Évangile du dimanche 12 mai 2019

Évangile du 4e dimanche de Pâques (année C), selon l’écrit de Jean (10, 24-31)

Du pain sur la table

24 Les Judéens disent [à Jésus]:
Jusqu’à quand vas-tu nous tenir en suspens?
Si tu es le messie, dis-nous le clairement.

25 Jésus leur répond:
Je vous l’ai dit et vous ne croyez pas.
Les actes que je fais au nom de mon Père,
ce sont eux qui témoignent de moi.

26 Mais vous ne croyez pas parce que vous n’êtes pas de mon troupeau.

27 Ceux de mon troupeau écoutent ma voix
et moi je les connais
et ils marchent à ma suite.

28 Et moi je leur donne la vie du temps à venir.
Jamais ils ne se perdront pour le temps à venir
et personne ne les arrachera de ma main.

29 Mon Père, qui me les a donnés, est plus grand que tous
et personne ne peut arracher de la main de mon Père.

30 Moi et le Père, nous sommes Un.

31 Alors les Judéens ramassent des pierres pour le lapider

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Le commentaire du pain sur la table,

par Georges Convert.

Nous sommes probablement dans les dernières semaines du ministère de Jésus.
Celui-ci s’affronte de plus en plus à l’hostilité de l’élite religieuse de Jérusalem.
Voyons la progression de cet affrontement.
Au chapitre 7, le récit nous indique l’hésitation de Jésus à monter à Jérusalem.
[Jésus] ne voulait pas circuler en Judée
parce que les Juifs cherchaient une occasion de le tuer
  (7,1).
Le récit situe cela à quelques jours de la fête des Tentes, soit vers la fin de septembre.
Jésus se décidera finalement à monter à Jérusalem, mais discrètement (cf 7,10).
Parmi les pèlerins, beaucoup le cherchent.
On parle de lui, mais en secret par peur des autorités.
Puis, au milieu de la fête, Jésus vient enseigner dans les parvis du Temple (cf 7,14).
Devant le succès de son enseignement auprès des foules,
les grands-prêtres envoient des gardes pour l’arrêter (cf 7,32).
Ceux-ci reviendront sans Jésus: Jamais homme n’a parlé
comme cet homme,
déclarent-ils (Jn 7,46).
Dans le temple, sans cesse les discussions tournent toujours autour de l’identité de Jésus.
La question qui revient toujours est: Qui es-tu?  (cf 8,25).
Les pèlerins et les gens de Jérusalem se demandent
s’il est possible que cet homme soit le messie? (cf 7,27).
D’où lui vient tout ce qu’il sait, lui qui n’a pas étudié? (cf 7,15).
Les miracles qu’il fait ne prouvent-ils pas qu’il est le messie? (cf 7,31).
Jésus répond toujours en se situant par rapport à Dieu:
L’enseignement que je donne n’est pas de moi mais de Celui qui m’a envoyé  (7,16).
Je ne suis pas venu de moi-même et Celui qui m’a envoyé est la Vérité  (7,28).
Celui qui m’a envoyé est avec moi  (8,16).
Vous ne connaissez ni moi ni mon Père.
Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père
  (8,19).
J’annonce ce que j’ai vu auprès de mon Père  (8,38).
Si Dieu était votre Père vous m’aimeriez, car c’est de Dieu que je suis sorti  (8,42).
Comment se situer par rapport à de telles réponses?
Ou bien cet homme dit vrai et alors il est essentiel de l’accueillir et de l’écouter
puisque c’est Dieu lui-même qui parle par sa bouche.
Ou bien cet homme divague et n’est pas sain d’esprit
et les responsables religieux ont le devoir de le discréditer auprès des foules.
Ils iront jusqu’à le traiter de Samaritain (c’est-à-dire d’hérétique)
et même de possédé du démon (cf 8,48; 10,20).
À plusieurs reprises, on veut le saisir et même le lyncher (cf 7,30; 7,44; 8,59).
Le chapitre 9 met en scène ceux qui vont accueillir Jésus comme messie
–qui sont symbolisés par l’aveugle qui va recevoir la vue– et ceux qui vont le refuser
–qui sont identifiés par les Pharisiens.
Le début du chapitre 10 reprend cette description sous l’image du pasteur qu’est Jésus,
un pasteur qui est suivi par les brebis qui sont de son troupeau.
Les Judéens qui vont écouter Jésus dans le Temple lors de la fête de la Dédicace
vont reposer clairement la question qui sous-tend tous ces chapitres:
Jusqu’à quand tiendras-tu notre haleine en suspens?
Si tu es le messie, dis-le-nous ouvertement
  (Jn 10,24).
Ces échanges entre Jésus et ses adversaires ressemblent déjà
à celui qu’il aura avec le grand-prêtre, lors de sa comparution devant le sanhédrin.
Dans les récits synoptiques, c’est en effet la même question qui sera posée (Mt 26, 63):
Par le Dieu vivant, je t’ordonne de nous dire si tu es, toi, le messie, le fils de Dieu.
Il nous faudra approfondir la réponse de Jésus.
Mais auparavant, reprenons conscience de l’importance
que cette question avait pour ses contemporains.
Le messie est en effet l’objet d’une attente très grande de la part des foules.
Le pays est occupé depuis bientôt cent ans. Les pauvres sont nombreux à souffrir de la faim.
Les nationalistes fervents supportent de moins en moins l’absence de liberté
ainsi que toutes les humiliations que l’occupation romaine entraîne.
Par contre les autorités en place –qui collaborent plus ou moins avec les Romains–
craignent très fort tout soulèvement populaire.
Celui-ci provoquerait la réaction immédiate de Rome:
l’écrasement du soulèvement et une répression plus grande,
voire même l’abolition des quelques privilèges que le pouvoir accorde aux grands-prêtres.

Si tu es le messie, dis-le nous clairement.
Qu’est-ce que le messie?
À l’époque de Jésus, il est attendu comme l’homme que Dieu va choisir
et consacrer pour diriger son peuple en son Nom.
Il est vu comme le roi vicaire, lieu-tenant du seul vrai roi qui est Dieu.
Il pourrait être aussi un grand-prêtre
puisqu’alors les grands-prêtres restent le seul pouvoir que les Romains ont accepté de conserver.
En Judée, le pouvoir politique est exercé directement
par un délégué de l’Empereur: Pilate, un romain.
Le mot juif messiah  (qui est francisé en messie) veut dire être oint, «consacré par l’onction».
En langue grecque, messiah  se traduit christ.
Quelqu’il soit: roi ou grand-prêtre, ce messie a donc une mission particulière:
libérer le peuple de Dieu.
Dans le cadre de l’occupation du pays par Rome,
il semble bien difficile que ce chef consacré puisse exercer son pouvoir librement.
Il ne pourra être un chef politique, un roi, sans l’assentiment de Rome.
S’affirmer roi-messie, ce serait inévitablement contester l’occupation
et donc entreprendre la lutte armée pour la libération.
La question posée à Jésus est donc une sorte de piège.
Ou bien il affirme clairement sa mission de messie
et déclenche un processus politique de libération,
ou bien il nie être le messie et il perd alors la confiance que les foules mettent en lui.
C’est peut-être le caractère épineux de cette situation qui explique la réponse de Jésus:
les actions que je fais au nom de mon Père témoignent à mon sujet  (Jn 10,25).
Ces actions, le récit de Jean vient d’en relater quelques-unes:
Jésus a guéri de nombreux malades: il libère de la paralysie (cf Jn 5,8-9),
il libère de la cécité un aveugle de naissance (cf Jn 9,11); mais il guérit aussi les coeurs:
il libère de la condamnation à mort la femme adultère (cf Jn 8,11).
En Luc, dans la synagogue de Nazareth,
c’est dans des termes semblables que Jésus s’était présenté comme le messie:
L’Esprit du Seigneur-Dieu est sur moi. Il m’a fait messie par l’onction
pour annoncer l’Évangile aux pauvres: il m’envoie proclamer la liberté aux captifs
et le retour à la vue aux aveugles
  (Lc 4,18).

Mais vous ne croyez pas parce que vous n’êtes pas de mon troupeau.
Les actions de guérison et de libération opérées par Jésus
sont donc celles d’un roi-messie agissant au nom de Dieu.
Pour éviter l’image –trop facilement guerrière– de roi,
Jésus choisit une autre image: celle du pasteur.
Dans la Bible, le titre de pasteur était d’abord attribué à Dieu.
Relisons quelques passages bibliques:
Tel un pasteur [le Seigneur-Dieu] fait paître son troupeau;
de son bras il rassemble les agneaux; il les porte sur son sein;
il procure de la fraîcheur aux brebis qui allaitent
  (Is 40,10-11).
Parole du Seigneur-Dieu: «Moi-même je ferai paître mon troupeau.
La bête perdue, je la chercherai; celle qui se sera égarée, je la ferai revenir;
celle qui aura une patte cassée, je lui ferai un bandage;
la malade, je la fortifierai»
  (Éz 34,15-16).
Le Seigneur-Dieu est mon pasteur, je ne manque de rien.
Sur de frais pâturages il me fait reposer.
Il me mène près des eaux tranquilles et me fait revivre.
Si je traverse des ravins de mort, je ne crains aucun mal
  (Ps 22,1-4).
Mener paître, c’est trouver la nourriture pour son troupeau.
Jésus a apporté la parole de vie qui vient de Dieu, parole nourrissante pour la vie spirituelle:
C’est moi qui suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim  (6,35).
Les chefs, les rois d’Israël se sont vus donnés ce titre de pasteur.
[Dieu] choisit David son serviteur pour en faire le pasteur de son peuple:
pasteur au coeur irréprochable, il les guide d’une main sage
  (Ps 78,70-72).
Mais les chefs ne sont pas toujours de bons bergers qui nourrissent le troupeau.
C’est pourquoi les prophètes le leur disent souvent très vertement:
Malheur aux pasteurs d’Israël qui se paissent eux-mêmes!
N’est-ce pas le troupeau que les pasteurs doivent paître?
Vous n’avez pas fortifié les bêtes chétives,
vous n’avez pas guéri la malade, vous n’avez pas ramené l’égarée…
vous avez exercé votre autorité par la violence et l’oppression
  (Éz 34,4-5).
Les récits évangéliques présentent Jésus comme étant le véritable bon pasteur.
[Jésus] fut pris d’une grande miséricorde pour eux
car ils étaient comme des brebis sans pasteur; et il se mit à les enseigner
  (Mc 6,34).
À ceux qui lui reprochent de bien accueillir les pécheurs et de manger à leur table,
Jésus répond en se comparant à un pasteur qui laisse les 99 brebis de son troupeau
pour aller à la recherche de la brebis perdue (cf Lc 15,3-7).
Et lorsque ses adversaires contestent sa prétention
à être le pasteur consacré par Dieu, le messie,
Jésus va répondre en montrant que ceux qui l’écoutent et qui l’accueillent
sont ceux qui sont véritablement en communion avec le Père.

Ceux de mon troupeau écoutent ma voix
et moi je les connais et ils marchent à ma suite

Écouter, dans la Bible, signifie davantage que le simple fait d’entendre.
C’est accueillir la Parole en sa vie jusqu’à mettre en pratique ce qu’elle signifie.
Jésus va expliquer pourquoi certains accueillent sa Parole et d’autre la refusent:
Celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu.
La raison pour laquelle vous ne les écoutez pas,
c’est que vous n’êtes pas de Dieu
  (Jn 8,47).
Ceux qui refusent Jésus comme pasteur, le font parce qu’ils ne vivent pas en communion avec Dieu.
La comparaison se fait aisément avec l’image des brebis.
Dans la Palestine de ce temps,
les bergers rassemblent chaque soir les troupeaux dans les enclos des villages.
Ces enclos sont gardés par crainte des voleurs.
Au matin, les bergers viennent chercher leurs brebis.
Ils se présentent à la porte de l’enclos et appellent les bêtes de leur troupeau.
Chacune a un nom car le berger connaît ses brebis.
Et chaque brebis connaît la voix de son berger.
Rappelons-nous ici le sens qu’a le mot connaître dans la langue juive.
Il s’agit d’une connaissance d’amour, d’une communion profonde entre deux êtres.
On utilise ce mot pour désigner l’union entre deux époux.
C’est à cause de cette connaissance d’amour
que le troupeau va suivre son pasteur vers les pâturages.
Il ne suivra pas un pasteur qui n’est pas son pasteur.
Le verbe «suivre» est celui qu’on emploie pour désigner un disciple:
le disciple est celui qui se met à la suite  d’un maître:
Suis-moi,  a dit Jésus à Matthieu (Mt 9,9), à Philippe (Jn 1,43), à Pierre et André (Mt 4,19).
Si le pasteur est un bon pasteur qui aime ses bêtes,
celles-ci marchent avec confiance derrrière lui: elles le suivent.
Cette image décrit la relation que Jésus veut avoir avec ses disciples.
Mais il ne dit pas seulement que ses brebis connaissent sa voix,
mais qu’elles reconnaissent, en sa voix, la voix même de Dieu.
Ses disciples sont ceux qui connaissent Dieu
et qui reconnaissent, dans sa voix, dans ses paroles, son enseignement,
la voix même de Dieu le Père.
Or quelle est la voix de Dieu? Celle qui jaillit de la miséricorde:
envers le paralytique et l’aveugle qu’il faut guérir même un jour de sabbat,
envers tous ceux qui souffrent de ne pas avoir une vraie vie spirituelle
et qu’il faut nourrir de paroles qui sont vie et esprit (cf Jn 6,63),
envers la femme condamnée pour adultère et à qui il faut redonner confiance en l’amour vrai.
Ceux qui ne reconnaissent pas la voix de la miséricorde,
parce qu’ils font passer la justice et l’observance aveugle des lois avant la bonté et le pardon,
ceux-là ne peuvent prétendre être les fils et les filles du Dieu qui n’est qu’amour.
Seuls ceux qui vivent sur la longueur d’onde de l’amour, peuvent reconnaître
que l’enseignement de Jésus vient de Dieu.
On pourrait reprendre ici le proverbe:
«Les oiseaux ont besoin d’air pour voler. Les poissons ont besoin d’eau pour nager.
Dieu ne se meut que dans l’amour.»
Ainsi qui n’aime pas de gratuité totale son prochain,
celui-là n’est pas de Dieu, ne connaît pas Dieu:
Aimons-nous de bonté les uns les autres car l’amour de bonté vient de Dieu
et celui qui aime de bonté est engendré de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu
  (1Jn 4,17).
Pour connaître Dieu ainsi, il faut en effet se laisser engendrer par Lui:
c’est-à-dire laisser sa parole pénétrer notre mémoire profonde, notre «code génétique spirituel»,
pour que cette parole devienne la mémoire qui nous fait agir,
pour qu’elle façonne, in-forme l’esprit qui va animer notre vie quotidienne.
Si le Dieu Tout-Aimant est vraiment devenu notre Père spirituel,
alors nous reconnaîtrons en Jésus son Envoyé.
Pour cela il faut être à l’écoute de cette voix intérieure
qui est celle de la bonté généreuse et du pardon.

Et moi je donne la vie du temps à venir.
Là encore, la comparaison avec le bon pasteur vient éclairer la mission de Jésus comme messie.
Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis.
Le mercenaire à qui les brebis n’appartiennent pas, abandonne les brebis
et s’enfuit quand il voit venir le loup.
Le loup s’empare des brebis et les disperse
  (Jn 10,11-12).
Celui qui n’est pas le pasteur consacré par Dieu,
celui-là n’a pas le souci de l’unité et de la communion.
Peu lui importe les divisions, les conflits qui détruisent la paix et étouffent la vraie vie.
Peu lui importe que ces divisions rendent les gens malades de solitude, d’insécurité, de haine.
Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire,
tandis que le fils du Père vient pour donner la vie en plénitude (cf Jn 10,10-11).
Jésus peut aller jusqu’à dire:
Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort  (Jn 8,42).
L’enseignement de Jésus conduit à la vie véritable parce qu’il est apprentissage de l’amour.
Au-delà de l’éros et même de l’amitié, l’amour enseigné par Jésus est celui qui est pure gratuité,
amour qui met «son plaisir et sa joie à désirer, à vouloir que quelqu’un d’autre soit»
et qu’il soit, lui aussi, aimant de gratuité.
Un tel amour est fort contre toutes les forces d’égoïsme, de jalousie, de doute
et d’insécurité, ces forces qui nous assaillent quotidiennement
et qui nous conduisent à réduire nos relations humaines à la domination,
à la possession, à la jouissance de l’autre.
Celui qui se met dans la main de Dieu, l’Aimant éternel,
pour aimer comme Lui, celui-là fait confiance à Dieu
pour la vie du temps à venir, l’immortelle vie.

Personne ne les arrachera de ma main…
Personne ne peut arracher de la main du Père.

La main de Dieu est celle qui bénit, guérit, relève.
Voilà ce que signifie être sauvé: c’est vivre d’un amour qui est vie d’éternité
parce qu’on vit dans la communion de Dieu-Père.
Cet amour qui est éternel est celui de la bonté généreuse, inconditionnelle.
Jésus se présente ici comme la main du Père.
Le Père et lui ne font qu’un pour sauver, pour arracher de la mort spirituelle.
Pour être ainsi «sauvé» par le Père et par Jésus,
il ne suffit pas de connaître Dieu d’une façon intellectuelle
ni de mener une vie conforme aux règles de la droiture;
il faut vivre avec le Père et Jésus une intense communion d’amour
qui ne peut être que le fruit de la prière.
Un moine de l’église d’Orient exprime bien cela:
«De beaucoup qui croyaient tout ce qu’il faut croire et qui menaient une vie juste et pieuse,
nous pouvons nous demander: cette âme connaissait-elle le Sauveur?
Le connaissait-elle d’une manière intime, comme on peut connaître son ami le plus proche,
comme peuvent se connaître un homme et une femme qui s’aiment,
comme seul peut être connu celui qui nous est plus intérieur que nous-mêmes?
Une somme de connaissance acquise et d’ailleurs vraie au sujet du Sauveur
se substitue souvent à la connaissance personnelle et profonde du Sauveur.
Elle peut s’interposer comme un écran entre Jésus et nous»

(Lectures pour chaque jour de l’année,  Cerf 1974, p. 255).
Cette connaissance à laquelle nous invite Jésus est celle de l’amitié la plus forte:
Je vous appelle amis!  (Jn 15,14).
Voilà l’image du pasteur reprise par l’image de l’amitié:
la relation du pasteur et des brebis est la relation de Jésus
devenant l’ami de chacun de ses disciples.
Cette amitié est forte car elle a sa source, son inspiration dans l’amour même du Père:
Père, qu’ils soient un comme nous sommes un  (Jn 17,11).
C’est une telle intimité avec Jésus qui permettra à l’apôtre Paul d’avoir une assurance indéfectible:
Oui j’en ai l’assurance: ni la mort ni la vie, … ni le présent ni l’avenir, …
ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, …
rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu
manifesté en Jésus Christ notre Seigneur
  (Rm 8,38-39).
Le Père Congar, un des grands théologiens du concile Vatican II, traduisait
combien cette amitié était l’essentiel de sa vie,
un essentiel qui allait au-delà de toutes ses connaissances théologiques:
«S’il s’agit de ma vie telle que j’essaie de la mener au milieu des hommes,
alors c’est Jésus Christ qui en est la lumière, la chaleur et, par son saint Esprit, le mouvement.
Chaque jour il m’interpelle. Chaque jour il m’empêche de m’arrêter:
son Évangile et son exemple m’arrachent à la tendance instinctive
qui me retiendrait lié à moi-même, à mes habitudes, à mon égoïsme.
Je lui demande de me faire cette miséricorde
de ne pas me laisser à moi-même, lié à ma tranquillité égoïste»

(Pour vous qui est Jésus Christ?,  Cerf 1970, p. 97).
À la veille de sa mort, Jésus redira, dans sa prière,
toute l’intensité de cette communion à laquelle il invite ses disciples:
Qu’ils soient un: tout comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi,
qu’eux aussi soient un en nous
  (Jn 17,21).
À chacun de ses disciples, comme à Simon-Pierre,
Jésus redit après chaque éloignement: «M’aimes-tu?»
À chacun, chacune de ses disciples,
Jésus manifeste sa tendresse en lui lavant les pieds.
À chacune et chacun Jésus redit avec joie:
Je ne t’appelle plus serviteur, mais ami
car je t’ai fait connaître tout ce que j’ai écouté de mon Père.
Avec Jésus, notre amour mutuel se bâtira dans la communion
de la mise en pratique de la pensée du Père (Jn 15,14-15).
«Est-ce que je te connais vraiment, Seigneur Jésus?
ou est-ce que je connais seulement ce que j’ai lu sur toi, ce que j’ai entendu dire de toi?
Est-ce que ta parole est devenue –dans le coeur à coeur de la prière–
la parole secrète de l’ami à l’ami, ma nourriture quotidienne, celle qui fait vivre de Dieu?
Est-ce que je sais d’expérience que tu as donné ta vie pour moi,
toi qui as dit qu’il n’y a pas de plus grand amour
que de donner sa vie pour ceux qu’on aime? (Jn 15,13).
Puisque ce don de toi est force de pardon et de guérison,
ne permets pas que jamais je ne sois séparé de toi!
Oh oui, que tu sois toujours pour moi: mon frère, mon ami, mon Seigneur»

(Lectures pour chaque jour de l’année,  Cerf 1974, p. 255).
      Au jardin de l’olivier
tu as prié pour que ton Père éloigne la coupe de la croix.
Mais au plus profond de toi,
c’est la plénitude de l’amour qui guidait tes pas.
Apprends-nous à vivre cet amour qui nous unit au Père.
Qu’au moment où l’on est appelé au don de soi,
nous ne sachions plus que dire:
«Que ta volonté d’amour, Père, s’accomplisse en nous.»
C’est le chemin du bonheur.   Amen!

Georges Convert

 

»»» Questions

1. À quel moment de la vie de Jésus se situe cet épisode?
2. Quelle était alors l’attente des foules juives?
3. Qu’est-ce qu’on attendait du messie?
4. Dans l’histoire du peuple juif, qui sont les pasteurs dont parlent les prophètes?
5. À quel modèle de pasteur Jésus se réfère-t-il?
6. Quel est le sens du mot «connaître» dans la Bible?
7. Comment faut-il vivre pour «connaître» Dieu?
8. Jésus offre son amitié à ses disciples. Comment puis-je devenir un ami de Jésus aujourd’hui?
9. Suivre Jésus comme une brebis, est-ce abandonner sa liberté?
10. «Moi et le Père, nous sommes Un.»
Comment cette affirmation pouvait-elle être comprise des contemporains de Jésus?
Cette déclaration de Jésus s’appuie sur l’image du pasteur et de ses brebis.
Que signifiait cette image aux oreilles des compatriotes de Jésus?
Quel sens pouvons nous lui donner aujourd’hui?

 

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