Mon grain de sel

Grain de SelMon grain de sel, sur l’Évangile du dimanche 15 février 2015

par Mario Bard.

La grande illusion

Aujourd’hui plus que jamais existe un paradoxe troublant. La science est partout et nous apprend comment fonctionne notre monde. De plus, elle nous aide à surmonter les maladies les plus complexes. Un progrès qui, il y a encore 200 ans, semblait hors de portée.

Au temps de Ieshoua, c’est tout simplement impensable!

Aujourd’hui, le paradoxe troublant réside dans notre lien à Dieu. Plusieurs croyants, probablement dans un mouvement conscient ou inconscient de contre réaction aux vues réalistes et parfois complexes du langage et des méthodes scientifiques, se réimaginent un Dieu à la puissance extra, ultra – que dis-je – supra extraordinaire! Devenu de nouveau inatteignable, on peut faire dire n’importe quoi à ce Dieu lointain.

En témoigne, les nombreux pasteurs et « pastoresses » qui peuplent l’univers télévisuel et les rues de ma ville. Si certains comprennent que le Dieu de Ieshoua n’est pas ce grand manipulateur que nous aimerions posséder aux jours de faiblesses, plusieurs d’entre eux instrumentalisent une trinité glorieuse inatteignable! Ils s’imaginent aussi qu’à force de parle de l’enfer, ils obtiendront des adeptes par la peur. Et dans les pires cas, ils en obtiennent un compte en banque florissant…

Dans les Évangiles, les seules personnes à qui Ieshoua fait peur et auxquelles il lance des avertissements clairs sont des membres du clergé ou des personnes riches. Pour le reste? Il console, guérit, encourage, prodigue miséricorde et joie à profusion. Il intègre celles et ceux que la société d’alors laisse sur le bord du chemin.

Une image qui est loin de plaire aux bien portants installés dans leurs fauteuils de convictions. 

Alors, pourquoi Ieshoua interdit, particulièrement dans l’Évangile de Marc, que la nouvelle des guérisons soit annoncée?

Peut-être parce qu’il ne désire pas que le miraculeux – le miracle qui est un signe – prenne le dessus sur la perspective principale de son enseignement qui est d’abord la miséricorde. Ainsi, il guérit le lépreux, c’est-à-dire qu’il redonne sa dignité à quelqu’un. Il l’intègre de nouveau dans sa société. Il lui redonne la chance d’être pleinement reconnu comme un humain et non comme une chose.

Le miracle mène à une nouvelle vie. Il n’est pas la fin d’une histoire, mais le début d’une marche comme être humain libéré. Et comme toutes les marches, il y aura encore des moments d’épreuves, de découragements, d’immobilisme, d’incompréhension.

Si ma foi repose seulement sur le fait de transformer le Christ Ieshoua en vedette montante de mon univers intérieur, elle s’accommodera mal des moments d’absences de ce dernier. Par contre, si ma foi repose sur la compréhension qu’Il m’accompagne, libérant un peu plus tous les jours mon humanité d’une certaine servitude et de ce qui peut la rendre destructrice, se lève alors en moi un vent de compréhension que le Dieu de Ieshoua peut guérir à tout moment et dans toutes situations.

Il est aussi créateur – à la seconde près! –, créant le monde où je vis. Je deviens co-créateur en disant OUI à sa proposition de guérison, d’abord en moi puis autour de moi.

Je ne suis pas dépendant de Ieshoua. Je marche avec lui. Certes, au moment de doutes et de découragement, il m’accompagne. Il me guérit. Mais peu à peu, je comprends que je peux aussi être avec lui, et soutenir la création d’un monde réellement meilleur.

***

La grande illusion serait de croire que je ne peux rien réaliser après cette guérison miraculeuse de mon cœur et de mon corps : Dieu me manipule comme une marionnette. La grande illusion consiste également à croire que la Parole de l’Évangile n’est qu’un vieux livre à suivre fidèlement comme un code de loi, sous peine d’être frappé d’un éclair par le grand juge. Et d’en être un fidèle pantin, mortifère et dangereux.

Les grandes illusions? Il n’y a rien de mieux que le mouvement pour les éviter. Un mouvement amoureux de dialogue avec ce Dieu de Ieshoua. Loin des peurs, près du cœur.

Mario Bard

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