Évangile du dimanche 26 janvier 2020

3e dimanche du temps ordinaire (année A), selon le récit de Matthieu (4, 12-25)Du pain sur la table

12 Apprenant que Jean a été livré, [Jésus] se retire en Galilée.

13 Abandonnant Nazareth,
il vient habiter à Capharnaüm au bord de la mer,
dans les territoires de Zabulon et de Nephtali,

14 afin que la parole dite par le prophète Isaïe soit accomplie:

15 «Terre de Zabulon et terre de Nephtali, chemin de la mer,
confins du Jourdain, Galilée des nations païennes:

16 le peuple qui est assis dans les ténèbres a vu une grande lumière;
pour ceux qui sont assis dans le pays d’ombre de mort,
une lumière s’est levée sur eux.»

17 Dès lors, Jésus commence à proclamer et à dire:
Faites téchouva (un retour à la Tora); car le règne des cieux se fait proche.

18 Marchant le long de la mer de Galilée, il voit deux frères:
Simon -appelé Pierre- et André son frère
qui jettent un filet dans la mer, car ce sont des pêcheurs.

19 Il leur dit: Venez à ma suite et je vous ferai pêcheurs d’êtres humains.

20 Eux, aussitôt, laissant les filets se mettent à sa suite.

21 De là il marche et voit deux autres frères,
Jacques à Zébédée et Jean son frère dans la barque avec leur père;
ils arrangent leurs filets.
Il les appelle.

22 Eux, aussitôt, laissant la barque et leur père, se mettent à sa suite.

23 Et il parcourt toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues,
proclamant l’Évangile du Règne
et guérissant toute maladie et toute infirmité dans le peuple.

24 Sa renommée gagne toute la Syrie:
on lui présente tous les malades atteints de divers maux et de tourments,
des possédés de démons, des épileptiques et des paralysés;
et il les guérit.

25 De grandes foules l’accompagnent:
elles viennent de la Galilée et des Dix-Villes
et de Jérusalem et de Judée et d’au-delà du Jourdain.


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Le commentaire du pain sur la table,

par Georges Convert.

Faites téchouva (un retour à la Tora); car le règne des cieux se fait proche. Cette phrase résume le message de Jésus à ses débuts en Galilée. Ce message a attiré les foules en son temps. Peut-il encore avoir un attrait aujourd’hui?

La place de ce texte dans le récit de Matthieu

Il se place entre «baptême-tentation» et «sermon sur la montagne». Le baptême de Jésus marque le début de son ministère de prédicateur. Il reçoit l’Esprit divin qui fait de lui le Serviteur de Dieu pour proclamer un Évangile. Le récit des tentations nous dit qu’avant de prêcher Jésus a fait une retraite: dans la prière, il va choisir les moyens qu’il utilisera pour faire entendre son message. Le sermon sur la montagne (les Béatitudes) donnera le contenu du message. Auparavant, Matthieu décrit l’essentiel de ce message et des gestes qui l’accompagnent.

Faites téchouva. Le Règne des cieux se fait proche.

Que veulent-ils dire ces mots qui interpellaient l’auditoire de Jésus? Dans la langue de Jésus (l’araméen), le même mot malkouta signifie: règne et règle. On trouve ce même rapprochement dans nos langues indo-européennes. La racine des mots règne et règle y est rek qui traduit l’idée de ce qui est droit. La règle de bois ou de métal permet de tracer des lignes droites. La règle de vie, les règlements du Droit, les directives (tous ces mots ont la racine rek) indiquent comment il faut vivre droitement, avec droiture. La Tora, l’enseignement divin transmis par Moïse -qu’on traduit souvent par Loi-, trace la direction donnée par Dieu pour trouver le bonheur: Je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur. Si tu écoutes les préceptes du Seigneur ton Dieu… et que tu marches dans ses voies, tu vivras (Dt 30,15-16). Parce qu’Il dirige le peuple dans le droit chemin, Dieu est le véritable Roi d’Israël. «Vous n’aurez pas d’autre roi que le Seigneur-Dieu», avait demandé Moïse. Mais plus tard, aux demandes répétées du peuple, Samuel sacrera un roi, qui sera sur terre le lieu-tenant du Roi divin. Dieu est donc Roi du peuple Israël parce qu’Il lui a donné une Règle de vie. Et tant que son peuple vit selon sa Règle de vie, Dieu règne sur son peuple. Faites téchouva (revenez à Dieu), proclame Jésus. Le mot grec (metanoéô) veut dire: changer sa façon de penser, changer son esprit. Il traduit le mot juif téchouva qui signifie “faire un retour”, revenir vers Dieu en étant de nouveau fidèle à sa Tora. Déjà, lorsqu’Israël a connu la déportation et l’exil, les prophètes avaient invité à “faire un retour” vers Dieu et vers sa règle de vie: Si tu reviens au Seigneur ton Dieu,  si tu écoutes sa voix de tout ton coeur, de toute ta vie, le Seigneur ton Dieu ramènera tes captifs et te rassemblera à nouveau (Dt 30,2-3). Dans les temps d’occupation romaine que vit Israël, Jésus et Jean le baptiste invitent eux aussi à ce retour. Le règne de Dieu se fait proche. On peut comprendre cette proximité de Dieu de plusieurs façons.

1. Selon le Deutéronome, pour celui qui imprime la Règle de Dieu dans sa mémoire profonde, Dieu ne saurait être lointain. Cette Tora que je te prescris n’est pas au-delà de tes moyens ni hors de ton atteinte. Elle n’est pas dans les cieux qu’il te faille dire: «Qui montera pour nous aux cieux pour aller la chercher?» Elle n’est pas au-delà des mers. … Car la parole est tout près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton coeur  pour que tu la mettes en pratique (Dt 30,11-14). De celui qui n’applique pas la Règle de vie de Dieu, on dit qu’il a la nuque raide. Il ne prend pas vraiment sur lui le joug de la Règle parce qu’il ne la répète pas chaque matin pour la faire sortir de son coeur-mémoire et la remettre dans sa bouche pour s’en nourrir et en vivre. Et le règne de Dieu est alors bien loin de lui.

2. Jésus dit-il davantage que le Deutéronome? S’il ne faisait que répéter les textes anciens, en quoi son message serait-il un évangile, c’est-à-dire un message de bonheur? Jésus dit que son enseignement est différent de celui des rabbis de son époque.  Venez à mon école vous qui êtes accablés et moi je vous soulagerai. Prenez sur vous mon joug car il est aisé, facile à porter (Mt 11,28-30). Les auditeurs de Jésus sont accablés par tous les règlements  que les rabbis, les maîtres, ont ajoutés à la Règle de Dieu: 613 préceptes à apprendre et à mettre en pratique. Jésus reprend l’essentiel de la Règle qu’il résume en deux préceptes qui n’en font qu’un: Tu aimeras le Seigneur ton Dieu … et tu aimeras ton prochain. À ces deux préceptes se rattache toute la Tora et les prophètes (Mt 22,37-40). Ou encore par la règle d’or: Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux. Voilà la Tora et les prophètes (Mt 7,12). Les traditions ajoutées ne sont que des préceptes humains. La proximité du règne de Dieu viendrait donc ce ce que Jésus ramène la règle divine à l’essentiel.

3. Mais par ses seules forces, le fidèle n’arrive pas à mettre en pratique la Règle divine; au contraire la Règle ne lui fait voir que sa faiblesse et son péché. Vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l’accomplir puisque je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas. Je me complais dans la Règle de Dieu du point de vue de l’homme intérieur mais j’aperçois une autre règle dans mes membres qui lutte contre la règle de ma raison et m’enchaîne au péché (Rm 7,18-23). Dieu et sa Règle “impossible à pratiquer” est ainsi un Dieu lointain, inaccessible. Le fidèle se sent condamné par un Dieu dont il ne vit que les exigences. Or, pour Jésus, Dieu est père avant d’être juge et Il veut faire de nous son fils, sa fille. Pour nous engendrer fils/fille, Dieu se propose de nous donner son Esprit. En Jésus, il va trouver un coeur humain totalement prêt à accueillir son Esprit pour vivre une pleine et libre communion de fils à Père. Jésus est cet humain unique en qui ne se trouve aucun refus de l’amour divin. Parce qu’il est le Fils parfait, Jésus peut donner l’Esprit divin à ceux qui deviendront ainsi fils/fille de Dieu en lui et par lui. Ressuscité de la mort, vivant à jamais, Jésus donnera l’Esprit à ses disciples. C’est ce que Paul écrit aux Romains (8,2.14-15): La Règle de l’Esprit, qui donne la vie en Christ Jésus, t’a affranchi de la loi du péché. Tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. Ainsi vous n’avez pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier: Abba! Père! Pour celui qui vit avec Jésus et reçoit son Esprit, Dieu ne sera plus le Juge lointain mais le Père plein de tendresse et de miséricorde. Dieu sera toujours proche de celui qui accueille son pardon. Celui qui revient vers lui, comme le fils prodigue, Dieu le fait revivre. Le résumé que Matthieu fait du ministère de Jésus décrit comment Dieu se fait proche: On lui présente tous les malades atteints de divers maux et de tourments, des possédés de démons, des épileptiques et des paralysés; et il les guérit. Jésus ne lance pas des invectives à ses auditeurs, comme le faisait Jean en annonçant le Jour du Jugement de Dieu. Jésus guérit ceux qui l’approchent. Et guérir, c’est pardonner, redonner l’amour. Lorsque Jésus constate la guérison, ne dit-il pas: Ta confiance t’a sauvé? Ce qui ne veut pas dire: «Tu es guéri car tu as confiance en mes dons de guérisseur», mais plutôt «Tu es guéri parce que tu as retrouvé ton lien de confiance avec Dieu. Tu as ouvert ton coeur à Dieu, tu as reçu son Esprit. Tu as ouvert ton coeur à l’amour et tu as retrouvé la source de la vraie joie. Tu re-vis en fils, en fille de Dieu.» Voilà comment Dieu se fait proche: Il est pardon.  Le joug de la Règle de Jésus est plus facile à porter, car Jésus le porte avec nous. Pour devenir fils, fille de Dieu, le Fils premier-né est le modèle qui nous accompagne. Voilà le résumé de l’enseignement de Jésus:  «Tournez vos coeurs vers Dieu comme vers un Père, en vous mettant à mon école, et vous trouverez le bonheur.» Cet enseignement est vraiment un Évangile,  au sens premier du mot qui veut dire un message de bonheur. Le “sermon sur la montagne” (5,1-7.27) dira les chemins à prendre pour vivre ce bonheur. Pour proposer ce message, Jésus choisit des disciples qui seront ses collaborateurs.

Comment comprendre: Je vous ferai pêcheurs d’êtres humains? 

Dans la Bible, les profondeurs de la mer sont l’image des abîmes du mal, du péché; de la même façon que le pêcheur tire le poisson des profondeurs de la mer, ainsi Jésus et ses envoyés tireront les humains des profondeurs du monde du mal. Ils rassembleront dans le filet de la communauté de Jésus pour ensemble se libérer de la servitude et devenir des êtres libres et aimants. En vivant de l’amour de Jésus, la communauté apportera la lumière de la vie. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Aujourd’hui, nos communautés chrétiennes sont-elles des lieux  où transparaît ce visage de l’amour de Dieu, amour qui est libérateur? Sont-elles des fraternités où l’amour du Père fait vivre le pardon entre frères et soeurs? Disciples de Jésus, nous sommes appelés à être des pêcheurs d’humains: en travaillant, avec Dieu, à libérer les exploités, les rejetés, les désespérés; en témoignant de l’amour possible à ceux qui n’ont pas fait l’expérience d’être aimés. Nous ne sommes pas seulement les disciples de Jésus  mais les continuateurs de sa mission. Tout chrétien doit faire sien le programme donné par saint Dominique à ses frères: «Étudiez l’Évangile, priez-le, prêchez-le… soyez des sanctuaires de miséricorde.»

Georges Convert

Pour aller plus loin 

1. Le Règne des cieux

Écartons tout de suite une mauvaise interprétation du terme: les cieux. Les Juifs se refusent à prononcer le nom de Dieu, par respect. Dans les textes bibliques, le mot “Dieu” est alors remplacé par “cieux”. En parlant de règne des cieux, Jésus ne parle donc pas d’un règne  qui ne viendrait qu’après la mort: au ciel,  mais il parle du règne de Dieu sur cette terre.

2. Dieu règne sur son peuple

Un adage des rabbis juifs dit: «C’est le peuple qui fait régner le roi et non le roi qui se fait régner lui-même.» Mais, lorsqu’Israël est envahi et occupé par ses ennemis, le règne de Dieu s’efface devant le règne des puissances païennes. La tradition biblique explique qu’une telle chose arrive parce que le peuple a délaissé l’observance de la Règle de Dieu.

3. le retour (la téchouva)

La téchouva (la conversion), c’est revenir à une vie qui sera plus fidèle à la Règle du royaume. Dans le langage biblique, on dit: prendre sur soi le joug de la règle, le joug du règne. L’image du joug décrit l’apprentissage de la Règle de Dieu. Dans le monde industrialisé d’aujourd’hui, le joug n’est plus utilisé. C’est un attelage fait d’une pièce de bois posée sur la nuque des boeufs pour les diriger. C’est ce qui permet de marcher droit, selon la direction donnée par celui qui guide. Prendre sur soi le joug de la règle de Dieu, c’est se laisser diriger par Dieu lui-même. Les jeunes Juifs apprenaient par coeur la Règle de Dieu, la Tora. À une époque où les rouleaux écrits étaient rares, apprendre par coeur était l’unique façon de bien connaître la Règle de Dieu. On apprenait le texte de la Tora en chantant et en se balançant de gauche à droite. Comme on apprenait autrefois les tables de multiplication: 2×2 = 4, 2×3 = 6… Ce balancement de gauche à droite évoque l’image d’un boeuf qui marche en balançant son corps de gauche à droite à cause de ce joug de bois. Mais pourquoi apprendre de mémoire, par-coeur? Parce que ce qui s’imprime dans notre mémoire profonde (que la Bible appelle le coeur), c’est cela qui va nous faire agir, qui va dicter notre conduite de vie. Écoute les directives et les coutumes … apprends-les pour les mettre en pratique. Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai fait sortir de la servitude. Tu n’auras pas d’autres dieux que moi. Observe le jour du sabbat. Tu honoreras ton père et ta mère. Tu ne tueras pas. Tu ne commettras pas l’adultère. Tu ne prendras pas le bien d’autrui (Dt 5,1-22). De nouveau le Seigneur prendra plaisir à ton bonheur si tu écoutes la voix du Seigneur en gardant ses préceptes et ses directives, si tu reviens au Seigneur ton Dieu de tout ton coeur et de toute ta vie (Dt 30,9-10).

4. Dieu se propose de nous donner son Esprit

Il l’a donné déjà à Moïse et Moïse l’a donné aux 70 anciens d’Israël. Ézéchiel a promis que Dieu mettrait un esprit nouveau dans les coeurs: Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes préceptes (Éz 36,27).

5. guérir, c’est pardonner

À l’époque de Jésus, la maladie est perçue comme un mal physique, mais qui est lié à un mal moral. De nos jours, on parle de maladie psychosomatique  pour dire ce lien entre le physique et le moral. On dit aussi qu’un bon moral, c’est 50% de la guérison, sinon plus. On sait aussi combien le mal physique peut nous refermer sur nous-mêmes, nous empêcher de bien vivre: lorsque nous nous enfermons sur nous-mêmes, nous nous fermons aux autres et la vie ne circule plus pleinement en nous. Car la vie, c’est d’abord un souffle qui nous vient de l’autre: de nos parents, mais aussi de tous ceux qui nous font vivre et grandir, et, bien sûr, en priorité de Dieu. Retrouver le lien de confiance avec Dieu source de la vie,  c’est retrouver notre lien de paternité avec lui, c’est redire à Dieu: «Tu es mon Père.»

6. le joug de la Règle de Jésus est plus facile à porter

Ce qui ne veut pas dire que la Règle est devenue moins exigeante. La justice des Pharisiens dicte de rendre le bien pour le bien, et le mal pour le mal: «Tu m’as rendu service, je dois te le rendre…» mais: «Tu ne m’as invité, je n’ai pas à t’inviter.» La justice de Jésus va plus loin: elle demande de vivre la bonté, généreusement,  gratuitement, sans exclure personne: On vous a dit: oeil pour oeil, dent pour dent. Moi, je vous dis de ne pas tenir tête au méchant (Mt 5,38). Tu pardonneras 77 fois 7 fois… (Mt 18,22). Cette Règle, surhumaine, devient possible si l’on ne compte plus sur nos seules forces,  mais sur l’amour de Dieu qui vit en notre coeur et lui donne une divine énergie. Pour se laisser imprégner par cet amour de Dieu, il faut ouvrir son coeur à l’Esprit dans le profond silence de la prière quotidienne; prière nourrie de l’Évangile, la parole de Dieu qui est esprit et vie (cf. Jn 6,53).

7. le peuple qui marchait dans les ténèbres

Matthieu reprend un texte biblique dans le livre d’Isaïe: Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitent le pays d’ombre de mort, une lumière a resplendi (Is 9,1). Il s’agit des Juifs du royaume du nord (les tribus de Zabulon et de Nephtali) qui ont été exilés dans l’empire assyrien -700 ans avant Jésus- et qui vont revenir dans leur terre car un nouveau roi va être consacré par Dieu et ce roi-messie va les libérer.

»»» Questions

  1. Que signifie l’expression «Faites téchouva» ?
  2. Quelle est l’image qui s’exprime par les mots règne et règle ?
  3. Le règne des cieux est-il dans l’au-delà ?
  4. Pourquoi Jésus dit-il que «le règne de Dieu est proche» ?
  5. Quel est le rôle de la mémoire du coeur dans la vie chrétienne ?
  6. Comment comprendre l’expression: «être pêcheurs d’êtres humains» ?
  7. Aujourd’hui, comment les chrétiens peuvent-ils être témoins
  8. que Dieu libère les êtres humains ?

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