Évangile du dimanche 7 juillet 2019

Évangile du 14e dimanche du temps ordinaire (année C), selon le récit de Luc (10, 1-22)

1 Le Seigneur désigne encore soixante-douze autres
et il les envoie deux par deux devant lui
en toute ville et en tout lieu où lui-même doit aller.

2 Il leur dit:
La moisson est abondante mais les ouvriers sont peu nombreux.
Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.

3 Allez! Je vous envoie comme des agneaux au milieu de loups.

4 N’emportez ni bourse, ni sac, ni sandales.
En chemin, ne vous attardez pas en salutations!

5 Dans toute maison où vous entrez, dites d’abord: «Paix à cette maison.»

6 S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui.
Sinon elle vous reviendra.

7 Restez dans cette maison: mangez et buvez ce qu’il y a chez eux.
Le travailleur mérite en effet son salaire.
Ne passez pas de maison en maison.

8 Dans toute ville où vous entrez et où vous êtes accueillis,
mangez ce qu’on vous sert.

9 Là, guérissez les malades
et dites-leur: «Le règne de Dieu est tout proche de vous!»

10 Dans toute ville où vous entrez et où vous n’êtes pas accueillis,
allez sur ses places et dites:

11 «Même la poussière de votre ville collée à nos pieds,
nous la secouons pour vous la laisser.
Pourtant sachez-le: Le règne de Dieu est tout proche.»

12 Je vous le déclare: au Jour [du jugement],
ce sera plus tolérable pour Sodome que pour cette ville.

13 Malheureuse es-tu, Corazine! Malheureuse es-tu, Bethsaïde!
Car si les miracles faits chez vous avaient été faits à Tyr et à Sidon,
il y a longtemps qu’elles se seraient converties, sous le sac et la cendre.

16 Celui qui vous écoute, c’est moi qu’il écoute;
celui qui vous rejette, c’est moi qu’il rejette
et celui qui me rejette, il rejette Celui qui m’a envoyé.

17 Les soixante-douze reviennent tout joyeux.
Ils racontent:
Seigneur, même les esprits mauvais nous sont soumis en ton Nom!

18 Jésus leur dit: Je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair.

19 Vous, je vous ai donné pouvoir d’écraser serpents et scorpions
–toute la puissance de l’ennemi– et rien ne pourra vous nuire.

20 Cependant ne vous réjouissez pas
parce que les esprits mauvais vous sont soumis
mais réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux.

21 À ce moment, Jésus déborde de joie sous l’action de l’Esprit-Saint
et il dit:
Père, Seigneur du ciel et de la terre,
je te loue d’avoir caché ces choses à des sages et des savants,
et de les avoir dévoilées à des petits et des humbles.
Oui, Père, tel est ton choix d’amour.

22 Tout m’a été remis par mon Père:
personne ne connaît qui est le fils, sauf le Père,
et personne ne connaît qui est le Père, sauf le fils,
et celui à qui le fils a dessein de le dévoiler.

Du pain sur la table


Fichier .pdf

Le commentaire du pain sur la table,

par Georges Convert.

«Jésus en désigne 72 qu’il envoie.»

Envoyés… par qui… vers qui… pour quoi?
Voilà, résumé en quelques mots, le sujet de notre réflexion autour de ce passage de l’Évangile.
Ce passage se situe au début de la section du récit de Luc que l’on appelle
“la montée vers Jérusalem”. Cette section débute au chapitre 9,51:
«Comme arrive le temps de son enlèvement, Jésus se détermine à monter vers Jérusalem»
et se termine au chapitre 19,27 où commence l’entrée dans la ville sainte.
Il y a déjà eu un premier envoi en mission, au chapitre 9 (1-6), qui concernait les Douze.
Mais, contrairement au récit de Matthieu, Luc va développer ici le discours d’envoi.

Le Seigneur désigne encore 72 autres
Ils sont 72… et non plus 12.
Ce chiffre représente dans le 1er livre de la Bible, la Genèse,
le nombre de tous les peuples de la terre.
La version hébraïque du chapitre 10 de la Genèse parle de 70 peuples et la version grecque de 72.
On retrouve également cette variante (70 ou 72) dans les divers manuscrits de Luc.
Le règne de Dieu ne s’arrête donc pas aux frontières d’Israël.
Cette mission des 72 commence en Samarie, la province jugée hérétique par les Juifs de Judée.
Mais ce sera à tout le monde païen que seront envoyés les témoins de Jésus après l’ascension:
Au nom [du Christ] on prêchera la conversion et le pardon à toutes les nations.
C’est vous qui en êtes les témoins
  (Lc 24,47-48).
Déjà le récit nous oriente dans ce sens lorsqu’il précise que les 72 sont envoyés
en toute ville et en tout lieu où lui-même doit aller.
Alors que Matthieu parle de villes et bourgades,
Luc parle de lieu, terme qui désigne des pays.
Il a sans doute à l’esprit la mission qui sera décrite dans les Actes
et qui va concerner, après la Pentecôte, tous les pays de la Méditerranée.
C’est peut-être pour cela que Luc place le récit de l’envoi des 72 vers la fin de la vie de Jésus.
Jésus va laisser place à ceux qui continueront sa mission.

Il les envoie deux par deux
Ils sont envoyés deux par deux,
car –dans la culture du peuple de la Bible– toute parole est crédible s’il y a au moins deux témoins.
C’est en effet ce que demande la Tora, au chapitre 19 (verset 15) du Deutéronome:
Un témoin ne se présentera pas seul contre qui aura commis un crime,
un péché ou une faute, quels qu’ils soient.
C’est sur les déclarations de deux ou de trois témoins qu’on pourra instruire l’affaire.

Ils sont envoyés en avant du Maître et Seigneur.
Contrairement au titre (mission des 72 disciples) donné souvent par les traducteurs de l’Évangile,
ils ne sont donc pas seulement des disciples, des élèves du Rabbi Jésus de Nazareth.
Ils sont des envoyés avec les pleins pouvoirs de celui qui les envoie.
Ils sont donc comme les Douze, ils sont des “apôtres”,
puisque ce mot est la traduction du verbe grec employé ici: apostellô (envoyer).
Ils sont même les représentants de l’Envoyeur:
Celui qui vous écoute, c’est moi qu’il écoute et celui qui vous rejette, c’est moi qu’il rejette.
Ils vont parler et agir en son Nom.
Les rabbins juifs disaient de l’envoyé, qu’il est comme l’Envoyeur lui-même.
Recevoir l’envoyé c’est donc recevoir l’Envoyeur.
Et les envoyés vont transmettre le message que l’Envoyeur leur a fait connaître.
Mais quel est le véritable envoyeur?
Ils sont envoyés par Jésus… mais Jésus est envoyé par le Père.
Et donc c’est indirectement le Père qui les envoie.
Qui les rejette, rejette Jésus le fils bien-aimé du Père dont il proclame le message,
et il rejette le Père qui envoie Jésus.
C’est sans doute ce que veut renforcer l’évocation du Jour du Jugement:
celui qui rejette la paix de Dieu, celui-là fait son propre malheur,
car il s’est éloigné de la source du vrai bonheur (cf les versets 12 et 13).

Je vous envoie comme des agneaux au milieu de loups
L’image des agneaux et des loups était utilisée par Israël
pour évoquer sa situation parmi les populations païennes.
Cette image du troupeau est aussi fréquemment reprise dans les Évangiles
pour désigner les disciples:
Je suis le bon pasteur. Le bon pasteur se dessaisit de sa vie pour ses brebis.
Le mercenaire, voit-il venir le loup abandonne les brebis…
 (Jn 10,11-12).
Ne crains pas, petit troupeau,
car il a plu à votre Père de vous donner le royaume
 (Lc 12,32).
Pour quelle mission sont-ils envoyés? Pour annoncer la paix (verset 5),
pour guérir, pour dire que le règne de Dieu est proche (verset 9).
Annoncer la paix: la paix est justement ce que –selon la tradition biblique–
le messie doit apporter au peuple de Dieu.
Pour un Juif, la paix est synonyme de concorde, d’unité, d’harmonie.
En ce sens, la guérison est aussi un élément de la paix.
La guérison, c’est une harmonie intérieure,
l’unité retrouvée de tout l’être au plan psychique et au plan physique.
La guérison apportée par Jésus et par ses envoyés ne peut jamais être seulement physique.
Elle est guérison autant de l’âme que du corps: guérison morale qui rendra le corps plus sain.
Les envoyés sont porteurs d’une paix intérieure –en chaque personne–
qui va aussi faire la paix entre les personnes:
dans la famille, dans le milieu de travail, au sein des groupes et des associations, dans la société.
C’est une paix qui vient de Dieu, de son Esprit
qui viendra habiter la maison familiale pour en faire la demeure de Dieu.
Mais une paix qui se propose sans jamais s’imposer.
En effet, imposer la paix, c’est la détruire, la renier.
S’il se trouve un être de paix, votre paix ira reposer sur lui.
Sinon, elle vous reviendra.

Mission difficile car, le plus souvent, le monde n’est pas un monde de paix.
Le monde des humains est dur: un monde de loups!
Il est animé par le chacun pour soi, par la violence, la domination
et l’exploitation de l’humain par son semblable: l’homme est un loup pour l’homme.
Dans ce milieu de loups, ceux que Jésus envoie devront être comme des agneaux.
L’agneau est symbole de douceur et de faiblesse.
Cette figure de l’agneau, l’Église des premiers temps l’applique à Jésus.
Jean l’évangéliste met ce qualificatif dans la bouche de Jean le baptiste, au baptême de Jésus.
Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Jn 1,29).
Cette image provient probablement des prophètes:
Jérémie se comparait à un agneau qu’on mène à l’abattoir (cf Jr 11,19)
et la même image se retrouve dans les chants du Serviteur chez le prophète Isaïe.
Face à la violence, l’envoyé de Jésus, comme Jésus, n’aura d’autre force que celle du don de soi:
comme l’agneau dont parlent ces chants du Serviteur.
Voici mon serviteur que je soutiens, dit Dieu, mon bien-aimé, objet de mon amour.
J’ai mis en lui mon esprit pour qu’il apporte à tous les peuples la droiture
 (Is 42,1).
Affreusement traité, il s’humilie: il est comme un agneau conduit à l’abattoir,
comme une brebis muette devant ceux qui vont la tondre.
Il ne crie pas, il n’élève pas le ton
 (Is 53,7).
Et le Serviteur dit de lui-même: Moi, je n’ai pas résisté…
J’ai tendu le dos à ceux qui me frappaient, les joues à ceux qui m’arrachaient la barbe.
Je n’ai pas soustrait ma face aux outrages et aux crachats
 (Is 50,5-6).
Pour tenter de comprendre comment la faiblesse peut être une puissance de vie,
j’emprunte à Stan Rougier cette phrase: «L’amour qui domine est un amour blessant.»
Les êtres blessés se sentent diminués, on ne peut donc les rejoindre qu’en étant soi-même petit.
Celui qui se croit fort ne peut véritablement aimer.
Il ne peut apporter le véritable amour.
Lao Tseu, un philosophe chinois (500 avant JC), a écrit ce beau texte:
«Quand il vient au monde, l’homme est souple et sans force.
Une fois mort, le voilà dur et raide.
Les roseaux et les grands arbres, quand ils sont encore petits, plient et sont fragiles.
Quand ils meurent, ils sont devenus secs et cassants.
C’est que force et dureté sont camarades de mort.
Docilité et souplesse sont amis de la vie. La force, en définitive, n’a jamais rien conquis.»

L’amour suppose l’humilité de celui qui veut avoir besoin de l’autre.
Car l’amour n’est jamais en sens unique: il implique la réciprocité.
Même en Dieu: Dieu est amour parce qu’il y a entre les trois –le Père et le Fils et l’Esprit–
une communion réciproque, un accueil mutuel, une solidarité, une sorte de complémentarité.

N’emportez ni argent, ni sac, ni sandales
Jésus s’est présenté comme l’humble frère, le serviteur au nom de l’amour,
le témoin d’un Dieu de tendresse et de pardon,
le pauvre qui n’a rien à donner en partage que son amour.
Les envoyés doivent aussi témoigner de cette pauvreté:
n’emportez ni argent, ni sac, ni sandales.
Ne misez pas sur l’avoir comme s’il était le but de votre vie mais soyez des témoins de l’amour.
Si le missionnaire a droit à son salaire (verset 7),
c’est un salaire pour subsister et non pour s’enrichir.
Matthieu dira que le missionnaire a droit à sa nourriture
et Luc explicite ce salaire en demandant de manger et de boire ce qui sera offert.

Père, je te loue d’avoir révélé ces choses à des petits et des humbles
Être un agneau au milieu des loups, c’est aussi être comme l’humble et le petit
au milieu de ceux qui se croient des sages et des savants.
Car seulement celui qui vit humble et vulnérable peut comprendre ce mystère de la vie
que Dieu révèle en Jésus:
la vie ne se déploie que dans l’humilité qui seule peut vaincre la force qui fait violence et domine;
la vie ne grandit que dans l’amour humble et généreux qui seul peut guérir les coeurs de l’égoïsme.
L’envoyé, humble et petit, sera ce signe de la tendresse et de l’humilité de Dieu.
J’aime bien cette parabole juive qui compare l’univers au Trône de Dieu.
«Pour tenir solidement, l’univers a été érigé sur 4 pieds. Mais l’un des pieds était trop court.
Alors Dieu a pris une petite pierre pour caler ce pied.
Cette petite pierre, c’est la tendresse, le don de l’amour généreux.»
Ce don qui vient de Dieu, source de tout amour.
Le monde ne peut se construire que sur cette petite pierre de la bonté généreuse.
Là se trouvent la joie et l’action de grâce de Jésus.
Ce mystère de l’amour ne se déploie que dans l’humilité et reste caché à des sages et à des savants.

Ne vous réjouissez pas parce que les esprits mauvais vous sont soumis,
mais réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux

Tout au long de l’histoire humaine, il nous faut prier
pour que des coeurs humbles accueillent la mission du Père;
pour qu’ils deviennent véritablement des envoyés,
fidèles à l’esprit de Celui qui les envoie.
La joie de ces ouvriers, de ces envoyés ne se trouve pas dans la victoire contre le mal.
Ils savent trop qu’ils sont eux-mêmes des êtres fragiles et pécheurs,
et qu’à certaines heures ils peuvent être comme des loups.
C’est en accueillant pour eux-mêmes la tendresse et le pardon de Dieu,
qu’ils deviennent témoins de Dieu comme source de paix.
Ils puisent leur joie dans le regard de Dieu…
dans le regard d’un Père, un regard qui dit et redit l’amour.
C’est là qu’ils puisent cette certitude dont ils doivent être les témoins.
Certains théologiens et spirituels se font les défenseurs d’un Dieu tout-puissant, du Dieu Très-Haut,
et ils ont raison car Dieu est l’Inaccessible dont on ne sait rien…
mais Jésus dit que Dieu, le Dieu tout-puissant, créateur éternel des univers infinis,
est aussi et d’abord notre Père.

Personne ne connaît qui est le Père, sauf le fils…
Jésus nous invite à cette intimité avec ce Père qu’il appelle Abba, notre Papa.
L’adoration –toute pleine d’un respect sacré pour la Divine Trinité– va de pair avec cette confiance
qui nous permet de nous abandonner à ce Papa, comme l’humain,
lorsqu’il est tout-petit, se jette avec confiance dans les bras de son père, de sa mère.
C’est parce qu’Il s’offre à nous comme Père, comme Papa, que Dieu est proche.
Certains scribes et pharisiens du temps de Jésus
–et de tous les temps– sont préoccupés de la justice,
de la droiture de l’humain devant le Dieu parfait.
Ils ont raison, pour une part, en ce qu’ils proposent une vie de sainteté.
Mais le Dieu-Père de Jésus n’est pas le Dieu juge qui calcule fautes et gestes méritoires
pour mesurer punition et récompense;
un tel Dieu est et restera toujours un Dieu lointain et inaccessible pour l’être humain pécheur.
Ce visage de Dieu nous est trop naturel.
Il est tellement semblable à la façon dont nous concevons les relations entre humains.
Depuis notre enfance, nous sommes éduqués à mériter l’estime:
à croire que pour être aimés de nos proches, il faut être aimables;
à croire qu’il faut être grand et fort pour mériter de Dieu.
Dieu, le Dieu de la Tora,  de la Règle de vie, le Dieu Juge du bien et du mal,
est aussi et d’abord le Père qui par-donne son amour toujours et sans condition.
Il est le Père remué jusqu’aux entrailles
devant la souffrance morale de ses fils et de ses filles.
C’est parce qu’Il est pardon que Dieu est proche.

… et celui à qui le fils a dessein de le dévoiler
Ce que le Fils premier-né, Jésus, a eu le dessein de dévoiler,
ce même dessein, ce projet du Père, est maintenant dévolu à toute fille, tout fils du Père.
Les envoyés du pasteur devront proposer le message à tous les humains
pour réunir les fils et les filles de Dieu qui sont dispersés.
Jean traduira ainsi cette mission:
La Parole [de Dieu] est venue dans le monde…
À ceux qui l’ont reçue, elle donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu
 (Jn 1,11-12).
Pour Jésus –et donc pour ceux qu’il envoie–, il n’y a plus ni blanc ni noir, ni riche ni pauvre…
Paul dira aux chrétiens de la ville de Colosses:
Il n’y a plus Grec et Juif; circoncis et incirconcis, barbare, Scythe, esclave, homme libre,
mais Christ: il est tout et en tous
 (Col 3,11).
Tout chrétien doit être, par définition, un frère, une soeur catholique:
c’est à dire universel, selon le sens propre du mot grec katolikos
qu’on traduit en français par catholique.
Tout groupe chrétien, pour être catholique, doit donc être ouvert à tous, sans exclusive.
Le règne de Dieu ne peut être enfermé dans un peuple, dans une société, dans une Église.
Jésus souligne qu’il pourra arriver
que des païens accueilleront plus facilement le message de Dieu que des Juifs.
Les villes de Tyr et de Sidon, évoquées ici, sont dans l’Évangile
le symbole des villes païennes qui ont accueillis plus facilement le message
que certaines villes juives où les coeurs sont endurcis.
Si certains païens accueillent Dieu plus facilement que certains Juifs,
ce n’est pas parce qu’ils ont une meilleure vie morale…
mais parce qu’en ne peuvant s’appuyer sur leur titre de membres du peuple de Dieu,
ils ne peuvent que se confier au Dieu qui pardonne.
Dieu n’est proche que de ceux qui l’accueillent tout simplement sans vouloir mériter de Dieu.
Il faut faire l’expérience de nous laisser aimer du Dieu-Père
pour que vienne en nous une paix que rien ne peut ravir.
Seuls des êtres habités par la paix de Dieu peuvent devenir les envoyés de Jésus.
Être témoins de la paix que Dieu nous donne, tout l’Évangile de Jésus est là:
«Mon frère, ma soeur, Dieu est proche et Il t’aime.»
Chrétiennes et chrétiens d’aujourd’hui, nous sommes envoyés au monde pour en témoigner.
Nous sommes envoyés «en toute ville et en tout lieu où Jésus doit aller.»
La moisson est abondante et le troupeau du Christ toujours petit.
Grégoire le Grand, un pape de la fin du 6e siècle, disait aux chrétiens:
«Les ouvriers sont peu nombreux pour une abondante moisson.
S’il ne manque pas d’auditeurs pour la bonne Parole, il manque d’hommes pour la porter.
Celui qui reçoit le ministère de la parole, ne doit pas faire le mal
mais le supporter afin d’apaiser, par sa douceur même, la colère de ceux qui le persécutent
et afin de guérir chez les autres les blessures de leurs péchés, tout blessé qu’il est lui-même.»

Notre zèle doit procéder de l’amour.
Dans un monde souvent dirigé par les loups,
les chrétiens –pour être missionnaires– doivent être des agneaux.
Mais cette image est loin de dire la résignation du pauvre face aux puissants et aux riches.
Elle évoque plutôt la victoire de Celui qui déploie sa force dans notre faiblesse,
comme le dira Paul:
Mais il m’a déclaré:
«Ma grâce te suffit; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse».
Aussi mettrai-je mon orgueil bien plutôt dans mes faiblesses,
afin que repose sur moi la puissance du Christ.
Donc je me complais dans les faiblesses, les insultes, les contraintes,
les persécutions et les angoisses pour Christ!
Car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort
 (2Co 12,9-10).
L’Apocalypse de Jean décrira ainsi l’Agneau vainqueur du mal:
Il est digne, l’agneau immolé, de recevoir puissance, richesse, sagesse,
force, honneur, gloire et louange
 (Ap 5,12).
Malgré le petit nombre des disciples du Christ Jésus,
malgré l’apparente faiblesse des forces du bien et de l’amour dans notre monde,
Jésus est source d’une espérance indéfectible
qui doit faire de ses envoyés des témoins de l’amour plus fort que la mort et le mal.
Madeleine Delbrêl disait:
«En face de l’Évangile, ce n’est pas d’être peu nombreux qui est grave,
c’est d’être immobile ou de marcher comme des vieillards»

(Indivisible amour, Centurion 1991, p. 47).
La promesse de Jésus demeure, à travers les siècles:
Ne crains pas, tout petit troupeau.
Il a plu à votre Père de vous donner le royaume
 (Lc 12,32).

        Le mal est trop présent, mon coeur est triste.
Jésus révèle-toi en ma tristesse,
par le pauvre et le petit,
par le simple et le pacifique.
Viens, demeure en mon coeur
et qu’à travers mes malheurs
je sache retrouver tes couleurs:
amour du don, silence de paix
qui respecte et guérit.  Amen!

Georges Convert

»»» Questions

1. Que veut dire le mot “apôtre”?
2. Pourquoi les apôtres sont-ils envoyés deux par deux?
3. Quel est le véritable Envoyeur?
4. Pourquoi ce chiffre de 72 envoyés?
5. Quelle est l’origine biblique de l’image de l’agneau?
6. Comment l’image de l’agneau s’applique-t-elle à Jésus et à ses disciples?
7. Quelle est la véritable force de l’agneau?
8. À qui les disciples de Jésus sont-ils envoyés?
9. Comment vivre aujourd’hui la radicalité de la mission que Jésus nous confie? (référence à Lc 10,4)
10. Comment notre annonce de l’Évangile peut-elle être véritablement universelle?
11. Comment comprendre: «La moisson est abondante et les ouvriers sont peu nombreux»?
12. En quoi est-il dramatique que notre Église occidentale se soit “dépeuplée”? (référence à M. Delbrêl)

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *