Évangile du dimanche 19 mai 2019

Évangile du 5e dimanche de Pâques (année C), selon l’écrit de Jean (13, 31-35)

Du pain sur la table

31 Alors, quand [Judas] sort, Jésus dit:
Maintenant le Fils de l’homme est glorifié
et Dieu est glorifié en lui.

32 Si Dieu est glorifié en lui,
Dieu le glorifiera en lui-même
et voici qu’Il va le glorifier.

33 Petits enfants, encore un peu [de temps] je suis avec vous.
Vous me chercherez.
De même que j’ai dit aux Judéens:
«Là où moi je vais, vous, vous ne pouvez pas venir»,
à vous aussi je le dis maintenant.

34 Je vous donne un précepte nouveau:
aimez-vous de bonté les uns les autres
comme je vous ai aimés de bonté

35 pour que vous vous aimiez de bonté les uns les autres.
En cela tous connaîtront que vous êtes mes disciples:
si vous avez un amour de bonté les uns pour les autres.


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Le commentaire du pain sur la table,

par Georges Convert.

Voilà des paroles qui ont souvent permis de réduire le christianisme
au slogan de l’amour du prochain.
Il n’est certes pas faux de dire que l’amour du prochain est inscrit dans l’être chrétien,
mais il faut aussi préciser de quel amour on parle.

Notre récit se situe dans le prolongement du lavement des pieds, lors du dernier repas de Jésus.
On peut le décrire comme un premier discours d’adieux (jusqu’au verset 31 du chapitre 14).
L’appellation Petits enfants  est fréquente dans les récits
où un patriarche mourant fait ses dernières recommandations à ses enfants.
Pourtant le monologue de Jésus sera plusieurs fois interrompu par des questions de ses disciples,
ce qui est inhabituel dans le style des discours d’adieux.
Habituellement les enfants ne posent pas de questions à leur père mourant.

Alors, quand Judas sort, Jésus dit: «Maintenant le Fils de l’homme est glorifié.»
Quel lien peut-il y avoir entre cette sortie de Judas et la glorification du Fils de l’homme?
Pour cela, tentons de mieux cerner le sens des mots employés ici: glorification et Fils de l’homme.
Il semble bien que ce soit Jésus lui-même qui ait choisi de s’appeler le «Fils de l’homme».
L’expression se trouve dans le livre de Daniel
où un fils de l’homme vient sur les nuées des cieux recevoir de Dieu gloire et royauté:
Je regardais dans les visions de la nuit
et voici que sur les nuées des cieux venait comme un Fils d’homme. …
Il lui fut donné souveraineté et gloire et royauté:
les gens de tous peuples, nations et langues le servaient
  (Dn 7,13-14).
Il y a d’autres passages du récit évangélique de Jean où l’on trouve l’expression «fils de l’homme».
Évoquons quelques-uns d’entre eux:
Vous verrez les cieux ouverts et les anges de Dieu monter
et descendre au-dessus du Fils de l’homme
  (Jn 1,51).
Il faut que le Fils de l’homme soit élevé
pour que celui qui croit en lui ait la vie éternelle
  (Jn 3,14).
Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, vous connaîtrez que Je suis  (Jn 8,28).
Elle est venue l’heure où le Fils de l’homme doit être glorifié  (Jn 12,34).
Dans les récits synoptiques,
cette affirmation du Fils de l’homme dans la gloire de Dieu servira de motif
à la condamnation à mort de Jésus:
Le grand-prêtre interrogeait Jésus: «Es-tu le messie, le fils du Béni?»
Jésus dit: «Je le suis.
Et vous verrez le Fils de l’homme siégeant à la droite du Tout-puissant
et venant sur les nuées des cieux.»
Le grand-prêtre déchira ses vêtements: «Vous avez entendu le blasphème!»
Tous le condamnèrent comme méritant la mort
  (Mc 14,61-64).
Ce sera aussi sur cette affirmation faite devant le Sanhédrin qu’Étienne sera lapidé:
[Étienne], rempli d’Esprit saint, fixa le ciel:
il vit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu.
Il dit: «Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu.»
Ils poussèrent alors de grands cris …
et l’entraînèrent hors de la ville pour le lapider
  (Ac 7,56-57).
Tous ces textes manifestent bien le lien très fort entre le fils de l’homme et Dieu.
Le récit de Jean traduit cela d’une façon explicite:
Nous te lapidons pour un blasphème,
parce que toi, un homme, tu te fais Dieu
  (Jn 10,33).
La gloire de Dieu et celle de Jésus, fils de l’homme, sont donc étroitement associées.
Mais que signifie, dans le langage biblique, la gloire?
Le mot hébreu qu’on traduit gloire est kabod  dont la racine évoque l’idée de poids.
Il s’agit de tout le poids de la présence de quelqu’un, qui se traduit par ses actes.
Pour Dieu, cette gloire se manifeste par sa toute puissance agissante.
Dans la Bible, lorsque Dieu permet à son peuple d’être victorieux de ses ennemis,
on dit qu’il manifeste sa gloire.
Or, dans la vie de Jésus, la gloire de Dieu est souvent reliée à la mort du Fils de l’homme.
Luc fera explicitement le lien entre la gloire et la mort de Jésus sur la croix:
Ne fallait-il pas que le Fils de l’homme souffre pour entrer dans sa gloire?  (Lc 24,26).
N’est-ce pas aussi ce que veut dire Jean
lorsqu’il semble associer la sortie de Judas et la glorification de Jésus?
Comment comprendre ce lien entre la mort et la gloire?
Dans le récit évangélique de Jean, c’est souvent l’heure de Jésus
qui va traduire le lien entre mort et gloire.
Dans la grande prière qui conclut le dernier repas, Jésus s’écriera:
Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils pour que le fils te glorifie  (Jn 17,1).
Or l’heure de Jésus est celle de la mort. Le chapitre avait commencé
par ces mots empreints de solennité:
Jésus, sachant que son heure est venue de passer de ce monde au Père…  (Jn 13,1)
S’il y a un lien fort entre la mort de Jésus et sa gloire,
n’est-ce pas parce que sa mort va être essentiellement une mort par amour,
qu’elle va traduire tout son amour?
La suite du verset le dit:
Jésus, sachant que son heure est venue de passer de ce monde au Père,
lui qui a aimé les siens va les aimer jusqu’à l’extrême
  (Jn 13,1).
Ce lien entre l’amour et la mort se trouvera traduit clairement par Jésus lui-même:
Personne n’a d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie
pour ceux qu’il aime
  (Jn 15,13).
Tous les récits du dernier repas vont faire le lien entre l’amour de Jésus
pour les siens et sa mort: le lavement des pieds est le geste de pardon de Jésus
spécialement envers Pierre qui va le renier:
Pierre, si je ne te lave pas, tu n’as pas part avec moi  (Jn 13,8),
c’est-à-dire si je ne te pardonne pas déjà ton reniement,
tu ne seras pas en communion avec moi.
Dans les milieux rabbiniques, il pouvait peut-être arriver que le disciple marque sa dévotion,
son affection envers son maître en lui lavant les pieds s’il était très âgé.
Jésus inverse la situation: lui, le maître, va laver les pieds de ses disciples.
Mais Jésus va aussi partager son pain avec Judas.
Or, dans la tradition des pays de la Bible,
le geste de rompre le pain avec quelqu’un est un signe d’amitié sacrée.
Rompre le pain avec Judas est donc, pour Jésus, geste de pardon
comme l’indique le texte qui relie ce partage du pain et la trahison (Jn 13,27):
C’est à ce moment, alors qu’il lui avait offert cette bouchée, que Satan entra en Judas.
Le récit marque bien que Judas trahit celui qui est son Maître et son ami:
Celui qui mangeait le pain avec moi a levé contre moi le talon  (Jn 13,18).
Ces gestes signifient donc que Jésus va vivre la défection des siens,
non dans le ressentiment et l’amertume, mais dans le pardon d’amour.
Parce qu’il vit l’hostilité, le reniement, la trahison en se livrant par amour,
Jésus témoigne de l’amour de Dieu qui vit en lui: il est glorifié  et il glorifie  le Père.
Il entre dans la gloire: il manifeste l’amour de son coeur; et le Père est glorifié en lui:
car l’amour vrai vient du Père qui est Source de tout amour.
En cette mort acceptée, l’amour divin va dire toute sa force de pardon et de guérison.
C’est donc bien la présence toute aimante de Dieu, la gloire de Dieu,
qui se trouve manifestée dans les gestes de Jésus qui entourent sa mort.
Lorsque vous aurez élevé le Fils de l’homme,
vous connaîtrez que je ne fais rien de moi-même
mais qu’ainsi je dis et fais tout ce que le Père m’a enseigné
  (Jn 8,28).
Dans la nudité de la croix, là où il n’y a plus que l’amour à offrir en partage,
Jésus nous montre le vrai visage de Dieu: d’un Dieu qui est amour, qui n’est qu’amour et pardon.
Il glorifie Dieu

Je vous donne un précepte nouveau: aimez-vous de bonté.
Comment comprendre que ce précepte soit une nouveauté?
Le livre du Lévitique appelait déjà à aimer son prochain comme soi-même  (Lv 19,18).
En quoi Jésus peut-il dire que son commandement est nouveau?
Faut-il traduire le mot grec entolè par commandement?
Le mot hébreu qui est à l’origine est celui de mitsva.
Ce terme hébreu désigne «un exercice que Dieu propose à son peuple
pour ramener sa Présence sur la terre, pour saturer le quotidien d’Éternel»

(J.Y. Leloup, L’Évangile de Jean,  Albin Michel 1989, p. 242).
Ce qui doit être vécu par les disciples, c’est donc l’amour dont Dieu aime, sa façon d’aimer;
et cela afin que l’amour éternel transforme le monde.
Jésus ne dit pas seulement «aimez-vous» mais il ajoute: «comme je vous aime».
Le mot «comme» est fréquent dans le récit de Jean.
Citons quelques exemples pour bien en saisir toute la portée:
Moi aussi je vous ai aimés comme le Père m’a aimé.
Si vous gardez mes préceptes vous demeurerez dans mon amour
comme je garde les préceptes de mon Père
  (Jn 15,9-10).
Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent comme mon Père me connaît
et que je connais mon Père
  (Jn 10,14-15).
Comme Tu m’as envoyé dans le monde,
moi aussi je les ai envoyés dans le monde
  (Jn 17,18).
Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi.
Qu’ils soient un comme nous sommes un.
Tu les as aimés comme tu m’as aimé
  (Jn 17,21-23).
Il s’agit donc d’aimer à la manière de Dieu, par son amour même qui est accueilli pour être redonné.
Le verbe aimer  qui est employé ici en grec est agapao.
Or il y a plusieurs mots grecs pour traduire aimer: éros  désigne l’amour désir;
philia  traduit l’amitié; pour traduire l’amour de gratuité, la grâce, on emploie le mot agapè.
Jésus emploie ce mot pour proposer à ses disciples d’aimer comme lui, lui qui aime comme Dieu.
Jésus ne nous commande pas «d’être amoureux les uns des autres, de nous désirer avec passion.
Il ne nous demande pas de nous forcer à être l’ami de nos ennemis.
Il parle d’agapè, d’acceptation sans retour de l’autre quel qu’il soit, tel qu’il est;
l’aimer non pour soi mais aimer l’autre pour lui-même,
vouloir ce qu’il est, vouloir son indépendance, sa liberté,
et surtout son salut qui est libération de tout ce qui l’opprime, le fait souffrir,
tout ce qui empêche son coeur et son intelligence de vivre au large»

(Leloup, op.cit.,  p. 243-244).
Devant l’exigence de cet amour-agapè,
on peut comprendre qu’il nous faut communier à la force même
de Jésus pour aimer comme lui.
Aimer comme lui, aimer comme le Père, c’est d’abord et surtout aimer par lui, avec lui, en lui.
En quoi ce précepte de l’amour est-il nouveau? Les commentateurs sont divisés sur la réponse.
Est-ce que la Bible de Moïse n’enseignerait pas un tel amour?
Comme le dit le récit de Matthieu, Jésus semble renouveler la Tora  orale:
Vous avez appris qu’il a été dit: «Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.»
Et moi, je vous dis: «Aimez vos ennemis»
  (Mt 5,43-44).
Est-ce un précepte nouveau en ce sens qu’il faut aimer comme Dieu, comme Jésus,
alors que la Tora  enseignerait à aimer son prochain comme soi-même?
La première lettre de Jean demande aux disciples d’aimer jusqu’à l’extrême comme  le Maître:
Lui a donné sa vie pour nous, ainsi nous devons
donner notre vie pour nos frères
  (1Jn 3,16).
Est-ce un précepte nouveau
parce qu’il permet le renouvellement du coeur par une vie plus intérieure,
comme l’annonçaient des prophètes comme Isaïe, Jérémie et Ézéchiel?
Des jours viennent où je conclurai une nouvelle alliance avec la communauté d’Israël.
Je déposerai mes préceptes au fond d’eux-mêmes,
les inscrivant dans leur être
  (Jr 31,31).
Je verserai sur vous une eau pure et vous serez purifiés.
De toutes vos souillures, de toutes vos idoles je vous purifierai.
Je vous donnerai un coeur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau.
J’enlèverai votre coeur de pierre et je vous donnerai un coeur de chair.
Je mettrai en vous mon esprit:
alors vous suivrez mes préceptes et y serez fidèles
  (Éz 36,25-27).
Ajoutons qu’aimer Dieu ou le prochain doit toujours être un acte neuf, comme une première fois,
car on n’aime pas vraiment si le geste d’amour n’est que répétition passive du passé.
Madeleine Delbrêl traduisait ainsi cette nouveauté:
«Je te souhaite un amour neuf, venu droit de Dieu, allant droit aux autres,
ne se souvenant d’aucun déjà dit, d’aucun déjà fait»

(cité dans Jacques Loew, Vivre l’Évangile avec Mad. Delbrêl,  Centurion 1994, p. 108).
Mais on peut aussi relier cette nouveauté
à ce qui sera le signe distinctif des disciples de Jésus:
En cela tous connaîtront que vous êtes mes disciples:
si vous avez un amour de bonté les uns pour les autres.

Le signe de l’appartenance au peuple d’Israël était la circoncision.
Pour le nouveau peuple que Jésus rassemble, le signe
qui manifestera l’appartenance sera l’amour fraternel.
Alors que la Tora  de Moïse comporte des préceptes qui établissent des barrières entre les humains,
(comme la circoncision et l’interdiction de manger certaines viandes)
le signe de l’assemblée du Christ est l’amour sans condition
qui peut être vécu par tout être humain.
L’apôtre Paul explicite cela pour les Galates:
Ce qui importe, ce n’est ni la circoncision ni l’incirconcision,
mais la nouvelle création
  (Ga 6,15).
Aux Éphésiens, Paul parle d’un être humain nouveau:
[Christ] a aboli la loi et ses commandements avec leurs observances.
Il a voulu ainsi créer en lui un seul être humain nouveau. …
C’est grâce à lui que les uns et les autres nous avons accès
auprès du Père dans un seul Esprit
  (Ép2,15-18).
La pratique chrétienne de la fraternité serait nouvelle
parce qu’elle crée un être nouveau qui vit dans une communauté qui doit être sans frontières:
ethnique, raciale, sexiste, sociale.
Paul se fera le véritable héraut de cette assemblée nouvelle ouverte à tous:
Vous tous qui êtes baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ:
il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme.
Tous en effet vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus
  (Ga 3,26-28).
Dans l’assemblée chrétienne du peuple de Dieu, personne ne doit être marginalisé.
Les pauvres, les malades, les handicapés doivent au contraire avoir une place prioritaire.
Considérez, frères, qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu;
il n’y a parmi vous ni beaucoup de savants aux yeux des hommes
ni beaucoup de puissants ni beaucoup de gens de noble famille
  (1Co 1,26).
Pour être le signe des disciples cet amour fraternel doit être visible.
Il doit réellement unir les disciples en une vraie communauté de solidarité.
Pour les disciples de Jésus,
la réalisation de vraies communautés fraternelles n’est donc pas facultative.
C’est la solidarité de frères et de soeurs s’aimant les uns les autres qui est le signe-témoin,
signe que ces hommes et ces femmes sont disciples de Jésus,
signe aussi que ce Jésus est toujours présent au milieu des siens par l’amour qu’il fait vivre.
Il y a ici une expression qu’il faut remarquer: les uns les autres.
La première lettre de Jean la reprend fréquemment:
Tel est le message que vous avez entendu dès le commencement:
que nous nous aimions les uns les autres
  (1Jn 3,11).
Si nous marchons dans la lumière,
nous sommes en communion les uns avec les autres
  (1Jn 1,7).
Mes bien-aimés, si Dieu nous a aimés ainsi,
nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres
  (1Jn 4,11).
Paul reprendra à l’infini cette expression.
Relevons seulement quelques citations
pour bien saisir tout le réalisme de cet amour fraternel:
Soyez accueillants les uns pour les autres  (Rm 15,7).
Mettez-vous au service les uns des autres par l’amour gratuit  (Ga 5,13).
Portez les fardeaux les uns des autres  (Ga 6,2).
Réconfortez-vous les uns les autres et édifiez-vous l’un l’autre. …
Soyez en paix les uns avec les autres. …
Faites-vous du bien les uns aux autres
  (1Th 5,11-15).
Montrez-vous bons et compatissants les uns pour les autres  (Ép 4,32).
Pardonnez-vous les uns aux autres  (Col 3,13).
Sur l’amour fraternel, vous n’avez pas besoin qu’on vous écrive
car vous avez personnellement appris de Dieu à vous aimer les uns les autres.
Mais nous vous encourageons à faire encore des progrès
  (1Th 4,9s).
Ainsi c’est à l’intérieur d’une communauté très concrète, à taille de fraternité,
que le disciple de Jésus est appelé à faire l’expérience de la pratique de l’amour gratuit.
Un amour qui est accueil, service, entraide, pardon…
Non que cet amour se limite à ceux qui sont les disciples, les compagnons de foi en Christ
–l’amour du prochain doit s’étendre à tout être qui est dans le besoin, même l’ennemi)–
mais la communauté chrétienne est le laboratoire où s’apprend,
et où se vérifie quotidiennement l’amour gratuit.
Au sein de la communauté chrétienne, nous laissons le Christ nous aimer
et nous nous aimons les uns les autres pour aller ensemble, les uns avec les autres,
aimer tous ceux avec qui nous vivons chaque jour.
Pour vivre entre chrétiens ce signe,
ce témoignage de l’amour de bonté, de vraies communautés de disciples de Jésus sont nécessaires.
Or, la paroisse d’aujourd’hui –la plupart du temps– n’est plus à taille de communauté.
Il ne s’agit pas de négligence, de mauvaise volonté des chrétiens
qui composent l’assemblée paroissiale.
Il s’agit de la structure paroissiale dans le monde urbain.
Comme il n’y a plus –la plupart du temps– de communautés rassemblées par le territoire,
les paroisses sont devenues surtout des lieux
qui n’offrent plus que des services religieux à des individus.
Les églises urbaines doivent donc refaire des communautés
si l’on veut que les disciples de Jésus retrouvent des milieux fraternels
où ils pourront vivre cet apprentissage de l’amour gratuit.
Dans la grande tradition de la Bible, c’est autour des repas sacrés
que se sont construites les familles-églises.
Jésus a célébré ces repas avec ses disciples.
Après Pâques, les premières communautés se sont aussi tissées autour de la Fraction du Pain:
Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle,
à la fraction du pain et aux prières.
Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun.
La multitude de ceux qui étaient devenus croyants n’avait qu’un coeur et qu’une âme
et nul ne considérait comme sa propriété l’un quelconque de ses biens;
au contraire, ils mettaient tout en commun
  (Ac 2,42.44; 4,32).
Il nous faut donc retrouver la coutume de ces repas sacrés
où la communauté de table se réalise par le partage du pain et celui de la Parole évangélique.
Il appartient aux chrétiens et chrétiennes d’aujourd’hui de créer ces repas
qui pourront rassembler, dans les maisons privées, une douzaine de disciples
qui deviendront ainsi des frères et soeurs autour du Christ Jésus.
Cet amour gratuit qui nous fait frères et soeurs,
le langage chrétien traditionnel l’appelait charité.
On a malheureusement déprécié le mot en parlant de «faire la charité» au sens de «faire l’aumône».
Or, on ne «fait» pas la charité: on est charitable, on est vivant de charité.
Il nous faut redonner au mot charité son sens premier
qui est l’amour humain pétri d’amour divin, comme le décrit Madeleine Delbrêl:
«La charité est plus que le nécessaire pour exister, plus que le nécessaire pour vivre,
plus que le nécessaire pour agir. La charité est notre vie devenant vie éternelle.»

Parce qu’elle est participation à l’amour même dont Dieu aime,
les disciples de Jésus doivent puiser cette charité -cette bonté généreuse-
dans le coeur même de Jésus:
«On n’apprend pas la charité, on fait peu à peu sa connaissance
en faisant la connaissance du Christ.
C’est la foi du Christ qui nous rend capables de charité;
c’est la vie du Christ qui nous montre comment désirer, demander, recevoir la charité.
C’est l’Esprit du Christ qui nous rend vivants de charité»

(M. Delbrêl, Joie de croire,  p. 82).
Au début de ce nouveau siècle, les gens pourront-ils reprendre en vérité
ce qu’on disait des chrétiens au temps de Tertullien: «Voyez comme ils s’aiment.»
        Jésus, ta gloire n’est pas celle des humains
mais celle du don de Dieu nu sur la croix:
la comprenons-nous?
Ton amour se donne gratuitement en nous
et par nos frères et nos soeurs:
savons-nous le reconnaître?
Que jamais mon coeur ne se laisse alourdir
par mes manques de charité fraternelle.
Libère-moi de mon égoïsme!
Que ton Esprit qui est gratuité
pénètre en moi et dans notre communauté!
Qu’il transforme les nuits
de nos communautés et du monde,
en aurore d’amour et de tendresse fraternelle.   Amen!

Georges Convert

 

»»» Questions

1. À quel moment de la vie de Jésus se situe cet épisode?
2. Que signifie la glorification dans la Bible?
3. Qu’est-ce que le Fils de l’homme?
4. Quel lien est fait entre la trahison de Judas et la glorification du Fils de l’homme?
5. Comment Jésus réagit-il en face de la trahison, du reniement et de l’abandon de ses disciples?
Pourquoi peut-on dire que Jésus a déjà pardonné à Pierre, à Judas et aux autres disciples?
6. Quel est, pour Jésus, le signe qui fait reconnaître son disciple?
7. Comment aimer son ennemi concrètement?
8. D’où vient la tradition de sacraliser le repas?

 

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