Regards croisés

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Les dynamismes du Royaume

Georges Convert, qui a été le fondateur du Relais avec un groupe de jeunes adultes, avait toujours une expression à la bouche quand il nous parlait de Iéschoua (Jésus): « la bonté généreuse. » C’est une invitation à cette « bonté généreuse » que nous parle le texte de Matthieu aujourd’hui. « Ce jour se prépare dans tous les instants de notre vie », écrit Georges dans son commentaire. Ce récit de Matthieu clôt cette description du jour du Seigneur faite entre les chapitres 22 et 25 de l’évangéliste. Pour Georges, le premier des évangélistes nous dresse ici « un tableau imagé et symbolique de la réalité du Dernier Jour. »

Effectivement, à l’intérieur des chapitres que nous venons d’évoquer, Matthieu nous parle de ce qu’il appelle les « derniers temps ». D’une manière plus directe, nous pouvons dire qu’il nous parle du Royaume, auquel Jésus à souvent fait référence. À la lecture des derniers évangiles de Matthieu que nous avons fait, nous avons identifié quelques mots clefs. Premièrement, l’équivalence que fait Jésus entre l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Rappelez-vous, dans le Temple, il est questionné par un professionnel des lois religieuses juives (un légiste provenant de la branche des pharisiens, nous dit le texte de la Tob) qui lui demande, quel est le plus grand commandement. Jésus répond: « tu aimeras ton Dieu, et ton prochain, comme toi-même. » Deuxième dynamisme, veiller. C’est le récit des jeunes femmes qui sont, pendant une nuit de noces palestinienne, en attente de l’arrivée de l’époux. Jésus, dans cette parabole, invite à veiller, à garder forte leur espérance, à garder la vigueur de la flamme qui les maintiennent sur le chemin. Cette invitation à veiller avec une flamme vigoureuse, à se mettre dans la lumière, est un rappel pour nous de demeurer en relation avec sa Parole, qui nous garde des ténèbres.

Enfin une autre clef, le dynamisme du don. Matthieu nous a parlé du maitre, d’une richesse pharaonique qui à son départ fait preuve d’une grande confiance envers ses employés: il leur laisse l’ensemble de ses richesses! Une invitation, je pense, à la co-responsabilité dans la construction du Royaume. Accepter cette co-responsabilité, c’est accepter de suivre l’écoulement de la vie et de participer à la création, c’est une invitation, par le don, à créer des liens pour faire advenir l’Alliance. 

Ce discours en crescendo de Jésus, qui culmine avec le texte d’aujourd’hui, n’est pas d’exacerber nos fautes. Bien au contraire, il nous invite à poser des gestes concrets pour faire fructifier le don de la vie que sa venue signifie et ce, en abondance. À l’image de ce que lui-même a fait tout au long de sa vie publique. Le texte de Matthieu (25, 31-46) nous dit le crûment: refuser de tisser des liens de fraternité avec son prochain, mettre de côté le dynamisme du don dans nos relations humaines, c’est refuser d’entrer dans l’Alliance que Dieu nous propose.

Je pense que ce texte de Matthieu nous invite à réfléchir dans le temps que nous traversons et avec la crise de santé publique que nous vivons. Il nous faut faire attention à ne pas devenir étranger l’un à l’autre, tant dans nos familles, nos lieux de travail, nos médias sociaux, où nos divisions sont exacerbées dans ces temps de grande tension. Comme chrétien, arborant la fraternité comme emblème, il nous faut faire tout particulièrement attention à préserver nos liens, même quand notre sensibilité est mise à nue, afin de garder, toujours ouverte, une circulation fluide, garante de notre humanité. Cet ami·e, cette sœur, ce collègue, ce voisin seront toujours là après la covid. Ces liens qui tissent nos joies en humanité et qui pavent notre chemin vers le royaume se doivent de demeurer vivants. J’ai lu récemment une très belle phrase: « Il ne faut pas oublier celles et ceux dans leurs quotidiens qui ont faim d’amitié ».

La fin du texte de l’évangile de Matthieu est dure. Comme souvent le sont, d’ailleurs, les paraboles de Jésus décrites par les évangélistes. Elles font preuve dans leurs chutes d’une radicalité tranchante. Ce passage du blanc au noir fait partie du langage parabolique, qui cherche à exprimer une image forte. Penchons-nous sur l’interprétation que nous propose Georges:

La pratique de l’amour gratuit nous fait entrer dans une joie qui est joie divine. Mais inversement, celui qui n’aura pas su aimer avec gratuité, celui-là se sera enferré dans un égoïsme qui conduit à la tristesse et à la solitude (…). Sa vie se sera desséchée.

Georges Convert

Étienne Godard

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