Mon grain de sel

Grain de SelMon grain de sel, sur l’Évangile du dimanche 22 février 2015

par Mario Bard.

Une tour de luxe ou le désert?

Le bonheur du désert n’est certainement pas la chaleur et la soif qui peuvent résulter d’un séjour prolongé. Notre vie s’y trouve sur une fine ligne. Mise en danger, elle déploie des efforts jusque-là inconnus à nos forces intérieures. Et la mort n’est jamais loin… Elle guette, sournoise et avisée comme un vautour surveille sa proie. Rien de réjouissant si l’on s’en tient à cette définition.

Se retrouver devant le grand rien peut effectivement nous faire plonger au cœur de l’horreur d’une mort certaine. Mais, comme l’expérimente Ieshoua, cela peut aussi être l’occasion de renouer avec le Dieu vivant. Et de laisser ce Dieu père combattre, en nous, les mille et une divisions qui nous assaillent et nous empêchent de grandir comme être humain.

Au contraire de ses acolytes Mathieu et Luc, l’évangéliste Marc résume l’expérience au désert par deux courtes phrases! Incroyable pour commenter 40 jours. Comme si le seul fait de nous dire qu’il ait été « tenté par le Satan » et que « les bêtes sauvages et les anges le servent » est suffisant pour comprendre l’ampleur de ce qui s’y est vécu. Et paradoxalement, la banalité de cet évènement.

Banal, parce que quotidien. Je ne sais pas si la lutte de Ieshoua fut finale au moment de quitter le désert.

S’il est certain que cette expérience jette les bases de son ministère pacifique, je me suis toujours demandé s’il était obligé d’aller au désert tous les jours, pour confirmer sa mission d’amour, de guérison et de pardon.

Et si nous étions appelés, tout comme lui, à nous rendre au désert tous les jours? Afin de confirmer notre contact privilégié avec un Dieu Père? Prendre quelques minutes pour respirer sa présence, sans être distrait par le quotidien. Au désert, rien ne distrait. Chaque minute, chaque pas, chaque moment comptent. Sinon, nous ne pouvons survivre.

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Les riches post-modernes détestent les déserts. Ils construisent des tours de luxe, les remplissent de marbres, de bois riches et exotiques, avec des salles de bains qui sont plus riches qu’une chambre à coucher. On remplit tous les espaces de tapis précieux, de peintures raffinées ou ennuyantes – selon les gouts de l’homme ou de la femme en question – et l’on se fait croire que c’est le paradis…

Faites-en l’expérience. Marcher dans ces endroits. Vous verrez que l’esprit ne peut pas vraiment s’arrêter. Il est empêché de le faire. Et je me demande parfois si ce n’est pas fait exprès… Si, en entrant dans ces tours, on devait se conformer à la pensée hypercapitaliste qui honore l’argent, béni les fortunes et salut la bourse comme une déesse.

Dans l’archiconsommation, on ne peut plus penser. La priorité est à ce qui « flashe », ce qui nous fait devenir illusoirement premier…

Bref, loin du désert, on peut oublier l’essentiel et chercher à s’évader par tous les moyens. On idolâtre tout ce qui est brillant. On pile sur ce qui est terne et laid. Le plus facile l’emporte.

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Au désert, j’ai rencontré mon Dieu. Loin des tapages des tours de centre-ville, exaltantes, mais étourdissantes, j’ai retrouvé l’amour d’un souffle léger, ventant sur mon visage la part de bonté qui, en l’inspirant, saurait éveiller mon âme à l’amour d’un crucifié qui, à force de se donner, est ressuscité par le Père.

Mario Bard

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