Évangile du dimanche 1er décembre 2019

1er dimanche de l’Avent (année A), selon le récit de Matthieu (24, 37-44)Du pain sur la table

37 En effet, comme ont été les jours de Noé,
ainsi sera l’avènement du Fils de l’Homme.

38 En effet, de même qu’en ces jours d’avant le déluge
on mangeait et on buvait, on se mariait et on était marié,
jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche

39 –ils n’ont rien connu jusqu’à la venue du déluge
et il les a tous emportés–,
ainsi sera l’avènement du Fils de l’Homme.

40 Alors deux seront au champ, un sera pris et l’autre laissé.

41 Deux seront à moudre à la meule, une sera prise et l’autre laissée.

42 Veillez donc car vous ne connaissez pas quel jour votre Seigneur vient.

43 Vous savez cela:
si le maître de maison savait à quelle heure de la nuit le voleur vient,
il aurait veillé et il n’aurait pas laissé percer [le mur de] sa maison.

44 C’est pourquoi, vous aussi soyez prêts car c’est à l’heure que vous ne pensez pas
que le Fils de l’Homme vient.


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Le commentaire du pain sur la table,

par Georges Convert.

C’est le temps de l’Avent. Le mot avent n’est pas l’adverbe qui signifie le contraire de après; mais il traduit le mot latin adventus qui veut dire avènement, venue. L’Avent nous rappelle la venue du Fils de l’homme à la fin des temps.

Le contexte Jésus répond à la question de ses disciples (Mt 24,3):

Quel sera le signe de ta venue glorieuse et d’un achèvement du monde?

Jésus a décrit les signes d’une nouvelle naissance du monde.

il y aura des conflits, des persécutions… Mais, à la fin, le Fils de l’homme viendra sur les nuées du ciel avec puissance et gloire (Mt 24,30).

Que signifie cette venue glorieuse de Jésus?

L’expression fils de l’homme se trouve dans le livre de Daniel au chapitre 7 (13 et 14): Voici qu’avec les nuées du ciel venait comme un Fils d’homme. … Il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté: les gens de tous peuples, nations et langues le servaient.

Le livre biblique de Daniel date des années 90 avant Jésus; c’est une ‹apocalypse›, c’est-à-dire un récit qui veut révéler le sens des événements en employant un langage figuré afin qu’il ne soit compris que par des initiés. C’est un message codé. Ces apocalypses voient souvent le jour dans des périodes de persécutions. Il faut pouvoir communiquer un espoir aux gens qui sont persécutés par l’ennemi qui occupe le pays, sans que ce message puisse être compris de l’ennemi.

Daniel parle de visions où se trouvent 4 bêtes monstrueuses et un personnage en forme humaine. Les 4 bêtes sont les 4 empires qui ont conquis et dominé le peuple d’Israël des années 600 à 100 avant Jésus: d’abord Babylone avec Nabuchodonosor, puis les Mèdes avec Darius, les Perses avec Cyrus et enfin les Grecs avec Alexandre. Ces empires ont déporté le peuple de Dieu et l’ont tenu en esclavage. Mais voici un message d’espérance: un ‹fils d’homme› se verra confier la royauté au nom de Dieu. Le message en est un d’espérance dans la force du bien, de l’amour. Il s’agit là d’une idée qui est fréquente dans la Bible: Dieu, un jour, triomphera du mal; le Règne de Dieu s’établira sur notre terre. Pour parler de ce Jour de triomphe, on parle du Jour du Seigneur.

Comment la Bible de Moïse voit ce Jour du Seigneur-Dieu, le Jour de l’intervention de Dieu?

Dans l’univers, Dieu n’intervient pas seulement comme le Dieu Créateur mais comme un Dieu qui vient faire justice. Les Juifs pensent que Dieu ne peut pas rester impassible devant le mal. S’il est bon et puissant, Dieu doit réagir en face du mal. Il va intervenir:

  • soit, au cours d’une guerre en donnant la victoire au camp des justes qui, avec son aide, vont exterminer le camp des mauvais;
  • soit en faisant venir des cataclysmes naturels comme un déluge où les malfaisants, les mauvais vont périr. Si Dieu intervient dans l’histoire, cela veut dire qu’Il veut la mener à son terme: la victoire sur toutes les forces du mal.

Cette nouvelle naissance se fera dans les douleurs de l’enfantement (Mt 24,8):

Cette victoire marque la fin d’un monde. Et non pas la fin du monde.

C’est au contraire la venue d’un monde nouveau. On peut citer le prophète Isaïe au chapitre 60 (18-21):

On n’entendra plus parler de violence dans ton pays, de dévastation et de désastre sur ton territoire. … Ton soleil ne se couchera plus et ta lune ne disparaîtra pas, car le Seigneur sera pour toi une lumière perpétuelle. Ton peuple ne comptera que des justes, à jamais ils posséderont le pays.

Jésus a-t-il repris ce message d’un grand Jour de Dieu qui sera le terme du monde? Jésus reprend certaines images de la Bible pour décrire ce Jour-là (Mt 24,29-31):

Aussitôt après la détresse de ces jours-là… apparaîtra dans le ciel l’enseigne du Fils de l’Homme. Tous les peuples verront le Fils de l’Homme venir sur les nuées du ciel dans la plénitude de la puissance et de la gloire. Il enverra tous ses messagers… et ils rassembleront ses élus.

Mais Jésus parle du terme du monde comme étant la venue du Fils de l’homme*. Dans le livre de Daniel, le Fils de l’Homme représente tous les saints; il réunit en lui tous ceux qui vivent de la bonté généreuse. Ce n’est pas seulement Dieu qui mène l’histoire à son terme, mais ce sont tous les humains qui sont unis au Fils parfait du Père. Dans l’Évangile, la puissance et la gloire de Dieu, ce n’est plus sa force guerrière qui écrase les méchants mais c’est la manifestation de la grandeur de son amour, d’un amour qui veut convertir le cœur. La victoire finale du bien sur le mal est celle d’un Dieu qui n’est qu’amour et qui rassemble l’humanité dans la fraternité. Tout au long de l’histoire, Dieu supporte le mal avec la patience ardente de Celui qui aime. Comme un père, une mère, patiente devant son enfant qui se détruit moralement et physiquement. Cette patience est le respect de la liberté de chaque être humain. Mais ceux qui ont foi en l’amour doivent garder l’espérance*: c’est l’amour qui est le plus fort. Plus fort que la puissance de l’argent. Plus fort que la volonté de puissance et de domination. Plus fort que toutes les violences physiques et verbales. Plus fort même que la justice qui doit être dépassée dans la générosité:

Aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Vous serez fils du Très-Haut, lui qui est bienfaisant avec les ingrats et les mauvais (Lc 6,35-36).

Que doit faire le disciple de Jésus en attendant la venue d’un monde nouveau?

Ce monde nouveau est moins la fin de l’histoire que son accomplissement; il est moins la fin du monde que sa finalité. Comme le fruit est la finalité de la fleur et se trouve déjà tout entier dans la fleur. La fleur s’épanouit pour devenir fruit. Le monde n’existe que pour devenir le monde de Dieu, le royaume de Dieu. Ce qui est demandé au disciple n’est pas d’attendre une fin de monde en étant passif mais en travaillant à la venue de ce Jour. Ainsi, le disciple de Jésus doit-il être en ardente espérance de ce terme du monde: non pas l’attente de la fin comme d’un événement qui viendrait dénouer –comme par magie– le drame de l’humanité pécheresse. L’espérance engage au contraire chaque disciple à travailler avec force pour plus de justice et pour plus de bonté:

  • bonté à l’intérieur de la famille, dans le couple, entre parents et enfants;
  • bonté dans la société, dans l’attention à aider ceux qui sont vraiment mal pris. Chaque petit geste de bonté* peut être comparé à la graine qu’on sème et qui deviendra plante, fleur, fruit.
Jésus a-t-il dit quand ce Jour de son retour glorieux arriverait?

Quand viendra le Jour où la fleur deviendra fruit? Jésus affirme avec force que la date du Jour du Fils de l’homme* n’est connue que de Dieu. Au sujet de ce jour-là et de l’heure, personne ne les connaît: ni les anges des cieux ni le fils; sinon le Père, seul (Mt 24,36). Cette venue glorieuse du Fils de l’homme est comparée à celle d’un voleur pour dire qu’elle ne peut être programmée. C’est dans tout le quotidien, jour après jour, que nous décidons d’être fidèles –ou non– à la bonté.

Deux seront au champ, l’un sera pris, l’autre laissé.

Est-ce à dire que ce sera du 50-50? une division de l’humanité en deux fractions quasi identiques: les bons et les méchants? Tant que nous sommes vivants, nous ne sommes ni définitivement bons ni foncièrement méchants. Nous sommes des êtres humains, capables certes du pire mais aussi du meilleur. En chaque humain il y a cette double option: être avec Dieu dans la bonté, ou être sans Dieu, sans justice, sans amour. Ou bien l’amour nous conduit à la communion, ou bien l’égoïsme nous aura conduit à la solitude; ou bien l’amour nous aura permis d’accueillir Dieu dans notre vie –et nous serons pour toujours avec Lui–, ou bien l’égoïsme nous aura fermés aux visites silencieuses de Dieu –et nous serons à jamais éloignés de Lui. Ou bien nous serons rassemblés par le Fils de l’homme dans une grande fraternité, ou nous serons marginalisés à jamais.

Pour aller plus loin:

Fils de l’homme*

Pourquoi Jésus a-t-il choisi de se présenter comme le Fils de l’homme? Peut-être parce que, dans le livre de Daniel, le Fils de l’Homme représente tous les saints, c’est-à-dire tous les fidèles de Dieu. Si au verset 14, on lit:

Au Fils de l’Homme est donné souveraineté, gloire et royauté,

au verset 27 la formulation est changée:

Quant à la royauté, la souveraineté et la grandeur de tous les royaumes, elles ont été données au peuple des saints du Très-Haut.

Le peuple des saints est associé au Fils de l’homme. Il n’est plus question de triomphe de Dieu par la force des armées ou par les cataclysmes: mais ce sont les saints du Très-Haut, les fils de Dieu qui reçoivent de Lui la royauté pour toujours. Cette royauté est le rassemblement des humains dans la fraternité, dans la paternité de Dieu. Le Fils de l’homme –et ceux qui sont unis à lui, réunis en lui– sont tous les fils et filles de Dieu qui pratiquent la bonté généreuse.

bonté*

Dans l’Esprit du don, un sociologue québécois, Jacques Gotbout dit sa conviction que la gratuité est la chance de la société moderne. Pourquoi? Parce que le don est le seul a tissé des liens vrais entre des personnes. Le rapport de justice nous dispense d’établir un rapport personnel, affirme-t-il. Le don, c’est la gratuité. Qu’est-ce que la gratuité? sinon l’amour dans ce qu’il est le plus vrai. Il ne s’agit pas de délaisser la justice, loin de là! Mais la justice est basée sur le donnant-donnant. Elle fait rendre à chacun selon son dû, selon ses actes. Godbout dit «qu’un couple qui vise l’égalité dans l’ensemble de ses échanges est un couple dont la dynamique l’entraîne vers la rivalité permanente, vers la rupture» (L’esprit du don, Boréal 1992, p.253). Ce qui est vrai du couple ne l’est-il pas de tout groupe humain? des états?

Le cinéaste Claude Lelouch, qui est juif, rappelait que sa maman, qui était catholique, a épousé la religion juive au moment de son mariage pour être en solidarité avec son mari alors que le nazisme commençait à arrêter et à déporter les Juifs dans les camps de concentration. Une telle solidarité va au-delà de ce que la stricte justice demande. Et Lelouch illustrait ce fait en citant Jésus:

il n’y a pas de plus grand amour que de livrer sa vie pour ceux qu’on aime.

Y travailler par sa capacité de vivre du don et de la gratuité. Y travailler en étant attentif à tous les gestes de bonté qui se vivent, et cela bien souvent secrètement et humblement. À chaque heure, en chaque circonstance, l’Esprit de Dieu est à l’œuvre et transforme secrètement les cœurs humains qui l’accueillent, que ces cœurs soient des coeurs croyants ou non.

la date du Jour du Fils de l’homme*

Jésus se fait l’écho de textes juifs comme celui d’Esdras (4 Esdras 8,63).

Voici, Seigneur, Tu m’as fait connaître un grand nombre de signes qui doivent arriver à la fin des temps. Mais Tu ne m’as pas fait connaître en quel temps ils se produiront.

On trouve la même idée dans les commentaires d’Habacuc:

Dieu dit à Habacuc d’écrire les choses qui arriveront à la dernière génération, mais la consommation du temps, il ne la lui fit pas connaître. Tous les temps de Dieu arrivent lors de leur terme, conformément à ce qu’Il a décrété à leur sujet dans les mystères de sa prudence. Le temps ultime sera de longue durée et dépassera tout ce qu’ont dit les prophètes, car les mystères de Dieu sont merveilleux (Commentaire d’Habacuc VII, 1-3).

On ne sait pas le Jour, ce qui va à l’encontre de tous ceux qui nous prédisent des dates de fin du monde. C’est que la venue d’un monde selon le cœur de Dieu dépend de la liberté de chaque être humain. Et c’est à tout instant, dans toutes les circonstances que chaque être doit choisir entre l’amour et le refus de l’amour.

C’est pourquoi soyez prêts car c’est à une heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme vient!

Dieu ne peut être lui-même qu’en attente de cette victoire de l’amour. Mais il se porte garant: le bien triomphera du mal car Dieu ne désespère jamais de personne.

garder l’espérance*

Le disciple de Jésus n’est ni un pessimiste ni un optimiste. Il est appelé à devenir un être d’espérance, certain que chaque humain peut progresser de l’égoïsme vers une plus grande solidarité, mais sachant aussi que tout cela ne peut se faire qu’à travers les combats quotidiens de la bonté et du pardon. Cette vision du monde est-elle réaliste? La justice est déjà difficile… mais la bonté sans exclusion ni condition…? Pour Jésus, c’est la bonté généreuse qui sauvera le monde, qui achèvera la construction du monde tel que Dieu le veut. Et Dieu se propose de vivre avec nous cette bonté chaque jour, dans le quotidien. L’espérance du disciple de Jésus vient de sa communion avec Jésus, le Fils de l’Homme, qui est ressuscité: c’est-à-dire qui a triomphé dans sa propre vie des forces du mal et de la mort.

Georges Convert

»»» Questions
  1. Pour la Bible, la fin du monde est-elle la destruction de l’univers?
  2. Quel est le sens de la venue glorieuse du Fils de l’homme?
  3. Jésus a-t-il donné des indications sur le moment de sa venue glorieuse?
  4. Pour Jésus, qu’est-ce qui sauve l’humanité?
  5. Pour Jésus, l’humanité se divise-t-elle en deux camps: les bons et les malfaisants?
  6. Cette vision de deux camps est-elle partagée aujourd’hui par des groupes?
  7. Comment chacun peut-il travailler à la venue d’un monde selon Dieu?
  8. Quelle est l’attitude chrétienne devant celui qui fait le mal?

 

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