Mon grain de sel

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Grain de SelMon grain de sel, sur l’Évangile du dimanche 17 mars 2019

Confirmer la croix choisit par amour

Au creux de l’Évangile, Ieshoua est confirmé dans sa mission. Bien sûr, celle-ci n’est pas facile et la fin qui s’annonce tragique n’arrange rien. Après tout, un Messie tel que nous le concevons encore aujourd’hui ne peut finir cloué sur une croix. Ce n’est pas possible! C’est un « loser » dirait les jeunes aujourd’hui, un perdant. Il doit gagner et vivre ensuite dans une tour dont l’ossature sera fabriquée avec un acier mêlé d’or et d’argent. Et dont les murs, au risque de soutenir n’importe quoi – le silence des autorités ecclésiales sur les abus sexuels en est un bon exemple –, vont écraser les plus petits. Mais cela, ce n’est pas la transfiguration.

La transfiguration n’est pas un show pour les que les bonnes consciences soient rassurées à propos de la sagesse de Ieshoua, ou bien un show de puissance pour démontrer à tous que c’est lui, le Messie puissant. Ce que nombre de Nord-Américains feutrés et enfermés dans leurs VUS, aiment à penser, se fermant les yeux sur la misère d’autrui. La transfiguration sert plutôt à confirmer Ieshoua dans sa mission. Élie et Moïse, figure centrale de la tradition juive, sont ici présentés comme parlant avec lui. Conversant de cette montée vers Jérusalem.

« Celui-ci est mon Fils que j’ai choisi : écoutez-le. »

L’écouter jusqu’à la confirmation de la croix? Un peu fort tout de même. Après tout, à l’heure où l’épicurisme est une religion, proposer que nos histoires d’amour puissent aussi se terminer sur une croix, c’est trop. La souffrance ne fait plus partie du vocabulaire consumériste et épuré de nos sociétés contemporaines. Même dans l’Église, on préfère parfois le confort feutré des bureaux et des cérémonies à grand déploiement à celui des rues et des églises rattachées au monastère, qui deviennent parfois le lieu de la douleur et de la parole partagée sans retenue. Nous oublions trop souvent qu’une parole libérée permet souvent le début de la guérison. Malheureusement, des associations ecclésiales oublient parfois carrément la croix pour devenir des lieux sociaux comme d’autres. Ou bien, des lieux où politique et christianisme veulent reprendre un pouvoir absolu qui, les Québécois le savent bien, mène fatalement à un contre-témoignage. La croix ne s’impose pas. Elle libère et est une clé pour ouvrir les tombeaux. Mais elle ne peut être imposée. Sinon, elle ne devient que souffrance. Et la souffrance sans l’amour n’a aucun sens.

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La croix : c’est le visage du christianisme. C’est un symbole. Mais, plus fortement, c’est une réalité que j’essaie parfois d’extraire de ma réalité. C’est trop dur d’aimer et d’en souffrir jusqu’à la croix. C’est trop. Mais alors, le maître, qu’a-t-il fait pour passer à travers? Il tout simplement prier sur la montagne, aimer dans les plaines remplies de foule, crier sa rage au milieu du temple du confort, voulu la paix et la joie de Dieu dans le cœur – d’abord! – des personnes rejetées.

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Heureusement, un grand nombre de Saints habitent au cœur de l’Église. Ceux bien connus que chacun d’entre nous aime parce qu’ils sont proches de notre caractère et de notre charisme, et ceux qui sont inconnus. Ceux-là, encore plus nombreux, sont la force d’hier, d’aujourd’hui et de demain, car ils sont avec Ieshoua, sur la croix. Ils osent être parfois montés sur la croix et y rester, par amour. Car ils espèrent, toujours et même aux heures les plus sombres, la résurrection et la sortie du tombeau. Pour tous!

Sur la montagne, prions qu’un Dieu père et miséricorde nous engendrent. Transfigurer et aimer comme notre frère Ieshoua, c’est seulement à ce moment que nous pourrons marcher vers Lui, en n’ayant pas peur de la croix. Et en sachant que ce passage obligatoire de l’amour finit toujours la sortie du tombeau. Y croyons-nous? Avons-nous foi? Montons sur la montagne avec confiance.

Mario Bard

 

 

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