Mon grain de sel

Grain de SelMon grain de sel, sur l’Évangile du dimanche 5 mai 2019

par Mario Bard

Avant tout aimer, même sur la croix

Suivre Ieshoua au jour d’aujourd’hui. Se laisser porter par sa parole, ses actes et l’Esprit Saint qui le dirigent vers le Père et vers ses sœurs et ses frères. Un amour qui transcende tout. Pierre a dû suivre le maître, jusque sur une croix. Quel honneur diront certains! J’oserais dire en tant que disciple en marche : quelle horreur!

Eh oui. La croix n’est pas faite d’or 24 carats ou encore incrustée d’émaux comme le font les Chinois sur leur magnifique chapelet traditionnel. Sans jamais dénigrer ces signes qui sont signifiants pour des millions de personnes, la croix de Ieshoua se situe à un autre niveau. À force d’avoir saisi son importance, nous l’avons transformé en signe élégant sur lequel des politiciens peuvent passer du temps à discuter, laissant de côté de grandes questions fondamentales comme l’accès universel à l’éducation, la lutte à la pauvreté et un accès encore plus grand aux soins de santé. En politique, on gagne parfois du temps avec des enjeux moindres…

L’horreur de la croix est réelle. Marcher dans les pas du Seigneur Ieshoua, celui de Nazareth, mort et ressuscité n’est pas chose facile. À tous ceux et celles qui vous diront le contraire, tourner le dos et aller voir ailleurs.

Ieshoua n’a jamais caché à ses disciples et à ses apôtres la force de souffrance que représente la croix. Au contraire : à Getsémani, Ieshoua souffre, au point où de son front, perlent des gouttes de sang, phénomène physique que certains scientifiques considèrent plausible quand l’être humain se trouve dans un instant de souffrance, de peur et d’agonie extrême. Mais, le phénomène est rare. Sa rareté devrait nous rappeler que Ieshouaa vraiment souffert de manière extraordinaire et qu’il aurait préféré éviter la croix. Ce n’était pas un jeu de sadomasochisme dont le côté aventureux s’apparenterait au roman à succès 50 nuances de Grey. La croix est, au temps de Ieshoua, une torture aussi perverse et cruelle que peut l’être le supplice de la goutte d’eau aujourd’hui, ou encore, la torture du tonneau (chercher sur internet, la cruauté de la méthode est d’autant plus grande qu’elle peut laisser au condamné plusieurs jours avant de mourir).

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La cruauté de la croix ne doit jamais être oubliée. Pierre, comme nous, avait pourtant besoin d’entendre plusieurs fois le Seigneur de son cœur lui demander s’il aimait. Après tout, Pierre a renié trois fois! Le juste retour est que Ieshoua puisse de nouveau remettre sa confiance en son disciple maintenant apôtre. Et que l’apôtre, librement et en toute conscience, puisse marcher vers la croix avec un cœur confiant : l’amour est plus fort que tout.

La croix, symbole écœurant de la torture au temps de l’Empire romain, a été transformée par Ieshoua. Parce qu’il a été rejeté à cause de l’Amour trop fort qu’il proclamait et de l’apparente facilité à vivre avec Dieu comme un père et non comme un dictateur. Oui, cela dérange encore aujourd’hui. N’est-il pas plus facile de suivre un code moral plutôt que d’écouter et d’aimer celui ou celle qui est tombé? N’est-il pas plus facile de demander de l’argent en réparation plutôt que d’aller voir celui ou celle à qui nous devons réparation? N’est-il pas plus facile de classer Dieu dans une catégorie inatteignable, construisant l’écran qui nous permet de demeurer éternellement loin de Dieu, mais proclamant une relation d’amour déconnectée et idéalisée… sans réel engagement de notre part?

Bref, la croix est devenue un symbole de passage, seulement parce que Ieshoua, sur cette croix, a su aimer, pardonner, accueillir, donner sa vie et son souffle au Dieu père d’amour et à l’Esprit qui insuffle la vie. Rendons-grâce, car c’est un passage. Certes, obligée. Mais, l’exemple de la résurrection me le dit, la vie donnée librement par amour n’est jamais perdue. Elle fleurit encore plus intensément.

Le joli mois de mai, jolie de mois de Marie est là! Salve Regina, toi qui a dit oui, malgré la souffrance au pied de la croix! Amen.

Mario Bard

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