Évangile du dimanche 8 avril 2018

2e dimanche de Pâques (année B), selon l’écrit de Jean 20, 19-29

Du pain sur la table19 C’est donc le soir, ce premier jour de la semaine,
les portes ayant été verrouillées là où se trouvent les disciples, par crainte des Juifs,
Jésus vient et se tenant au milieu d’eux leur dit: Paix à vous!20 Cela dit, il leur montre ses mains et son côté.
Les disciples sont alors remplis de joie à la vue du Seigneur.21 Jésus leur dit donc de nouveau: Paix à vous!
De par le Père qui m’a envoyé, moi aussi je vous envoie.

22 Cela dit, il insuffle son souffle en eux et leur dit:
Recevez l’Esprit de sainteté.

23 Ceux de qui vous remettez les péchés, ils sont remis,
ceux de qui vous les retenez, ils sont retenus.

24 Thomas, l’un des Douze, appelé le Jumeau, n’était pas avec eux
quand Jésus est venu.

25 Les autres disciples lui disent: Nous avons vu le Seigneur!
Mais celui-ci leur dit:
Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous
et ne place pas mon doigt dans la marque des clous
et ne place pas ma main dans son côté, je ne croirai sûrement pas.

26 Huit jours après, ses disciples sont de nouveau à l’intérieur
et Thomas est avec eux.
Jésus vient, les portes ayant été vérouillées,
et se tenant au milieu il dit: Paix à vous!

27 Puis, il dit à Thomas:
Porte ton doigt ici et vois mes mains.
Porte ta main et place-la dans mon côté.
Cesse d’être incroyant, mais aie confiance!

28 Thomas répond et lui dit: Mon Seigneur et mon Dieu!

29 Jésus lui dit: Parce que tu me vois, tu crois.
Heureux ceux qui n’ont pas vu et ont cru.

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Le commentaire du pain sur la table,

par Georges Convert.

Voici un des textes-clés de l’Évangile: un texte fondamental, au sens le plus fort de ce terme,
un texte qui dit le fondement de la foi chrétienne,
ce sur quoi les chrétiens appuient leur foi… depuis 2000 ans!

La place de ce texte dans le récit de Jean
Notre récit se situe le soir du grand jour de l’histoire humaine:
le jour marqué des premières manifestations de Jésus ressuscité.
Ce jour, le premier de la semaine juive, va devenir le Jour du Seigneur:
dies dominicus en latin qui a donné par contraction dimanche.
Le matin de ce jour, Jésus est apparu à Marie de Magdala
à qui il a confié ce message (Jn 20,17):
Va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père.
Le soir, les disciples étant réunis, Jésus va venir vers eux pour leur donner mission.
Notre texte comprend 2 épisodes situés chacun le dimanche mais à 8 jours d’intervalle.
Le premier concerne la mission confiée aux disciples.
Le second nous décrit les conditions de la foi tout au long de l’histoire.

1. La mission confiée aux disciples Il leur dit: «Paix à vous!»
Dans la langue juive Shalom: Paix à vous! est l’équivalent de notre Bonjour!
On pourrait alors s’étonner que cet homme qui revient de la mort
ne trouve rien d’autre à dire que: Bonjour!
De qui est aux portes de la mort, nous attendons des paroles fortes, un testament.
De Celui qui revient de la mort, combien plus pourrait-on attendre?
Mais ce souhait n’est pas dit avec banalité.
Non seulement, il va être répété
mais il va être expliqué par un geste peu habituel: une insufflation.
On traduit bien souvent: il souffla sur eux.
La version latine de la Bible traduit: insufflavit qui veut dire littéralement: il insuffla.
Le verbe grec emphysaô employé ici évoque le geste de Dieu lors de la création:
Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie et l’humain devint un être vivant (Gn 2,7).
Dans le livre de la Sagesse ce verbe est repris lorsque l’on parle
de celui qui se tourne vers des dieux-idoles (Sg 15,11):
Il ignore Celui qui l’a façonné, qui a soufflé en lui un souffle de vie et insufflé un esprit qui fait vivre.
Enfin on retrouve ce verbe dans le prophète Ézéchiel
pour décrire la promesse de Dieu à Israël alors qu’il est en exil, loin de sa terre,
sans vie et comparable à un immense amas d’ossements désséchés:
Je prononçai l’oracle [de Dieu]… «Souffle, souffle dans ces morts et ils vivront.»
Le souffle entra en eux et ils vécurent
(Éz 37,9-10).
On a peut-être une hésitation à voir Jésus insuffler son souffle en ses disciples.
Il est peu ordinaire d’insuffler son propre souffle dans la bouche de quelqu’un.
Nous le faisons pourtant pour redonner le souffle à ceux qui viennent de le perdre:
ce que nous appelons la respiration artificielle, le bouche-à-bouche.
Cette insufflation peut ainsi redonner le souffle à celui ou celle qui l’a perdu.
Elle le fait respirer à nouveau, revivre.
Ici, de quelle re-création peut-il s’agir?
Recevez l’Esprit de sainteté.
Ceux de qui vous remettez les péchés, ils leur seront remis.

La remise des péchés est une re-création.
Le vocabulaire “remettre-retenir” évoque un langage juridique,
mais il est aussi évocateur de l’an de grâce.
L’an de grâce est cette année jubilaire que le Lévitique prévoit tous les 50 ans
et où Dieu et ses fidèles effacent sans condition toute dette (cf Lv 25,10-13).
Jésus a défini sa mission comme proclamation de l’an de grâce (cf Lc 4,19).
La mission qu’il va confier aux disciples est aussi proclamation de la grâce:
transmettre son souffle spirituel qui est un souffle de pardon d’amour.
Je mettrai mon souffle en vous pour que vous viviez,
avait dit Dieu par le prophète Ézéchiel.
À Pâques, en ce jour unique de l’histoire humaine,
un être de notre race humaine réalise cette promesse.
Parce qu’il est en communion parfaite avec le Père, parce qu’il a vaincu le mal en lui-même,
parce qu’il a sauvegardé l’amour de Dieu dans son coeur,
parce qu’il est vivant pour toujours de la vie divine,
Jésus est porteur d’un souffle de vie et d’amour qui est divin.
Par cet amour parfait qu’il porte en son coeur, il peut pardonner,
c’est-à-dire re-créer celui qui l’accueille comme compagnon de vie.
Car le pardon est le don d’un souffle de vie et d’amour
qui peut véritablement guérir le coeur de celui qui a fait mal.
Le par-don n’est pas l’oubli de la faute ou son excuse
mais bien plutôt le don parfait, le don achevé de l’amour.
Dans la parabole du prodigue, c’est en effet l’amour du Père qui fait re-vivre son fils
(Lc 15,32): Il fallait festoyer et se réjouir parce que
ton frère que voici était mort et il est vivant.

Celui qui accueille ce souffle de vie devient à son tour capable de le transmettre.
Il ne peut d’ailleurs accueillir en vérité le souffle divin de l’amour
que s’il se rend disponible à le communiquer à tout prochain, quel qu’il soit.
Pardonne-nous comme nous pardonnons, dit la prière de Jésus.
Et le Talmud dit: «Celui qui fait preuve de compassion à l’égard de son prochain
et pardonne le mal qu’on lui fait, le Ciel est miséricordieux pour lui.»

De par le Père qui m’a envoyé, moi aussi je vous envoie.
En latin, le mot missio (la mission) vient du verbe mittere qui signifie envoyer.
Le mot grec apostolos, qui signifie envoyé, a été francisé en “apôtre”.
Être envoyé et recevoir mission, c’est donc la même réalité.
Faire vivre l’être humain, par le don et le pardon de l’amour divin,
voilà la mission confiée par le Père à Jésus (1Jn 4,9):
Voici comment s’est manifesté l’amour de Dieu au milieu de nous:
Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui.

L’envoi par le Père, la mission qu’Il confie à Jésus, n’a pas d’autre but
que de sauver chaque être humain par l’amour (Jn 3,12):
Dieu a envoyé son Fils dans le monde pour que le monde soit sauvé par lui.
Lorsqu’on appauvrit en soi le souffle de l’amour on perd sa vie.
Sauver son âme, c’est donc lui redonner la force de l’amour.
Le Fils n’est pas venu d’abord pour nous expliquer des vérités philosophiques sur Dieu,
mais pour transmettre la force du pardon
qui re-crée chacun comme un être aimant et miséricordieux.
Voici comment la lettre de Tite traduit cette mission de salut:
Lorsque se sont manifestés la bonté de Dieu et son amour pour les humains,
il nous a sauvés, non en vertu d’actions droites
que nous aurions accomplies nous-mêmes,
mais en vertu de sa miséricorde
par un bain de renaissance et de renouvellement que produit l’Esprit saint
(Tt 3,5).
Dire: Paix à toi! ne doit donc pas être seulement un souhait
mais devenir un don: que la paix de Dieu vienne réellement en toi!
et cela parce que je te donnerai part à l’Esprit de Dieu qui demeure en moi.
Un fils nous a été donné. On proclame son nom: Prince de la paix (Is 9,5).
Ce texte d’Isaïe décrivait la mission du roi-messie: apporter la paix au peuple de Dieu.
Le mot français “paix” viendrait peut-être de pal (le pieu).
Cette étymologie n’évoque peut-être que l’absence de chicane.
On «fiche la paix» afin que chacun respecte les limites du territoire de l’autre,
qui est délimité par des “pals”.
Le mot juif shalom décrit la concorde et la cohésion dans l’harmonie,
et il évoque ainsi la réconciliation.
C’est parce qu’il est toute miséricorde que Dieu lui-même est l’auteur de la paix.
C’est ainsi que Dieu se révèle à Moïse:
Le Seigneur proclama: «Le Seigneur, le Seigneur, Dieu miséricordieux et bienveillant,
lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté,
qui reste fidèle jusqu’à des milliers de générations,
qui supporte la faute, la rébellion et le péché»
(Ex 34,6-7).
C’est à cause de cette toute puissante miséricorde de Dieu
que la fête juive par excellence est celle du Yom Kippour, le Jour du Grand Pardon.
Toutes les fêtes juives pourraient bien disparaître, Kippour demeurerait, dit-on.
En ce jour, la liturgie juive fait lire le livre de Jonas.
On sait que le prophète Jonas a été envoyé par Dieu à la ville païenne de Ninive
pour prêcher la conversion aux païens
puisque la miséricorde divine est pour tous les humains et non pour les seuls Juifs.
Voici comment Jean Mouttapa décrit la mission de Jonas:
«De même que le grand prêtre, à l’époque du Temple,
était littéralement “avalé” dans le Saint des saints,
le jour de Kippour, de même Jonas a été avalé par un “gros poisson”. …
Durant trois jours et trois nuits, le prophète demeure là, dans le ventre de l’animal marin,
comme pour une gestation dans une matrice féminine. …
Il prépare dans cette matrice sa renaissance, la reconversion totale de son être.
Et cette révolution intérieure consistera à comprendre, à assumer,
à porter la Miséricorde divine envers tous,
les pécheurs comme les justes, les païens comme les Israélites. …
Au sein de cette matrice (rehem en hébreu),
il pénètre l’infinie puissance de Miséricorde (rahamin, mot de même racine que rehem),
attribut suprême de ce Dieu dont il n’avait perçu, jusque-là, que la redoutable Justice»

(Dieu et la révolution du dialogue, A. Michel, 1996, p. 87).
Jésus, lui aussi, a passé trois jours et trois nuits dans le ventre de la terre.
Son rejet par les “puissants” de son peuple est le symbole du rejet de l’amour:
une descente aux profondeurs infernales du mal.
Mais Jésus sort vainqueur de ce combat avec le mal, par sa fidélité à l’amour.
On retrouve l’image de l’enfantement.
La croix -et la descente dans les profondeurs du mal- est comme une matrice
qui enfante un Christ éternellement vivant de la miséricorde divine.
Aussi, il re-vient ainsi porteur de la compassion divine pour tous… et pour toujours.
En lui, il n’y a et il n’y aura jamais trace de péché.
Il pourra être le médiateur de la communion entre nous et le Père:
médiateur d’une alliance qui est éternelle parce qu’il est vivant, immortel;
d’une alliance qu’il sera toujours possible -à chacun des fils et des filles de Dieu-
de renouveler lorsque, par la faute, il l’aura rompue ou détériorée.
Jésus accomplit en son être la promesse divine décrite en Ézéchiel:
Je vous donnerai un coeur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf. …
Je mettrai en vous mon propre esprit
(Éz 36,26-27).
Parce qu’il a vaincu le mal par l’amour, parce qu’il est vivant pour toujours,
Jésus est celui qui peut sauver celui qui s’unit à lui.
Il s’offre comme le compagnon porteur de l’amour qui vient de Dieu (Jn 14,6),
comme l’ami qui peut faire vivre de la vie véritable: Je suis le chemin, la vérité et la vie.
Voilà la mission que le Ressuscité va transmettre aux siens, au nom de son Père.
Par cette mission la communauté des disciples devient le prolongement de Jésus:
Qui accueille celui à qui je donnerai mission m’accueille;
et qui m’accueille, accueille celui qui m’a donné mission
(Jn 13,20).
Ce que Jésus a été, il appartient maintenant à ses disciples de l’être.
La mission est plus qu’une tâche: elle concerne l’être même des disciples:
ils seront d’autres christs, des “chrétiens”.
Dans sa lettre aux Corinthiens, l’apôtre Paul parlera ainsi des chrétiens (1Co 12,27):
Vous êtes le corps de Christ et vous êtes ses membres, chacun pour sa part.
Jésus avait pris l’image de la vigne: Demeurez en moi comme je demeure en vous!
Le sarment, s’il ne demeure sur la vigne, ne peut de lui-même porter du fruit,
ainsi vous non plus si vous ne demeurez en moi.
Je suis la vigne, vous êtes les sarments: celui qui demeure en moi et en qui je demeure,
il portera du fruit en abondance car, en dehors de moi,
vous ne pouvez rien faire
(Jn 15,4-5).
Lors du dernier repas, Jésus avait dit la continuité entre sa mission et celle des disciples:
(Jn 17,18) Comme tu m’as donné mission dans le monde,
je leur donne mission dans le monde.

Cette mission ne se limitera pas aux frontières de la communauté des disciples:
elle est pour le monde. Le chrétien est porteur de l’amour de Dieu pour tout être humain
dont il doit se faire le prochain, comme le dit si bien la parabole du bon samaritain:
Lequel s’est montré le prochain de l’homme qui est tombé aux mains des bandits?
C’est celui qui a fait preuve de bonté envers lui
(Lc 10,36-37).
La bonté que Jésus donne à ses disciples de vivre,
c’est elle qui leur demande de partager avec le prochain qui a besoin:
besoin de pain, de soins et de travail,
mais aussi de dignité, d’amitié, d’espérance et… de pardon (cf Mt 25,31-46).

2. La condition de la foi après Pâques
Jésus leur montre ses mains et son côté. Les disciples sont alors remplis de joie….
Rappelons-nous le dernier repas que Jésus a pris avec ses disciples,
un repas marqué fortement par les propos qui concernent son départ vers le Père.
Ce que Jésus leur a promis, se réalise:
Je ne vous laisserai pas orphelins: je viens à vous (Jn 14,18).
Au-delà de la mort terrestre, le départ vers le Père ne signifie nullement un abandon.
Au contraire, une fois monté vers le Père, Jésus est en communion avec ses disciples:
une communion plus parfaite que celle que Jésus et les disciples ont vécue jusqu’alors.
Je vous ai dit que je m’en vais et que je viens à vous…
Si quelqu’un garde et vit ma parole, le Père et moi nous viendrons à lui
et nous établirons chez lui notre demeure
(Jn 14,28.23).
Cette présence de Jésus sera une communion au plan le plus profond de l’être:
ce lieu intime que la Bible appelle le coeur, lieu de l’intelligence et de la volonté,
et où se décident les choix qui font vivre à la manière de Dieu.
L’éducation est un long apprentissage de manières d’être et d’agir.
Nous avons appris à parler, à manger, à marcher…
et ces apprentissages se sont imprimés dans notre mémoire.
Jésus a longuement éduqué ses disciples
en leur communiquant les manières d’être qui sont celles du Père Divin:
Ce que j’ai appris du Père, je vous l’ai fait connaître (Jn 15,15).
Il a transmis sa connaissance du Père autant par ses faits et gestes
que par son enseignement. Un enseignement qu’il a transmis oralement,
en leçons rythmées qui s’impriment dans la mémoire pour être gardées:
Si quelqu’un garde et vit ma parole…
Mais on ne garde la parole de Jésus en soi qu’en la rendante vivante,
et c’est l’Esprit de Jésus qui donne la force de vivre ce que la mémoire a gardé:
(Jn 14,26) Le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom,
lui, vous enseignera tout et vous fera faire mémoire de tout ce que je vous ai dit.

Pour voir Jésus vivant, il faudra vivre comme lui.
Le disciple doit donc garder dans sa mémoire les paroles et les gestes de Jésus
et -avec l’Esprit du Ressuscité- il les fera revivre en sa propre vie.
En agissant comme Jésus, par lui et avec lui, le disciple vit, au sens fort de ce mot.
Cette vie est déjà une vie d’éternité car elle est une vie d’amour
que la mort physique ne pourra détruire, comme le dira la première lettre de Jean:
Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons nos frères.
Qui n’aime pas demeure dans la mort
(1Jn 4,14).
Pour voir Jésus ressuscité de la mort, pour le voir vivant au-delà de la croix,
il faut être sur la même longueur d’onde de vie que lui,
la longueur d’onde qui est celle de l’amour: Le monde ne me voit plus…
mais vous, vous verrez que moi je vis et, vous aussi, vous vivrez
(Jn 14,19).
Cette communion intime qui unit à Dieu et à Jésus,
voilà ce qui met dans le coeur des disciples la joie pleine qui a été promise:
Je vous verrai et votre coeur se réjouir a (Jn 16,22).
C’est là, la source de la joie du chrétien, comme le décrit l’apôtre Paul:
Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu
qui m’a aimé et s’est livré pour moi
(Ga 2,20).
Et cet apprentissage de l’amour véritable se fera pour le disciple
de la même manière que pour son maître:
C’est à ceci que désormais nous connaissons l’amour: lui,
Jésus, a donné sa vie pour nous;
nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères
(1Jn 3,16).
La croix -parce qu’elle est l’ultime geste de l’amour- conduit à la vie éternelle:
cette vie qui trouve son souffle dans le souffle de l’amour divin.
C’est de cet amour divin, puisé dans le coeur de Jésus,
que ses disciples seront les témoins dans la mesure où ils le vivront eux-mêmes en vivant le pardon.
Parce que tu me vois, tu crois. Heureux ceux qui n’ont pas vu et ont cru.
L’absence de Thomas, lors de la venue de Jésus, va permettre un enseignement.
Certes Thomas, comme les autres disciples, est appelé
à voir Jésus vivant -ressuscité à la vie immortelle-
en aimant son prochain et en vivant l’amour jusqu’au pardon (cf. Mt 25, 40).
«Chaque fois que vous aimez votre frère d’amour gratuit,
c’est moi que vous aimez,»
a dit Jésus dans la parabole du jugement dernier.
Mais la vision du Ressuscité, dont les disciples ont bénéficié, va leur attester
que le Jésus qu’ils rencontreront dans le prochain est bien Jésus de Nazareth:
Il leur montre ses mains et son côté;
voyant le Seigneur, les disciples sont alors remplis de joie.
La joie des disciples est associée à la vue des mains portant la marque des clous,
à la vue du côté qui a été percé par la lance.
Le Ressuscité est bien le même que Jésus de Nazareth, le crucifié.
Son message est donc le vrai chemin vers la vie immortelle.
Le doute de Thomas nous permet de comprendre pourquoi Jésus se “fait voir”.
Cette vision n’est pas d’abord un privilège mais une responsabilité et une mission:
pour toujours ils seront les témoins que Jésus de Nazareth est devenu immortel.
Dès lors et tout au long de l’histoire, le Jésus qui sera servi et aimé dans le prochain,
est bien Celui qui a livré sa vie sur la croix.
Sa résurrection atteste ce qu’est cet amour véritable qui mène à l’immortalité:
un don de soi fait de miséricorde et de pardon.
Mais ceux qui n’auront pas vu le Ressuscité,
comment pourront-ils croire que le Ressuscité est bien le Crucifié?
que le Christ immortel -rejoint dans la prière
et dans l’amour du prochain- est bien le même que ce prophète de Nazareth
en qui ils ont cru, parce que seul il a pu dire: Celui qui m’a vu a vu le Père (Jn 14,9)?
L’élection de Matthias -en remplacement de Judas- nous donne la réponse:
(Ac 1,21-22) Il y a des hommes qui nous ont accompagnés
durant tout le temps où le Seigneur Jésus a marché à notre tête,
à commencer par le baptême de Jean jusqu’au jour où il nous a été enlevé:
il faut donc que l’un d’entre eux devienne avec nous témoin de sa résurrection.

Aux disciples qui n’auront pas connu Jésus lors de sa vie terrestre,
il faudra croire sur le témoignage de ceux qui auront eu la responsabilité de vivre avec lui.
La première lettre de Jean traduit bien cette responsabilité:
Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux,
ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché de la Parole de vie …
nous vous l’annonçons afin que vous soyez en communion avec nous
(1Jn 1,1-3).
L’épisode de l’apôtre Thomas vient donc décrire le mode de relation
qui sera désormais celui de Jésus avec ses disciples tout au long de l’histoire.
Jésus -même s’il est vivant- demeure invisible à nos yeux.
Mais cela ne vient pas altérer la joie du disciple.
Dans sa première lettre, Pierre parle de l’indicible joie qui naît de la foi pure:
Vous qui aimez [Jésus] sans l’avoir vu, en qui vous croyez sans qu’il vous soit visible,
tressaillez d’une joie indicible…
remportant comme prix de votre foi le salut de vos vies
(1P 1,8-9).
Cette joie naîtra dans le coeur du disciple
chaque fois qu’il aura expérimenté la présence de Jésus
parce qu’il aura aimé comme lui -généreusement- et donc… avec lui!
Jésus lui fera expérimenter
que l’égoïsme referme sur soi-même et conduit à la tristesse et au doute
alors qu’aimer son prochain conduit à Dieu et à la joie:
Heureux ceux qui n’ont pas vu et ont cru.

Georges Convert

 

»»» Questions

1. Quelle est la mission confiée aux disciples par Jésus ressuscité?
2. Quel est le sens du mot juif shalom?
3. Comment Jésus peut-il dire qu’il ne laisse pas ses disciples orphelins?
4. Quelle est la condition qui nous permet de vivre aujourd’hui avec Jésus ressuscité?

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