Évangile du dimanche 30 septembre 2018

26e dimanche ordinaire (année B), selon l’écrit de Marc 9, 38-48

Du pain sur la table

38 Jean déclare [à Jésus]:
Maître, nous avons vu quelqu’un qui expulse des démons en ton nom.
Nous l’empêchions parce qu’il n’était pas de notre suite.

39 Mais Jésus dit: Ne l’empêchez pas!
Il n’est personne qui fasse un miracle en mon nom
et puisse aussitôt après parler en mal de moi.

40 Car qui n’est pas contre nous est pour nous.

41 Qui nous donne à boire un verre d’eau au nom de ce que vous êtes à Christ,
amen je vous dis qu’il ne perdra pas sa récompense.

42 Qui sera un scandale, une occasion de chute,
pour un seul de ces petits qui ont foi en moi,
il est meilleur pour lui qu’une meule d’âne lui soit
mise autour du cou et qu’il soit jeté à la mer.

43 Si ta main est pour toi occasion de chute, coupe-la!
Il est meilleur pour toi d’entrer manchot dans la vie
plutôt que de t’en aller avec tes deux mains dans la géhenne,
dans le feu qui ne s’éteint pas.

45 Et si ton pied est pour toi occasion de chute, coupe-le!
Il est meilleur pour toi d’entrer boiteux dans la vie
plutôt que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne.

47 Et si ton oeil est pour toi occasion de chute, arrache-le!
Il est meilleur pour toi d’entrer avec un seul oeil dans le Règne de Dieu
plutôt que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne,

48 où leur vermine ne meurt pas et le feu ne s’éteint pas.

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Le commentaire du pain sur la table,

par Georges Convert.

Que voilà un texte terrible où il semble difficile de reconnaître le Christ miséricordieux.
Quels liens y a t-il entre ces enseignements qui semblent dispersés.

La place de ce texte dans le récit de Marc
Nous sommes dans la seconde partie du récit évangélique de Marc.
La première partie a raconté la prédication de Jésus en Galilée.
La seconde décrit la marche vers la passion qui se déroulera à Jérusalem.
Cette marche est scandée par 3 annonces de la mort de Jésus (8,31; 9,30; 10,32).
À chaque annonce correspond une description de l’incompréhension des disciples
à laquelle succède un enseignement de Jésus.
Notre texte se situe dans la suite de la seconde annonce.
Les disciples se préoccupent de savoir qui est le plus grand dans le règne de Dieu.
Jésus en profite pour donner une leçon de choses à travers l’accueil du jeune serviteur.
L’entretien se déroule “à la maison” (v. 33),
probablement celle de Simon-Pierre à Capharnaüm,
là où Jésus semble revenir après chacune de ses missions en Galilée.
Jésus y rassemble le noyau de ses disciples.
C’est là qu’il leur donne un enseignement plus complet que celui donné aux foules.

Quel lien y a-t-il entre ces divers enseignements?
Marc rassemble ici une suite de paroles de Jésus réunis par des mots-crochets.
Ce procédé était alors courant chez les enseigneurs, car il favorisait la mémoire.
Après Pâques, dans les communautés, l’enseignement continue à être oral;
et donc, pendant de nombreuses années, la transmission de l’Évangile utilisera
les procédés qui permettent de mémoriser facilement l’enseignement de Jésus.
Rappelons aussi que la catéchèse de Jésus prend souvent forme à partir de questions.
Questions et réponses s’enchaînent les unes aux autres.
Nous avons ici une bonne illustration de cette méthode.
Notre texte prend suite après l’enseignement mimé de Jésus sur l’accueil.
Prenant un jeune garçon, il l’embrasse en disant:
Qui accueille un jeune garçon comme celui-là en mon nom,
c’est moi qu’il accueille
  (9,37).
Ainsi l’expression «en mon nom» amène la question de l’exorciste
qui agit «au nom de Jésus» (versets 38-40).
Cette question sur l’exorciste a interrompu l’enseignement de Jésus sur l’accueil.
Celui-ci reprend donc au verset 41 qui parle du verre d’eau donné au disciple
qui est ainsi accueilli «au nom de ce qu’il est à Christ».
Le verset qui suit (v. 42) traite du scandale des petits. Quel lien y a-t-il?
Le mot qui faisait crochet avec le verset 41 a disparu dans le texte de Marc,
alors que le texte parallèle de Matthieu porte le mot “petits”:
Qui fait boire un verre d’eau à un seul de ces petits au nom de [ce qu’il est] disciple  (Mt 10,42).
Enfin le mot “scandale” va rythmer les versets 42 à 48.

Personne ne peut faire un miracle en mon nom et
aussitôt après parler en mal de moi.

Rappelons-nous d’abord le sens fort de l’expression «en mon nom».
Dans la Bible, le nom exprime l’identité de la personne: ce qu’elle est et fait.
Ainsi le nom leshoua  (qu’on a francisé en Jésus) signifie: Dieu sauve.
Quand l’identité de la personne change, son nom peut changer:
ainsi Simon devenant le leader des Douze va être nommé Kephas,  c’est-à-dire Roc.
On peut comprendre cela en pensant aux surnoms dans la langue française,
qui sont devenus parfois des noms de famille: Latendresse, Labonté, Legrand.
Le surnom décrivait à l’origine la personne auquel il était donné.
Mais agir au nom de quelqu’un, c’est le re-présenter, le rendre présent.
Ici il s’agit d’agir dans le nom de Jésus, conformément à sa volonté, à son projet.
Agir en communion avec lui, avec un même esprit, voire selon son esprit.
Ici, Jésus manifeste son accord à ce que quelqu’un fasse le bien «en son nom»,
même si celui-là n’est pas du groupe des disciples.
Certes, il a choisi des disciples qu’il envoie comme ses propres représentants
afin que son Évangile soit proclamé.
Mais la réalisation du règne de Dieu n’appartient pas aux seuls disciples de Jésus.
La réaction de Jean (nous l’avons empêché) est conforme à ce qu’on sait de lui
et de son frère Jacques. Ils étaient appelés les fils du tonnerre (cf. Mc 3,17):
(Lc 9,52-54) Ils entrèrent dans un village samaritain…
Mais on ne le reçut pas, parce qu’il faisait route vers Jérusalem.
Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent:
«Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer?»

Mais cette réaction reflète aussi la société juive du temps.
Elle était en effet divisée en de nombreux mouvements qui s’opposaient entre eux.
Les Pharisiens ne supportaient pas la vision des zélotes
sur la façon de libérer le pays du joug romain.
Les Esséniens s’opposaient farouchement aux Sadducéens
à propos du Temple et des grands-prêtres.
Jésus veut surpasser ces divisions pour faire l’unité autour de son message:
J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos;
celles-là aussi, il faut que je les mène; elles écouteront ma voix;
et il y aura un seul troupeau, un seul pasteur (Jn 10,16).
D’après les lettres de Paul, les 1ères communautés chrétiennes connaîtront des divisions:
(1Co 1,12 et 3,4-6) J’entends par là que chacun de vous dit:
«Moi, je suis à Paul. Et moi, à Apollos. Et moi, à Céphas. Et moi, au Christ»
Lorsque vous dites à I’un: «Moi, je suis à Paul», et l’autre: «Moi, à Apollos»,
n’est-ce pas là bien humain? Qu’est-ce donc qu’Apollos? Et qu’est-ce que Paul?
Des serviteurs par qui vous avez embrassé la foi,
et chacun d’eux selon ce que le Seigneur lui a donné.
Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé; mais c’est Dieu qui donnait la croissance.

Qui n’est pas contre nous est pour nous.
Celui qui n’agit pas contre l’Évangile, qui ne cherche pas à diviser mais à unir,
celui-là agit donc dans le sens de l’oeuvre de Jésus.
Il travaille lui aussi à l’avènement du règne de Dieu.
Jésus parlera ailleurs de ceux qui n’agissent pas selon son esprit (Mt 12,30):
Celui qui n’est pas avec moi est contre moi;
celui qui ne rassemble pas avec moi disperse.

Mais il ne s’agit pas d’un accord extérieur, il faut une communion de pensée et d’action.
Jésus montrera que certains sont de fait en dehors de cette communion,
même s’ils font partie du groupe de ses auditeurs:
Méfiez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous déguisés en brebis,
mais au-dedans sont des loups rapaces. C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.
Ainsi tout arbre bon produit de bons fruits,
tandis que l’arbre gâté produit de mauvais fruits.
Ce n’est pas en disant Seigneur, Seigneur, qu’on entrera dans le Règne des Cieux,
mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux
Beaucoup me diront en ce jour-là:
«Seigneur Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé?
En ton nom que nous avons chassé les démons?
En ton nom que nous avons fait bien des miracles?»
Alors je leur dirai en face: Jamais je ne vous ai connus
  (Mt 7,15-23).
Ceux qui contribuent à bâtir le règne de Dieu sur notre terre,
ce sont ceux qui agissent selon le désir de Dieu: la communion entre les humains.
Cet enseignement de Jésus vaut toujours pour nous, disciples d’aujourd’hui.
On peut être chrétien par le baptême et par la pratique de l’Eucharistie
et pourtant ne pas travailler à la progression du règne de Dieu ici et maintenant.
On peut aussi être membre d’une autre confession religieuse, et même incroyant,
et pourtant agir selon l’esprit de Jésus et de son Évangile.
Là où l’on vit l’amour vrai, la bonté généreuse, une solidarité sans frontières,
là est présent l’Esprit de Dieu.
Et là se trouve réalisée la fraternité telle que voulue par Dieu: son règne.
Certains athéismes s’expliquent, hélas,
parce que les chrétiens présentent trop souvent un visage de Dieu défiguré.
Le règne de Dieu dépasse les frontières de l’Église.
Heureusement qu’il en est ainsi car il y a et il y aura tant de milliards d’êtres humains
qui n’auront pu avoir une vraie connaissance du Dieu de Jésus:
ceux et celles qui sont nés avant que Dieu ne se révèle à travers Jésus de Nazareth,
et ceux et celles qui naissent aujourd’hui dans des pays
où la tradition religieuse est majoritairement autre: musulmane, bouddhiste, etc.
Tous ceux-là sont spirituellement unis à Jésus, au Christ, s’ils vivent selon son esprit.

Qui vous donne à boire un verre d’eau au nom de ce que vous êtes à Christ
amen je vous dis qu’il ne perdra pas sa récompense.

On peut se demander si l’expression «au nom de ce que vous êtes à Christ»
vient de Jésus lui-même ou appartient au langage des premiers chrétiens.
Peu importe. La leçon à retenir est la même:
qui appartient à Christ est quelqu’un qui n’est pas riche selon les valeurs du monde,
mais qui doit être comme son maître: un serviteur.
Donner un verre d’eau est un geste tout simple.
Mais il devient un geste totalement gratuit quand il est accompli
pour quelqu’un qui est un petit, qui passe aux yeux du monde pour un être sans intérêt.
Le récit parallèle de Matthieu a d’ailleurs précisé qui est le disciple: c’est le petit.
Qui donnera à boire, ne serait-ce qu’un verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits
pour son nom de disciple, il ne perdra pas sa récompense
  (Mt 10,42).
La parabole du jugement dernier décrit aussi le disciple comme un petit:
Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères,
c’est à moi que vous l’avez fait
  (Mt 25,40).
Jésus ne peut s’identifier qu’à des disciples qui se font véritablement petits, serviteurs.
Jésus lui-même s’est fait le serviteur de ses frères. Pourquoi?
Peut-être parce que c’est dans le service au petit qu’est sauvée la gratuité  de l’amour.
Donner à boire à ceux qui ont quelque titre à recevoir ce geste:
un patron, un ami, un riche (mais à ceux-là on donne souvent plus que de l’eau),
cela peut toujours être perçu comme un geste intéressé, sans gratuité:
je fais ce geste parce que je suis payé pour, parce que l’autre pourra me le rendre,
je fais ce geste parce que cela me rapportera de l’attention, de l’amitié en retour.
Les gestes faits envers un jeune serviteur, envers un petit, ne sont pas dûs
et ils ne provoquent aucun retour, aucun échange.
Ils se situent sur le plan de la gratuité et ils font donc vivre de la vie même de Dieu.
Comment comprendre que celui qui l’accomplit ne perdra pas sa récompense?
On retrouve ici l’enseignement qui suit les béatitudes:
Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous?  (Mt 5,46).
Celui qui donne en espérant un retour, celui-là reçoit des humains son dû.
Seul celui qui donne sans rien espérer en retour,
recevra de Dieu sa récompense, comme dit le proverbe biblique (Pr 19,17):
Qui donne gratuitement au pauvre, prête à Dieu qui paiera le bienfait de retour.
Ce qu’une femme de chez nous traduisait:
«Qui donne aux pauvres, prête à Dieu… mais c’est la vie qui le lui rend.»
Dieu rendra… généreusement.. sur-abondamment…
mais quand Il le voudra, et non pour acquitter une redevance.
Dieu d’ailleurs ne rend pas directement, le plus souvent. Ce qu’ll donne,
Il le donne par la vie quotidienne, d’une façon anonyme,
et ainsi cela ne pourra être perçu comme un retour équivalent à ce qu’on aura donné au pauvre.
Ce que Dieu donne en priorité, c’est son Esprit pour nous faire vivre de sa vie.
Et seuls les gestes de gratuité seront porteurs de vie divine (Mc 10,29-30):
Personne n’aura laissé maison, frères, soeurs, mère, père, enfants et champs
à cause de moi et de l’Évangile,
sans qu’il ne reçoive au centuple dans le monde qui vient: la vie éternelle.

Parce que les gestes faits aux humbles sont plus sûrement des gestes gratuits,
ce sont ces gestes qui pourront être porteurs pour nous de vie divine.
Et cela est plus facilement perçu par les gens qui sont dépourvus de titres et d’argent
N’est-ce pas cette vérité qui fera naître la prière de Jésus (Mt 11,25):
Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre,
d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de l’avoir révélé aux tout-petits.

Qui sera un scandale pour un de ces petits qui ont foi [en moi]
il est meilleur pour lui qu’une meule d’âne lui soit mise autour du cou..
.
Voilà maintenant une suite de phrases reliées par le mot “scandale”.
Dans le langage biblique, le “scandale” n’est pas d’abord un mauvais exemple
ni un fait révoltant
L’image que traduit ce mot est celle d’un obstacle: ce qui fait “chuter” quelqu’un.
Pris dans le sens figuré, ce sera tout ce qui fait tomber quelqu’un
en l’entraînant dans un chemin qui n’est pas celui du bien et de l’amour.
C’est ainsi qu’on peut traduire scandale par “occasion de chute”.
Donnons un exemple: celui de Pierre qui cherche à détourner Jésus
du choix qu’il a fait de donner volontairement sa vie
en se livrant aux chefs religieux qui veulent l’arrêter et le condamner.
Jésus va lui répondre avec vivacité:
Retire-toi! Derrière moi, Satan! Tu es pour moi un “scandale”!
Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des humains
  (Mt 16,23).
Certes Pierre ne peut supporter l’idée de la mort de son maître.
Mais dans cette réaction de Pierre, Jésus voit plus profondément:
ce qui est en jeu est la valeur du pardon.
Face aux adversaires de Jésus et au mal qu’ils veulent lui faire,
Pierre croit davantage à la Colère de Dieu qui devrait punir les mal-faisants
qu’au pardon de Jésus qui veut dire l’amour par le don de sa vie sur la croix.
Le récit des tentations au désert (cf. Lc 4,5-7) nous dit
que Jésus a été tenté de douter de la force du pardon pour vaincre le mal
et qu’il a pu envisager les moyens de la violence,
qui sont ceux du “monde” dominé par le Malin.
Paul parlera du scandale à propos des viandes
qui étaient utilisées pour les sacrifices aux dieux dans les temples païens.
Ces viandes se retrouvaient vendues par les prêtres païens.
Un chrétien avait-il le droit d’acheter de telles viandes?
Certains optaient pour la négative,
considérant que manger ces viandes signifiait qu’on croyait aux idoles.
Paul dira que, puisque les idoles n’existent pas, on peut manger de ces viandes.
Mais si notre attitude doit entraîner celui qui mange à perdre sa foi dans le vrai Dieu,
si cela doit le faire chuter, le “scandaliser”, alors il faut s’abstenir d’en manger:

Il n’y a pour nous qu’un seul Dieu, le Père, et un seul Seigneur, Jésus…
Mais prenez garde que cette liberté qui est la vôtre
ne devienne pas scandale [occasion de chute] pour les faibles.
En péchant ainsi contre vos frères et en blessant leur conscience qui est faible,
c’est contre Christ que vous péchez
  (1Co 8,6.9.12).
Jésus parle du scandale qui fait tomber le “petit qui croit”.
Il est sans doute plus pervers de s’attaquer à un petit qu’à quelqu’un de fort.
Mais ce “petit qui croit” est surtout l’image du véritable disciple,
ce petit qui doit être le serviteur de ses frères.
L’on pourrait donc faire dire à Jésus:
«Qui scandalise et fait tomber un petit, c’est comme s’il voulait me faire tomber.»
Le geste fait à l’égard du petit, de l’humble, est un geste fait à l’égard de Jésus.
Il atteint le coeur du Père qui souffre de ce qui brise la communion entre ses fils et filles.
Briser volontairement la confiance entre un fils de Dieu et le Père,
c’est détruire également la communion entre soi et le Père.
On comprend alors mieux la sévérité de la mise en garde:
il est meilleur pour lui qu’une meule d’âne lui soit mise autour du cou et
qu’il soit jeté à la mer.

Il s’agit ici de cette meule de grande taille employée pour moudre le grain.
Un homme ne pouvait la faire tourner à la main et c’est l’âne qui était utilisé.
L’image empruntée par Jésus peut faire allusion au supplice de la noyade
qui était employée alors par les Romains pour les condamnés à mort.
On jetait à la mer le condamné en lui attachant cette meule autour du cou.
Jésus enjoint alors de tout faire pour ne pas faire tomber son frère:
coupe ta main, coupe ton pied, arrache ton oeil.
Les propos sont brutaux, même si les chrétiens ne les ont jamais pris à la lettre.
Jésus ne demande pas en effet de se mutiler.
Les expressions drastiques qu’il utilise disent à quel point le scandale l’atteint:
parce que le scandale peut faire perdre ce bien absolu qu’est la vie divine.
Le scandale brise la vie véritable dans le coeur de l’être humain.
Il nous empêche de réaliser notre vraie vocation qui est de devenir fils, fille de Dieu.
Ces expressions disent le tragique d’une existence qui se sépare de la Source de Vie
et se sépare alors du vrai bonheur, du bonheur qui dure en vie d’éternité.
Le scandale est un malheur tragique.
Il l’est autant pour celui qui subit le scandale que pour celui qui l’occasionne.
Pour l’un comme pour l’autre, il aboutit à la destruction de la communion avec Dieu.
Il faut donc aller jusqu’à sacrifier un peu -ou parfois le tout- de sa vie physique-
afin de sauver la vie spirituelle, la vie divine en soi (Mc 8,35-36):
Qui veut sauver sa vie la perdra,
mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera.
Quel avantage l’homme a-t-il à gagner le monde entier s’il le paie de sa vie?

De telles phrases dans la bouche de Jésus ne devraient-elles pas nous alerter?
Nous sommes en effet si peu conscients de cette beauté divine qui est en nous.
Jésus lui-même saura donner sa vie physique pour sauver en lui l’amour divin.
Devant le rejet dont il était victime de la part de l’élite religieuse,
devant l’abandon et le reniement de ses disciples,
il aurait pu se révolter et condamner ceux qui le reniaient.
Il a préféré continuer à donner son amour à tous, croire en la force de la bonté,
et pardonner au prix de sa vie physique.

… plutôt que de t’en aller avec tes deux mains dans la géhenne.
La géhenne vient dire l’importance de la communion avec Dieu, mais par contraste.
La géhenne était une vallée au pied de la colline du Temple de Jérusalem.
À l’époque de Jésus, elle servait de décharge publique: les ordures s’y accumulaient
et elles brûlaient nuit et jour.
Ainsi cette vallée évoquait un lieu où le feu ne s’éteint pas,
symbole du séjour de l’enfer et de ses tortures.

Cela évoquait le sort réservé à ceux qui s’étaient fermés à l’amour de Dieu.
On se souvient de la parabole de Lazare et du riche (Lc 16,23-24):
Au séjour des morts, comme il était à la torture, [le riche] leva les yeux et … s’écria:
Abraham mon père, aie compassion de moi
et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans I’eau pour me rafraîchir la langue,
car je souffre le supplice dans ces flammes.

Quel sens faut-il donner à ces images? Dieu punira-t-il si sévérement les pécheurs?
Ou ne faut-il pas voir là comme l’envers de l’amour fou de Dieu?
L’amour de Dieu est si grand, le bonheur de la communion divine si intense,
que ceux qui s’en privent volontairement sont dans le plus grand des malheurs,
connaissent la détresse la plus profonde.
Le langage humain est si pauvre pour décrire une telle détresse qu’il se sert des images qu’il connaît.
Mais celles-ci sont évidemment terriblement loin de la réalité.
Ces images d’enfer évoquent là où peut nous conduire notre liberté.
La grandeur de notre liberté est si grande
qu’elle peut nous conduire à faire notre propre mort spirituelle.
Devant l’incroyable amour de Dieu qui nous appelle à vivre de Lui et par Lui,
nous avons la liberté de dire oui ou de refuser.
Le malheur dénonce par Jésus est de nous fermer à l’Amour,
de refuser cette vie éternelle d’amour.
Ce qu’on appelle la justice de Dieu, n’est-ce pas la conséquence de notre liberté
qui entraîne dans la mort celui qui se sera totalement fermé à l’amour?
Mais Jésus nous dit
que ce refus pourra -toujours- se changer en accueil de la grâce toute gratuite de Dieu.
Comme le Père de l’enfant prodigue, Dieu ne peut cesser d’espérer en nous.
Il ne peut cesser de nous attendre pour vivre avec nous son amour infini.
Avec l’apôtre Paul, puissions-nous dire (Rm 9,32.35.39):
Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous?
Lui qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous,
omment, avec son Fils, ne nous donnerait-il pas tout?
Qui nous séparera de l’amour du Christ? …
Rien ne pourra nous séparé de l’amour de Dieu manifesté en Jésus notre Seigneur.

Georges Convert

 

»»» Questions

1. Que signifie, dans la Bible, l’expression: «en mon nom»?
2. Comment comprendre: Qui n’est pas contre nous est pour nous?
3. Quelle récompense recevra celui qui donne un verre d’eau à un petit?
4. Comment comprendre le langage de Jésus sur les conséquences du scandale?

 

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