquo;affection.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abAimer la personne, c&rsquo;est donc lui permettre de se retrouver dans des communaut\u00e9s \u00e0 sa port\u00e9e. II y a l\u00e0, et \u00e0 tous les \u00e9chelons de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle, une donn\u00e9e constante \u00e0 r\u00e9tablir: la revendication, l&rsquo;augmentation des salaires, la prolongation des cong\u00e9s n&rsquo;y peuvent suppl\u00e9er. Mais donner \u00e0 l&rsquo;atelier une structure o\u00f9 chacun peut grandir au sein d&rsquo;une \u00e9quipe, donner au quartier les arbres et le terrain libre o\u00f9 se nouera une communaut\u00e9 autour des parties de p\u00e9tanque, cela fait partie int\u00e9grante de cet \u00e9panouissement de la personne, jusqu&rsquo;\u00e0 une participation plus haute \u00e0 un syndicalisme actif; un engagement politique ou civique.<\/p>\n<p>Ce respect de la personne oblige \u00e0 assumer une autre difficile tension: \u00eatre enracin\u00e9 au milieu m\u00eame des hommes dont on partage le destin -sinon l&rsquo;amour devient utopique,- mais porter aussi une s\u00e9rieuse attention aux probl\u00e8mes \u00e9conomiques et sociaux plus vastes, -sinon l&rsquo;amour sera platonique.<\/p>\n<p>Cette dimension sociale, sans laquelle la personne ne peut se r\u00e9aliser, doit se retrouver \u00e9galement au plan religieux. Rien n&rsquo;est aussi important que de transformer la paroisse en une communaut\u00e9 r\u00e9elle. Mais une communaut\u00e9 vraie de fils de Dieu, conscients de leur nature et de leurs liens, n&rsquo;est pas un autobus o\u00f9 chacun monte, paye sa place, sonne et descend sans trop prendre garde aux autres voyageurs et dont le cur\u00e9 et le vicaire seraient plus ou moins le chauffeur et le receveur. La personne humaine s&rsquo;ach\u00e8ve dans l&rsquo;\u00c9glise locale, rassemblement des fils et filles de Dieu. \u00bb<\/p>\n<p><em>(Comme s\u2019il voyait l\u2019invisible, Cerf 1964, p. 124-126)<\/em><\/p>\n<p>Il est aussi un \u00e9cran majeur au visage \u00e9vang\u00e9lique de l\u2019\u00c9glise, c\u2019est la fracture qui existe entre le clerg\u00e9 et le monde des gens ordinaires. Ainsi Jacques justifiera-t-il le travail ouvrier des pr\u00eatres, \u00e0 la mani\u00e8re de l\u2019ap\u00f4tre Paul.<br \/>\nLe r\u00f4le de l\u2019\u00c9glise dans la soci\u00e9t\u00e9 le pr\u00e9occupera jusqu\u2019\u00e0 ses derniers jours. Il sait qu\u2019aujourd\u2019hui le r\u00f4le doctrinal de l\u2019\u00c9glise est insupportable pour les masses qui ne sont pas ou ne sont plus chr\u00e9tiennes. Aussi, pour lui, l\u2019\u00c9glise doit \u00eatre m\u00eal\u00e9e au monde dans la pratique de la vie journali\u00e8re afin de conna\u00eetre de l\u2019int\u00e9rieur les conditions de vie des gens ordinaires: salaire, conditions de travail, nourriture, logement.<\/p>\n<p>D\u00e8s les ann\u00e9es 70, sa pens\u00e9e rejoint certaines visions des altermondialistes, des militants de l\u2019environnement, des ap\u00f4tres de la simplicit\u00e9 de vie volontaire. S\u2019appuyant sur la pens\u00e9e de l\u2019\u00e9conomiste Barbara Ward et de Ren\u00e9 Dubos, co-auteurs de Nous n\u2019avons qu\u2019une terre, il \u00e9pouse leurs visions du r\u00f4le des chr\u00e9tiens: \u00ab\u00c0 l\u2019euphorie scientifique, \u00e0 la cupidit\u00e9 \u00e9conomique, \u00e0 l\u2019arrogance nationale doit se substituer dans les prochaines d\u00e9cennies un nouveau mode d\u2019\u00eatre et de vie, fait de sobri\u00e9t\u00e9, de modestie, de simplicit\u00e9, de respect de la cr\u00e9ation -la nature et nos semblables. C\u2019est une question de vie et de mort.\u00bb<\/p>\n<p>Vers la fin de sa vie, alors qu&rsquo;il a quatre-vingt cinq ans, ce converti, dont la foi fut toujours mise en question, par la pens\u00e9e des incroyants, les d\u00e9couvertes scientifiques, celles de l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se, fait la connaissance de la pens\u00e9e du j\u00e9suite Joseph Moingt, des \u00e9crits de Maurice Zundel et de Bernard Feillet. Cela le conduira \u00e0 vivre une \u00ab\u00a0nuit de la foi\u00a0\u00bb, comparable \u00e0 celle que v\u00e9cut Th\u00e9r\u00e8se de Lisieux dans les derniers mois de sa vie.<\/p>\n<p>Cette nuit de la foi est le texte d\u2019une conf\u00e9rence donn\u00e9e \u00e0 Paris pour comm\u00e9morer le dixi\u00e8me anniversaire de sa mort (1999).<\/p>\n<p>En 1994 Jacques \u00e9crivait :<br \/>\n\u00abOn le dit et on le redit sur tous les tons, dans toutes les revues et les hebdomadaires: le monde a chang\u00e9 davantage dans cette fin de si\u00e8cle qu&rsquo;en deux mille ans! Ses dimensions ont explos\u00e9. Nous sommes entr\u00e9s dans une \u00e8re nouvelle et cela pose plus de questions que celles qui m&rsquo;inqui\u00e9taient dans mon sanatorium paisible!<br \/>\nMais que devient ma foi de 1932?\u00bb<\/p>\n<p>Cette derni\u00e8re phrase nous indique que c\u2019est tout son parcours chr\u00e9tien qui est interrog\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 en 1962 Jacques \u00e9crivait \u00e0 Martin Cottier :<br \/>\n\u00abLa foi n&rsquo;est pas seulement quelque chose qui explique le dogme et qui y fait adh\u00e9rer. [Elle] se pr\u00e9sente comme un combat d\u00e8s le d\u00e9part.\u00bb Et il \u00e9voque Vincent de Paul et Th\u00e9r\u00e8se de Lisieux.<\/p>\n<p>En effet, Vincent de Paul, alors qu\u2019il se trouvait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, ne pouvant m\u00eame plus dire l&rsquo;acte de foi, avait \u00e9crit cet acte, le portait sur son c\u0153ur et protestait simplement de sa foi en mettant sa main sur son propre c\u0153ur.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de sa vie, Th\u00e9r\u00e8se de l&rsquo;Enfant J\u00e9sus expliquait sa vie spirituelle en disant : \u00abCe n&rsquo;est pas un voile, c&rsquo;est un mur qui me s\u00e9pare de Dieu et du surnaturel.\u00bb Elle r\u00e9pondait \u00e0 sa\u00a0 Prieure qui s\u2019en \u00e9tonnait : \u00abMa M\u00e8re, je chante ce que je veux croire\u2026 N&rsquo;ayant pas la jouissance de la foi, j&rsquo;essaye d&rsquo;en avoir les \u0153uvres. Ainsi, pour elle, la foi n&rsquo;est pas du sentimental, de l&rsquo;\u00e9motion religieuse, c&rsquo;est vraiment un combat.\u00bb<br \/>\nIl me semble qu\u2019on ne d\u00e9crit pas ainsi la foi si, pour soi-m\u00eame, celle-ci va de soi et ne pose aucune question. Th\u00e9r\u00e8se de Lisieux accompagnera d\u2019ailleurs le dernier combat de Jacques.<\/p>\n<p>D\u00e8s 1975, alors qu\u2019il n\u2019a que 67 ans, la pens\u00e9e de la mort devient une interrogation pos\u00e9e, pas seulement \u00e0 la foi, mais \u00e0 sa foi. Il \u00e9crit : \u00abDepuis un an, souvent, la pens\u00e9e de la prochaine rencontre avec Dieu se pr\u00e9sente \u00e0 mon esprit. Et devant cette rencontre, je suis sans lumi\u00e8re. Il me semble que je pourrais dire et m\u2019enchanter de belles choses\u2026 mais pas pour moi. Non que je me sente exclu, mais autre chose est de dire sa foi, autre chose l\u2019interrogation personnelle que la proximit\u00e9 de la rencontre avec Dieu pose \u00e0 ma foi. C\u2019est le point o\u00f9 la foi ne se pr\u00e9sente plus comme un Credo. Ici la rencontre avec Dieu est comme la pierre de touche de ma foi; \u00e0 la mani\u00e8re de la question pos\u00e9e \u00e0 Pierre : Et toi, qui dis-tu que je suis? Ou celle pos\u00e9e \u00e0 Marthe: Qui vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela? Mais maintenant il ne s\u2019agit plus de Lazare, mais de moi, Jacques, moi rencontrant Dieu. Avec un inimaginable comment! \u00d4 Seigneur, il n\u2019y a que toi qui puisse enlever le bandeau qui m\u2019aveugle! \u00bb<\/p>\n<p>Il faut nous rappeler que l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 la foi chr\u00e9tienne n\u2019a pas \u00e9t\u00e9, pour Jacques, comme une sorte d\u2019h\u00e9ritage familial. Son p\u00e8re \u00e9tait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment anticl\u00e9rical, lui-m\u00eame a re\u00e7u assez \u2018distraitement\u2019 une instruction religieuse dans une \u00e9cole protestante et il a v\u00e9cu une jeunesse plut\u00f4t d\u00e9brid\u00e9e. La conversion, lors de son deuxi\u00e8me s\u00e9jour en sanatorium,\u00a0 s\u2019est faite comme un choix difficile. D\u2019abord choix entre les grands spirituels de l\u2019humanit\u00e9 et J\u00e9sus\u2026 puis entre les diff\u00e9rentes \u00c9glises chr\u00e9tiennes. S\u2019il semble avoir eu, apr\u00e8s sa conversion, une foi \u00e0 toute \u00e9preuve, n\u2019\u00e9tait-ce pas la fougue du converti qui l\u2019a port\u00e9 : le d\u00e9sir de partager sa d\u00e9couverte de J\u00e9sus et de son \u00c9vangile \u00e0 un monde dont il consid\u00e9rera la mis\u00e8re principale comme \u00e9tant celle de l\u2019ath\u00e9isme.<\/p>\n<p>Parcourons quelques-uns des changements survenus dans la soci\u00e9t\u00e9, dans la th\u00e9ologie, dans la compr\u00e9hension de l\u2019\u00c9glise, qui ont suscit\u00e9 \u00e0 la fin de sa vie une zone de forte turbulence sur le plan de la foi.<\/p>\n<p>D\u2019abord les progr\u00e8s de la science dans notre connaissance de l\u2019univers.<\/p>\n<p>Les progr\u00e8s scientifiques du 20e si\u00e8cle demandent un changement de regard sur les liens\u00a0 entre la science et la foi.<br \/>\n\u00abNotre place dans le monde a chang\u00e9, \u00e9crit Jacques, et bien plus que par le simple passage \u00e0 l\u2019\u00e8re des ordinateurs et des sondes cosmiques. Les astronautes nous mettent en face d\u2019\u00e9toiles qui \u00e9mettent des jets d\u2019\u00e9nergie comparables \u00e0 cent millions de soleils, au voisinage de notre terre : \u00e0 quarante mille ann\u00e9es-lumi\u00e8res seulement! Tandis qu\u2019\u00e0 l\u2019autre extr\u00e9mit\u00e9, nous fabriquons des humains sur commande, bient\u00f4t sur catalogue.\u00bb<br \/>\nRappelons-nous qu\u2019en un demi-si\u00e8cle, on est pass\u00e9 de l\u2019\u00e9valuation d\u2019un univers ayant une existence de quelque 3 milliards d\u2019ann\u00e9es \u00e0 15 milliards.<br \/>\nJacques note les domaines dans lesquels la foi doit s\u2019inscrire :<br \/>\n\u00abQuelques flashes sur l\u2019horizon cosmique<\/p>\n<ul>\n<li>L\u2019homme dans le temps : de l\u2019explosion originelle de l\u2019univers \u00e0 sa liquidation<\/li>\n<li>L\u2019homme dans l\u2019espace : d\u00e9log\u00e9 du centre du monde (Copernic, Galil\u00e9e)<\/li>\n<li>L\u2019homme dans l\u2019\u00e9chelle des \u00eatres : sa parent\u00e9 profonde avec tout ce qui existe dans l\u2019univers et le principe anthropique (l\u2019univers s\u2019arrange pour engendrer son observateur).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Mais, aujourd\u2019hui, devant les agrandissements de l\u2019univers (temps, esp\u00e8ce), il nous faut changer notre regard.\u00bb<\/p>\n<p>La pens\u00e9e de Joseph Moingt (dont il avait photocopi\u00e9 un article sur la Gratuit\u00e9 de Dieu) aura une grande influence sur Jacques.<\/p>\n<p><strong>Je reprends ici quelques notes tir\u00e9es de cet article :<\/strong><\/p>\n<p>\u00abSi la revendication de Dieu comme \u00eatre n\u00e9cessaire est commune \u00e0 la th\u00e9ologie traditionnelle et \u00e0 la philosophie ant\u00e9rieure au si\u00e8cle des lumi\u00e8res, pour les scientifiques d\u2019aujourd\u2019hui le monde n\u2019a, en lui-m\u00eame, aucune raison d\u2019\u00eatre. La science ne postule plus Dieu comme cr\u00e9ateur.\u00bb<\/p>\n<p>Voici, en \u00e9cho, ce qu\u2019\u00e9crit une jeune de 22 ans, membre du Relais Mont-Royal, ce Centre spirituel fond\u00e9 \u00e0 Montr\u00e9al voici 13 ans :<br \/>\n\u00abPar d\u00e9finition, l\u2019esprit scientifique ne s\u2019int\u00e9resse qu\u2019\u00e0 ce qui est d\u00e9montrable par exp\u00e9rimentation. La grande majorit\u00e9 des scientifiques adh\u00e8rent au naturalisme, au m\u00e9canisme et \u00e0 l\u2019ath\u00e9isme. [Pour eux] il n\u2019y a aucune \u00e9vidence d\u2019une entit\u00e9 invisible et spirituelle. Tout ce qui est aujourd\u2019hui inexpliqu\u00e9 et toutes croyances aveugles seront un jour \u00e9clair\u00e9s et encadr\u00e9s dans la logique scientifique. Je dois avouer que cette \u00e9vidence forte du mat\u00e9rialisme me frappe \u00e9galement\u2026 et cela, bien malgr\u00e9 moi.\u00bb<\/p>\n<p>Si Jacques s\u2019est converti par l\u2019\u00e9merveillement devant un flocon de neige, pour nombre de nos contemporains l\u2019\u00e9merveillement devant une cr\u00e9ation dont les limites s\u2019\u00e9tendent continuellement, tant au plan de l\u2019infiniment grand qu\u2019\u00e0 celui de l\u2019infiniment petit, ne conduit pas n\u00e9cessairement \u00e0 la reconnaissance d\u2019un Cr\u00e9ateur.<br \/>\nCertes tous ne pensent pas ainsi et, pour d\u2019autres, chaque progr\u00e8s de la science est plut\u00f4t source d\u2019\u00e9merveillement devant la grandeur du Cr\u00e9ateur.<br \/>\nCependant au Canada et aux \u00c9tats-Unis, des statistiques r\u00e9centes montrent la progression d\u2019un certain ath\u00e9isme : en 2008 33% des adolescents indiquent ne s&rsquo;identifier \u00e0 \u00ab\u00a0aucune religion\u00a0\u00bb, alors qu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient que 12% en 1984. L\u2019\u00e9dition du 13 avril dernier du magasine Newsweek pronostique comme un constat la fin de l\u2019Am\u00e9rique chr\u00e9tienne. Selon le sondage de 2009 le nombre de personnes se d\u00e9clarant sans affiliation religieuse a quasiment doubl\u00e9 en 20 ans, de 8% en 1990 \u00e0 15% en 2009.<\/p>\n<p>Il est certainement douloureux, pour celui qui a consacr\u00e9 sa vie \u00e0 faire conna\u00eetre J\u00e9sus et le christianisme, de voir que le monde semble encore moins chr\u00e9tien aujourd\u2019hui qu\u2019il ne l\u2019\u00e9tait en 1932.<\/p>\n<p>Jacques note : \u00abEn 1932 le sol (et le sol terrestre et celui de l\u2019\u00c9glise) \u00e9tait stable, se pr\u00e9sentait comme solide : aujourd\u2019hui il est mouvant, relatif. Il y avait combat entre croyants (cl\u00e9ricaux) et anticl\u00e9ricaux, mais chaque camp se pr\u00e9sentait comme bien balis\u00e9. Or maintenant on s\u2019aper\u00e7oit que bon nombre de ces balises (ou plut\u00f4t de leur emplacement) n\u2019\u00e9taient pas aussi r\u00e9elles et solides qu\u2019elles le pr\u00e9tendaient. Un travail de r\u00e9\u00e9valuation doit \u00eatre honn\u00eatement effectu\u00e9 et toujours sur un sol mouvant et \u00e9volutif. Et devant un paysage qui d\u00e9file \u00e0 toute allure autour de soi.\u00bb<br \/>\nJacques rejoint Joseph Moingt : \u00abLa foi n\u2019est plus d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et de l\u2019autre l\u2019ath\u00e9isme; le doute, l\u2019incertitude et m\u00eame l\u2019incroyance se r\u00e9pandent aussi bien dans le camp chr\u00e9tien, puisque des gens qui se disent catholiques avouent ne plus croire \u00e0 la r\u00e9surrection; l\u2019indiff\u00e9rence surtout s\u2019infiltre partout.\u00bb<\/p>\n<p>En voici des exemples pris chez les jeunes adultes fr\u00e9quentant le Relais Mont Royal :<br \/>\n\u00abPendant des ann\u00e9es Dieu a \u00e9t\u00e9 pour moi un refuge. Comme les bras rassurants d\u2019un p\u00e8re lorsque tout semble aller de travers. Aujourd\u2019hui, je ne saurai d\u00e9finir ce qu\u2019est Dieu. Ce flou conceptuel m\u2019am\u00e8ne \u00e0 m\u2019interroger sur l\u2019existence de Dieu.\u00bb<br \/>\nUn autre \u00e9crit : \u00abQu&rsquo;on l&rsquo;appelle Dieu, Puissance Sup\u00e9rieure, Yahv\u00e9, Allah, pour moi il y a un \u00catre Supr\u00eame, un Grand Architecte. Quel est-il, quelle est la finalit\u00e9 de son action : toutes des questions\u00a0 auxquelles nous n&rsquo;obtiendrons pas de r\u00e9ponses aussi claires et nettes que nous voudrions ici bas.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abJ&rsquo;ai des doutes, avoue une autre. Je dirais qu&rsquo;ils contribuent, dans mon cheminement, \u00e0 \u00e9tablir en moi une spiritualit\u00e9 \u00ab\u00a0construite\u00a0\u00bb pierre par pierre. Je n&rsquo;ai pas adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 une foi compl\u00e8te, inflexible, pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p>Nous avons un membre qui approche la trentaine. \u00c9tant de parents militants ath\u00e9es, il n\u2019a eu aucune connaissance du christianisme jusqu\u2019au jour o\u00f9, lors d\u2019un s\u00e9jour en France vers l\u2019\u00e2ge de 18-19 ans, le hasard de l\u2019auto-stop l\u2019a conduit \u00e0 Taiz\u00e9. Il avait connu le chamanisme, le bouddhisme, l\u2019hindouisme. Depuis 10 ans, il fr\u00e9quente le Relais et a un lien tr\u00e8s fort avec J\u00e9sus. Mais il n\u2019est pas encore baptis\u00e9. Voici ce qu\u2019il m\u2019\u00e9crivait r\u00e9cemment : \u00abJe suis constamment ind\u00e9cis pour le bapt\u00eame. Il m&rsquo;appara\u00eet de plus en plus \u00e9vident que c&rsquo;est un acte \u00e0 poser pour moi. Seulement, ce geste se m\u00eale \u00e0 plusieurs questionnements que je me pose : ma profession, mon lieu de travail, ma relation conjugale et celle avec ma famille (mon p\u00e8re et ma m\u00e8re). J&rsquo;ai l&rsquo;impression de n&rsquo;\u00eatre pas \u2018d\u00e9pos\u00e9\u2019 en moi, dans le sens de n&rsquo;\u00eatre pas assis int\u00e9rieurement.\u00bb<\/p>\n<p>Si Malraux disait que le 21e si\u00e8cle serait spirituel ou ne serait pas, il ne parlait pas forc\u00e9ment de la religion. Il semble en effet que la recherche spirituelle de beaucoup se fasse en dehors des religions \u00e9tablies.<\/p>\n<p>Bernard Feillet, dont la lecture de l\u2019Errance a beaucoup nourri Jacques, \u00e9crit : \u00abIl est bien difficile de dire si, dans l\u2019avenir, les hommes seront religieux, s\u2019ils pourront \u00eatre d\u00e9nombr\u00e9s \u2013 comme on se plait \u00e0 le faire \u2013 comme fid\u00e8les d\u2019une religion, mais je vois l\u2019humanit\u00e9 devenir toujours plus spirituelle, portant en elle-m\u00eame l\u2019interrogation essentielle : le respect de tout \u00eatre et le go\u00fbt de l\u2019infini.\u00bb<\/p>\n<p>Une autre constatation affecte Jacques : l\u2019omnipr\u00e9sence continue du mal<\/p>\n<p>\u00abComme tant d&rsquo;autres, \u00e9crit-il, peut-\u00eatre ai-je v\u00e9cu d&rsquo;illusions \u00e0 ce sujet. Enfant, durant la guerre de 1914, j&rsquo;entendais parler de \u00abla der des ders\u00bb. Mais il y a eu la guerre 39-45 avec, ensuite, la d\u00e9couverte des camps d&rsquo;extermination, la Shoah, les goulags. Le mur de Berlin est tomb\u00e9: quelle explosion de joie! Mais, depuis, il y a la Bosnie, le Rwanda et plus de quarante foyers de massacres, de tortures.\u00bb<br \/>\nLa permanence de la guerre et de la famine a certainement affect\u00e9 son esp\u00e9rance en la puissance de l\u2019\u00c9vangile.<\/p>\n<p>\u00abPour moi aujourd\u2019hui, \u00e9crit-il, devant le mal qui d\u00e9ferle sur le monde, devant l\u2019\u00e9branlement des certitudes proclam\u00e9es jusqu\u2019alors comme in\u00e9branlables&#8230; [devant] la r\u00e9alisation des promesses du Royaume dont la r\u00e9alisation est toujours repouss\u00e9e, croire, [c\u2019est] esp\u00e9rer que cela se r\u00e9alisera (esp\u00e9rer contre toute esp\u00e9rance), qu\u2019il en sera ainsi, mais dans un au-del\u00e0 non imaginable.\u00bb Et Jacques s\u2019accroche, pour ainsi dire, \u00e0 cette id\u00e9e d\u2019Yves Congar : \u00ab Croire que les promesses sont donn\u00e9es en germes et non en fruits (et que c\u2019est un immense progr\u00e8s dans notre foi de d\u00e9couvrir cela).\u00bb<\/p>\n<p>Cette d\u00e9sillusion n\u2019aboutit pas chez Jacques \u00e0 un fatalisme. Quelques mois avant sa mort, photocopiant une page de La flamme qui d\u00e9vore le berger, de Paul Xardel, Jacques annote : \u00abTexte d\u2019une actualit\u00e9 capitale. Que font actuellement les chr\u00e9tiens pour r\u00e9soudre les questions actuelles de l\u2019homme? Quelle part effective prennent-ils \u00e0 la lutte contre les grandes formes du malheur collectif des hommes : l\u2019injustice, la faim, la guerre?\u00bb<\/p>\n<p>Il se r\u00e9jouirait probablement de cette r\u00e9flexion de Timothy Radcliffe, qui fut ma\u00eetre g\u00e9n\u00e9ral des dominicains : \u00abL\u2019enseignement social de l\u2019\u00c9glise sur la primaut\u00e9 du bien commun appara\u00eet soudainement comme la seule morale raisonnable (sens\u00e9e) pour une population plan\u00e9taire aux prises avec des catastrophes \u00e9cologiques. Le visage de l\u2019\u00c9glise \u00e0 venir sera d\u00e9termin\u00e9 par la mani\u00e8re dont l\u2019\u00c9glise sera en interaction avec le monde qui l\u2019entoure.\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est aussi la pens\u00e9e d\u2019un jeune adulte du Relais : \u00abIl importe donc \u00e0 chacun de faire en sorte de minimiser les impacts du Mal dans notre vie et dans la vie des autres. Notre quotidien est tr\u00e8s souvent influenc\u00e9 aujourd&rsquo;hui par le mat\u00e9rialisme impos\u00e9 qui nous entoure. C&rsquo;est \u00e0 moi que revient de poser le petit geste de soulagement qui aidera l&rsquo;autre.\u00bb<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Cruiziat, fondateur de Vie Nouvelle et d\u2019Alerte aux r\u00e9alit\u00e9s internationales disait souvent : \u00abLe monde est un vaste bordel. Et ni les grandes religions ni les syst\u00e8mes \u00e9conomiques ne le changeront. Mais ce que chacun de nous fait, si petit que ce soit, emp\u00eache le monde d\u2019\u00eatre pire.\u00bb<\/p>\n<p>Dans la note suivante, on per\u00e7oit combien cette permanence du Mal a fortement pos\u00e9 question \u00e0 la foi de Jacques :<br \/>\n\u00abQuand on nous dit que J\u00e9sus est l\u2019explication derni\u00e8re, d\u00e9finitive, de la cr\u00e9ation et de l\u2019histoire humaine, il ne faut pas y acquiescer trop vite. Il ne nous explique pas le cours tumultueux, chaotique \u2013 sanglant \u2013 des \u00e9v\u00e9nements. La m\u00e9chancet\u00e9 reste sans explication et le \u00abp\u00e9ch\u00e9\u00bb ne fait que reculer l\u2019\u00e9nigme.\u00bb<\/p>\n<p>Ce changement de regard sur la cr\u00e9ation et l\u2019omnipr\u00e9sence du Mal ne viennent-elles pas en contradiction avec notre conception d\u2019un Dieu Tout-puissant?<br \/>\n\u00c0 la suite de Maurice Zundel, de Joseph Moingt, de Bernard Feillet et d\u2019autres, Jacques va concevoir autrement la Puissance de Dieu. Cela viendra sans doute interroger ce qu\u2019avaient \u00e9t\u00e9 ses premi\u00e8res cat\u00e9ch\u00e8ses transcrites dans les albums F\u00eates et Saisons, dont le premier exemplaire Dieu existe \u00e9tait \u00e9tabli sur l\u2019\u00e9merveillement devant la cr\u00e9ation, signe de la pr\u00e9sence de Dieu dans le monde.<\/p>\n<p>Zundel parle du Dieu pharaon. Je le cite : \u00abC&rsquo;est ainsi que si les hommes ont donn\u00e9 \u00e0 leurs rois, dans l&rsquo;antiquit\u00e9 le visage de la divinit\u00e9, ils ont donn\u00e9 aussi \u00e0 la divinit\u00e9 le visage de leurs rois. Cette image corrompt notre esprit, corrompt aussi notre religion parce que justement l\u2019\u00c9vangile nous a apport\u00e9 une autre \u00e9chelle de valeur. \u00c0 cette \u00e9chelle de valeurs fond\u00e9e sur la domination, sur l\u2019\u00e9crasement de la fragilit\u00e9 humaine par la puissance divine \u2013selon l\u2019image que les hommes \u00e9taient alors capables de construire\u2013, l\u2019\u00c9vangile oppose une nouvelle \u00e9chelle de valeur, incroyable, merveilleuse et dont nous n\u2019avons pas encore commenc\u00e9 de comprendre la port\u00e9e.\u00bb Pour Zundel cette nouvelle \u00e9chelle de valeurs se manifeste dans le lavement des pieds. C\u2019est ici, dit-il, que \u00abcommence la Nouvelle Alliance, que le voile se d\u00e9chire, que le visage de Dieu appara\u00eet et que cette \u00e9chelle de grandeurs nouvelle \u2013incomparable\u2013 nous est enfin r\u00e9v\u00e9l\u00e9e : le plus grand, c\u2019est celui qui donne le plus, celui qui donne infiniment, celui qui n\u2019a rien, celui qui n\u2019est qu\u2019AMOUR et qui ne peut qu\u2019aimer.\u00bb<\/p>\n<p>Joseph Moingt parle de la Croix. \u00abPar sa fa\u00e7on m\u00eame de se r\u00e9v\u00e9ler sur la Croix, \u00e9crit-il, Dieu fait conna\u00eetre qu\u2019il n\u2019a pas d\u2019existence mondaine, que c\u2019est le rabaisser au plan des idoles que de lui imposer une raison d\u2019\u00eatre pour le monde. En effet, \u00e0 la Croix, comment comprendre l\u2019absence de Dieu qui devait venir sauver J\u00e9sus s\u2019Il est le Tout-puissant?\u00bb<\/p>\n<p>Ce sont l\u00e0 les pens\u00e9es qui vont faire cheminer Jacques : Dieu n\u2019intervient pas et ne pourra intervenir car il n\u2019est qu\u2019amour et l\u2019amour ne s\u2019impose pas \u00e0 la libert\u00e9 de l\u2019homme. Il n\u2019interviendra pas davantage dans la cr\u00e9ation. Le chr\u00e9tien peut donc transf\u00e9rer, de Dieu aux causes naturelles et \u00e0 l\u2019homme, la conduite des \u00e9v\u00e9nements. L\u2019amour de Dieu, qui ne peut s\u2019imposer sans cesser d\u2019\u00eatre amour, fonde ainsi la libert\u00e9 de la foi. Une foi nue, d\u00e9pourvue de preuves et de signes. De l\u00e0, la r\u00e9flexion de Jacques : \u00abCroire, c\u2019est continuer \u00e0 p\u00e9daler sans embrayer sur rien d\u2019autre que Dieu\u00bb, mais un \u00abDieu qui ne peut \u00eatre ou que pur amour ou inexistant. Bref au lieu d\u2019un parcours autoroute (ou d\u2019un tarmac solide), une aventure d\u2019exploration et l\u2019appel \u00e0 sauter en parachute sans savoir m\u00eame si l\u2019on a un parachute : Dieu inconnu, inconnaissable, ni bouche-trou ni consolateur, Dieu l\u2019interrogation sans r\u00e9ponse (et \u00abne pas r\u00e9pondre \u00e0 sa place\u00bb, comme l\u2019\u00e9crit Bernard Feillet).<\/p>\n<p>Pour Joseph Moingt, \u00abla Croix a toujours \u00e9t\u00e9 regard\u00e9e comme le lieu de la r\u00e9v\u00e9lation de Dieu mais non comme un \u00e9v\u00e9nement int\u00e9rieur \u00e0 Dieu.\u00bb Or, \u00abla Croix est le lieu o\u00f9 Dieu se rend pr\u00e9sent parce qu\u2019il se fait le sujet de ce qui s\u2019y passe.\u00bb Jacques annotera ces phrases par ces mots : Nouveaut\u00e9 et renversement radical.<br \/>\nCela explique que Jacques verra, dans la Th\u00e9r\u00e8se de Lisieux des derniers mois avant sa mort comme \u00abla figure embl\u00e9matique de notre temps o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de Dieu ne s\u2019impose plus.\u00bb<\/p>\n<p>Une meilleure connaissance de l\u2019histoire de l\u2019\u00c9glise et notamment des premiers si\u00e8cles du christianisme l\u2019interroge sur deux points principaux : le Credo et les dogmes.<\/p>\n<p>Le Credo<br \/>\n\u00abLes historiens de notre \u00e9poque m&rsquo;apprennent \u00e0 relativiser bien des moments de l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00c9glise, \u00e9crit-il, \u00e0 comprendre que sa Tradition (au grand sens du mot) n&rsquo;est pas fig\u00e9e aux coutumes, on peut dire aux costumes dont chaque temps l&rsquo;habille.<br \/>\nPour moi, le noyau fort, c&rsquo;est le Credo du IIe si\u00e8cle. Cela ne veut pas dire que je nie le Credo de Nic\u00e9e, Constantinople et autres. Certainement pas! Mais pour moi, le roc in\u00e9branlable c&rsquo;est ce Credo du IIe si\u00e8cle:<\/p>\n<p>Je crois en Dieu le P\u00e8re tout-puissant<br \/>\net en J\u00e9sus-Christ son fils unique notre Seigneur;<br \/>\nje crois en l&rsquo;Esprit-Saint,<br \/>\n\u00e0 la sainte \u00c9glise catholique,<br \/>\n\u00e0 la r\u00e9surrection de la chair.<\/p>\n<p>Nous ne sommes qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;aurore de la civilisation, \u00e0 l&rsquo;aurore de la vie chr\u00e9tienne, dans les premi\u00e8res secondes. Dans un million d&rsquo;ann\u00e9es, il n&rsquo;y a aucune raison pour que les cardinaux continuent \u00e0 exister tels qu&rsquo;ils sont, pour que les dioc\u00e8ses soient divis\u00e9s comme ils le sont. [De vive voix, Jacques parlait davantage de 100 ans que d\u2019un million d\u2019ann\u00e9es]. Ne nous cramponnons pas \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s qui restent historiques et tr\u00e8s grandes. Dans un million d&rsquo;ann\u00e9es, ou bien le christianisme sera balay\u00e9 et il ne restera plus rien, ou bien on continuera \u00e0 dire le Credo du IIe si\u00e8cle : Je crois en Dieu&#8230; son fils unique Notre Seigneur. Je crois en l&rsquo;Esprit-Saint, la sainte \u00c9glise catholique.., mais, ajoute-t-il avec humour, le Credo du IIe si\u00e8cle ne dit pas \u00abapostolique et romaine.<\/p>\n<p>Je crois dans cette \u00c9glise qui pourra varier dans ses formes humaines et j&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;elle variera. Je l&rsquo;esp\u00e8re et je souffre souvent des verrous que l&rsquo;on ferme soi-disant pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Il y a l\u00e0 une r\u00e9elle \u00e9volution de Jacques dans sa compr\u00e9hension de l\u2019\u00c9glise. On peut penser que, chez lui, les espoirs n\u00e9s de Vatican II se sont estomp\u00e9s lors du pontificat de Jean-Paul II : entre autres en raison de la nomination d\u2019\u00e9v\u00eaques, au Br\u00e9sil notamment, peu favorables aux communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes de base. L\u2019accent mis sur les grands rassemblements, comme les Journ\u00e9es mondiales de la jeunesse, allait sans doute \u00e0 l\u2019encontre de sa vision prioritaire de l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation qui \u00e9tait ax\u00e9e sur la n\u00e9cessit\u00e9 de revenir \u00e0 des communaut\u00e9s eccl\u00e9siales \u00e0 taille humaine. La publication du Cat\u00e9chisme de l\u2019\u00c9glise catholique, avec ses quelques 2800 articles, l\u2019enrageait. Ce n\u2019est pas de cela que les gens ont besoin, r\u00e9p\u00e9tait-il. Pour lui, la dilution de l\u2019essentiel du message \u00abdans un supermarch\u00e9 o\u00f9 il y a tous les articles possibles, depuis le pr\u00e9servatif jusqu\u2019au v\u00eatement liturgique,\u00bb venait \u00e9touffer la primaut\u00e9 de la connaissance essentielle de J\u00e9sus et de l\u2019\u00c9vangile.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0, au Br\u00e9sil, en 1962, Jacques \u00e9crivait : \u00abJ&rsquo;ai mieux compris ce qui fait le probl\u00e8me religieux du Br\u00e9sil o\u00f9 se c\u00f4toient en quelque sorte deux \u00abreligions\u00bb qui portent le m\u00eame nom de \u00abcatholique\u00bb : une religion catholique populaire avec ses saints, ses croyances, mais qui, en employant les m\u00eames mots, en v\u00e9n\u00e9rant les m\u00eames saints, en pr\u00e9sentant les m\u00eames sacrements, est finalement quelque chose de tr\u00e8s diff\u00e9rent de la religion fond\u00e9e par et sur J\u00e9sus-Christ. Car la foi v\u00e9cue par ces hommes et ces femmes, si pleins de bont\u00e9 et de sens religieux, manque de la r\u00e9alit\u00e9 qui, \u00e0 elle seule, constitue tout le christianisme: J\u00e9sus-Christ. Ce fut pour moi red\u00e9couvrir cette unique v\u00e9rit\u00e9. L\u00e0 encore les mots me trahissent puisque ce n\u2019est pas adh\u00e9rer \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 mais \u00eatre \u00e9merveill\u00e9 par \u2018quelqu\u2019un\u2019, J\u00e9sus.\u00bb Quelques mois avant sa mort, Jacques disait : \u00abJ\u2019ai beaucoup insist\u00e9 sur la Parole. Aujourd\u2019hui je mettrai en priorit\u00e9 la connaissance de la personne de J\u00e9sus.\u00bb<\/p>\n<p>Cette meilleure connaissance de l\u2019histoire du christianisme l\u2019am\u00e8ne aussi \u00e0 relativiser les dogmes.<\/p>\n<p>Jacques s\u2019interroge sur la Tradition de l\u2019\u00c9glise qui s\u2019exprime notamment par ses dogmes? S\u2019il faut se laisser \u00e9clairer par la tradition, celle-ci ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une norme absolue mais plut\u00f4t comme une valeur normative. En effet, les d\u00e9finitions conciliaires ont \u00e9t\u00e9 \u00e9nonc\u00e9es en fonction de ce qu\u2019on connaissait alors de la nature humaine. Il nous faut donc les r\u00e9interpr\u00e9ter en tenant compte de l\u2019\u00e9volution de nos connaissances et en empruntant un nouveau langage. Autrement dit, l\u2019\u00c9glise emploie un langage qui ne parle plus gu\u00e8re. Et il y a l\u00e0 plus qu\u2019une question de vocabulaire. N\u2019est-ce pas l\u00e0 une des raisons du divorce entre l\u2019\u00c9glise et nombre de nos contemporains, notamment ceux dont la pens\u00e9e scientifique fa\u00e7onne l\u2019histoire? Il s\u2019agit d\u2019avoir une pens\u00e9e sur le monde et sur l\u2019histoire humaine qui soit contemporaine.<\/p>\n<p>Cela rejoint les r\u00e9ponses quasi unanimes des jeunes adultes que j\u2019ai interrog\u00e9s :<br \/>\n\u00abJ\u2019ai beaucoup de mal avec les dogmes. Je ne sais pas d\u2019o\u00f9 ils viennent et, ne les comprenant pas, j\u2019ai du mal \u00e0 leur accorder de l\u2019importance.\u00bb<br \/>\n\u00abJe trouve les dogmes superflus et contraires \u00e0 l\u2019esprit du Christ.\u00bb<br \/>\n\u00abLes certitudes, je le pense de plus en plus, figent les pens\u00e9es et les emp\u00eachent de m\u00fbrir.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9poque actuelle am\u00e8ne Jacques \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur les cons\u00e9quences d\u2019un pluralisme religieux qui se r\u00e9pand sur toute la plan\u00e8te, notamment par l\u2019importance du ph\u00e9nom\u00e8ne migratoire.<\/p>\n<p>Selon une r\u00e9cente enqu\u00eate, les adolescents du Canada semblent moins enclins aujourd&rsquo;hui \u00e0 se d\u00e9finir en tant que chr\u00e9tiens. Les religions non occidentales ont gagn\u00e9 du terrain parmi la jeunesse canadienne. Alors qu&rsquo;en 1984 exactement la moiti\u00e9 des adolescents se d\u00e9finissaient comme catholiques, ils n&rsquo;\u00e9taient que 32 % en 2008. Au cours de la m\u00eame p\u00e9riode, la part de jeunes ayant indiqu\u00e9 faire partie de l&rsquo;\u00c9glise unie du Canada est pass\u00e9e \u00e0 seulement 1 %, alors qu&rsquo;elle \u00e9tait de 10 % en 1984. L&rsquo;\u00c9glise anglicane ne s&rsquo;en tire pas mieux : 2 % en 2008, soit une chute de six points par rapport \u00e0 1984. De plus, il y a d\u00e9sormais au Canada plus de jeunes qui s&rsquo;identifient \u00e0 l&rsquo;islam qu&rsquo;aux traditions anglicane, baptiste et unie combin\u00e9es &#8211; une tendance qui s&rsquo;explique essentiellement par l&rsquo;immigration. Les musulmans repr\u00e9sentent 5 % des adolescents. La part d&rsquo;adolescents se r\u00e9clamant \u00ab\u00a0d&rsquo;autres religions\u00a0\u00bb (islam, bouddhisme, juda\u00efsme, hindouisme, sikhisme et spiritualit\u00e9 aborig\u00e8ne) est pass\u00e9e de 3 % en 1984 \u00e0 16 % en 2008.<\/p>\n<p>Ce brassage, comme le nomme Jacques, qui m\u00eale dans une m\u00eame nation des gens de religions diverses est un \u00e9l\u00e9ment important pour situer la r\u00e9v\u00e9lation apport\u00e9e par J\u00e9sus dans l\u2019histoire religieuse de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0Un premier point est de travailler \u00e0 l\u2019unit\u00e9 des \u00c9glises chr\u00e9tiennes. Pour lui, cette unit\u00e9 est \u00abune r\u00e9alit\u00e9 de laquelle d\u00e9pend la cr\u00e9dibilit\u00e9 de notre annonce de la foi.\u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0Ce brassage doit changer notre regard sur les grandes religions, dont les rencontres d\u2019Assise sont un \u00e9l\u00e9ment fort symbolique. Jacques n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 \u00e9crire : \u00abLa fronti\u00e8re du bonheur \u00e9ternel ne co\u00efncide pas avec la fronti\u00e8re\u00a0 sociologique chr\u00e9tienne. Le Christ est mort pour tout humain.\u00bb Il cite saint Justin sur lequel s\u2019appuie le texte de l\u2019\u00c9glise catholique sur le dialogue interreligieux : \u00abDieu a mis des germes de sagesse dans toute culture, toute race et dans tous temps.\u00bb Cela entra\u00eene une cons\u00e9quence peut-\u00eatre nouvelle pour ce converti missionnaire : \u00abIl n\u2019est pas demand\u00e9 au chr\u00e9tien de convertir son fr\u00e8re. Le chr\u00e9tien doit d\u2019abord essayer d\u2019\u00eatre chr\u00e9tien, de se convertir lui-m\u00eame.\u00bb\u00a0 Cette vision n\u2019a pas l\u2019accord d\u2019un certain nombre de catholiques d\u2019aujourd\u2019hui pour lesquels le dialogue interreligieux, ou bien ne doit pas exister (cf. les Lefebvristes) ou bien est envisag\u00e9 comme un moyen de convaincre les autres croyants de la v\u00e9rit\u00e9 absolue de la foi chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p>Il est important de remarquer le terme que Jacques emploie pour d\u00e9signer les autres croyants comme les incroyants. Il les nomme des fr\u00e8res. Sans doute pour signifier que la rencontre avec ceux et celles qui ne partagent pas notre foi doit \u00eatre, non pas seulement un dialogue d\u2019id\u00e9es mais un regard d\u2019amour \u00abqui \u00e9largit notre c\u0153ur aux dimensions de la plan\u00e8te.\u00bb Il est en cela fid\u00e8le \u00e0 la pens\u00e9e de J\u00e9sus pour qui mon prochain n\u2019est plus seulement celui qui appartient \u00e0 mon peuple. Le prochain, qui doit \u00eatre aim\u00e9 de bont\u00e9, est le samaritain, le publicain, le pa\u00efen.<\/p>\n<p>Jacques \u00e9crivait d\u00e9j\u00e0 cette m\u00eame conviction en 1962 dans la lettre \u00e0 Martin Cottier : \u00abJe crois que nous tenons l\u00e0 un des grands fils conducteurs de ce que pourrait \u00eatre la jonction de la foi et de l&rsquo;\u0153uvre des chr\u00e9tiens dans le monde moderne : \u00abrassembler dans la foi les enfants de Dieu dispers\u00e9s, faire l&rsquo;unit\u00e9 des enfants de Dieu\u00bb. Faire l&rsquo;unit\u00e9, cette action s&rsquo;applique analogiquement \u00e0 toutes les situations. Depuis l&rsquo;unit\u00e9 du foyer o\u00f9 le mari et la femme ont \u00e0 d\u00e9passer tous les heurts et les dispersions quotidiennes de l&rsquo;existence. \u00c9galement au plan d&rsquo;un syndicat. C&rsquo;est vrai \u00e9galement entre les milieux sociaux, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelon national et \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelon international, puisque tout cet effort actuel, c&rsquo;est bien ce rassemblement.\u00bb<\/p>\n<p>Ce qu\u2019\u00e9crivait Jacques en 1962 traduit le message de J\u00e9sus : \u00abAllez et de toutes les nations faites des disciples\u00bb, message qui ne doit pas \u00eatre compris comme le projet d\u2019instituer une autre religion, mais d\u2019\u0153uvrer, avec la force de l\u2019Esprit, \u00e0 l\u2019unification de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Joseph Moingt exprime bien cela : \u00abLe christianisme, avant d\u2019\u00eatre une religion, est \u00c9vangile, c\u2019est-\u00e0-dire message universel d\u2019esp\u00e9rance, de fraternit\u00e9, de lib\u00e9ration. M\u00eame dans les domaines \u00e9conomique et politique, o\u00f9 se prennent les d\u00e9cisions qui font l\u2019histoire, la th\u00e9ologie ne sera pas d\u00e9munie de parole, ni d\u00e9pourvue d\u2019\u00e9coute, pour peu qu\u2019elle accepte d\u2019apprendre et de dialoguer avant d\u2019enseigner et qu\u2019elle ne pr\u00e9tende pas d\u00e9duire de lois divines ou naturelles les solutions qu\u2019elle propose aux probl\u00e8mes concrets de notre temps.\u00bb<\/p>\n<p>Qu\u2019est donc venu nous apprendre J\u00e9sus? Jacques, en continuit\u00e9 avec toute sa vision de l\u2019\u00c9vangile, r\u00e9pond : \u00abLa r\u00e9alit\u00e9 du lien qui l\u2019unit au P\u00e8re.\u00bb Et il en conclut : \u00abRetour aux sources de la R\u00e9v\u00e9lation et non \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019institution chr\u00e9tienne.\u00bb<br \/>\n<strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>Avec un humour &#8211; peut-\u00eatre douloureux -, Jacques traduisait ainsi tous les changements qui sont venus bouleverser sa pens\u00e9e :<br \/>\n\u00abJe fais ma crise d\u2019adolescence en d\u00e9couvrant le pass\u00e9 et l\u2019histoire, le relativisme. Je \u2018rumine\u2019 au sens physiologique ma recherche de 1932 : ce qui me portait \u2013 ou me d\u00e9tournait de la foi.\u00bb<\/p>\n<p>Il avait d\u00e9coup\u00e9 un article qui donnait le t\u00e9moignage de Carlo Martini, qui fut recteur de la Gr\u00e9gorienne et archev\u00eaque de Milan.<\/p>\n<p>Martini y d\u00e9crivait les \u00e9tapes de son itin\u00e9raire de chr\u00e9tien :<\/p>\n<p>\u00abD\u2019abord le temps du feu : un temps de connaissance enthousiaste de J\u00e9sus.<br \/>\nL\u2019\u00e9tape des questions et des doutes : Comment savoir que les \u00c9vangiles disent vrai?<br \/>\nLe temps du vent vigoureux : la volont\u00e9 de d\u00e9couvrir au fond la v\u00e9rit\u00e9 sur J\u00e9sus, avec la possibilit\u00e9 de se d\u00e9dier enti\u00e8rement \u00e0 l\u2019\u00e9tude scientifique des origines chr\u00e9tiennes.<br \/>\nLe temps de l\u2019\u00e9preuve et du tremblement de terre :<\/p>\n<p>Je me mis \u00e0 lire tous les livres et les interpr\u00e9tations. Plusieurs fois, dans ce travail, on passe dans la nuit de l\u2019esprit : des jours, des semaines, des mois dans une tension forte et surgit le doute.<\/p>\n<p>Enfin le temps de la lutte jamais conclue avec J\u00e9sus : celle qui ressemble au combat de Jacob dans la nuit. Car la connaissance historique de J\u00e9sus s\u2019ach\u00e8ve par une question :<\/p>\n<p>\u2018Es-tu dispos\u00e9 \u00e0 donner foi \u00e0 mes paroles comme provenant de Dieu?\u2019 Il y a un pas qui nous porte, non devant la face de J\u00e9sus, mais plut\u00f4t devant son myst\u00e8re, son rapport unique avec le P\u00e8re, sa capacit\u00e9 de r\u00e9v\u00e9ler le visage de Dieu.\u00bb<br \/>\nJacques avait mis en exergue : Un itin\u00e9raire dans lequel je me retrouve.<\/p>\n<p>De ce parcours de l\u2019ath\u00e9isme \u00e0 la nuit obscure, l\u2019on pourrait d\u00e9duire l\u2019instabilit\u00e9 de sa personnalit\u00e9. Je crois au contraire que c\u2019est la richesse de cet homme que d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 sans cesse en recherche, acceptant de se remettre en question, autant en ce qui concerne ses fondations (La Mission Pierre-et-Paul et l\u2019\u00c9cole de la foi) qu\u2019en ce qui concerne sa propre foi.<\/p>\n<p>Cela fait de lui, non seulement un grand croyant du 20e si\u00e8cle mais une sorte de proph\u00e8te de ce que l\u2019\u00c9glise doit devenir au 21e si\u00e8cle.<br \/>\n\u00abLa foi, jamais d\u00e9cid\u00e9e une fois pour toutes et chaque fois rencontrer la personnalit\u00e9 du Christ et son message : reprendre acc\u00e8s au J\u00e9sus de l\u2019\u00c9vangile et ouvrir l\u2019acc\u00e8s aux \u00c9critures avec les liens de solidarit\u00e9 qui l\u2019attachent \u00e0 l\u2019histoire humaine.\u00bb<br \/>\nComme est vrai ce qu\u2019il disait de lui dans les derni\u00e8res ann\u00e9es :<br \/>\n\u00abVoil\u00e0, je suis ce pauvre homme qui cherche Dieu et qui esp\u00e8re avoir \u00e0 le chercher jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie, mais dans l\u2019essentiel de la foi.\u00bb<\/p>\n<p>Pour en savoir plus :\u00a0<strong><a href=\"http:\/\/www.amazon.ca\/Qu%C3%AAte-Dieu-Jacques-Loew\/dp\/2220059782\/ref=sr_1_10?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1262579560&amp;sr=8-10\" target=\"_blank\">Jacques Loew, La qu\u00eate de Dieu, Descl\u00e9e de Brouwer 2008<\/a><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article par le P\u00e8re Georges Convert Jacques Loew est n\u00e9 en France en 1908. Apr\u00e8s une jeunesse v\u00e9cue dans l\u2019ath\u00e9isme,\u00a0 il fait la d\u00e9couverte de Dieu \u00e0 travers les merveilles de l\u2019univers. Cela le conduira \u00e0 une profonde communion avec J\u00e9sus dont il sera un t\u00e9moin passionn\u00e9, passion qui l\u2019am\u00e8nera notamment \u00e0 \u00e9crire de nombreux [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[22,19],"tags":[],"class_list":["post-1018","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-jesus","category-les-grands-disciples-de-jesus"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/relaismontroyal.org\/info-christianisme.org\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1018","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/relaismontroyal.org\/info-christianisme.org\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/relaismontroyal.org\/info-christianisme.org\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/relaismontroyal.org\/info-christianisme.org\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/relaismontroyal.org\/info-christianisme.org\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1018"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/relaismontroyal.org\/info-christianisme.org\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1018\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1020,"href":"https:\/\/relaismontroyal.org\/info-christianisme.org\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1018\/revisions\/1020"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/relaismontroyal.org\/info-christianisme.org\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1018"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/relaismontroyal.org\/info-christianisme.org\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1018"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/relaismontroyal.org\/info-christianisme.org\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1018"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}