Mon grain de sel

Classé dans : Activités spirituelles, Grain de Sel | 2

Grain de SelMon grain de sel, sur l’Évangile du dimanche 12 mai 2019

par Mario Bard

Chrétiens, quelle voix écoutez-vous?

La saison du grand débrouillage apporte bien des surprises au petit écran. Dimanche dernier, un pasteur qui dirige ce que l’on appelle une « MegaChurch », une Église géante, parlait de Daniel, ce personnage de la Bible, qui ne sera pas mangé par les lions parce qu’il est protégé par Dieu, et dont s’inspire le fameux cantique de Daniel que la communauté de Taizé chante avec le classique Bénissez le Seigneur.

Ce pasteur – dont je tairai le nom – fait en moyenne 1,5 million de dollars par année. Ce n’est pas le plus riche. Son réseau – tous les moyens mis en place pour rejoindre les fidèles – vaut 22 millions de dollars. Imaginez : c’est un petit joueur dans le réseau de ces Églises qui annoncent l’Évangile de la prospérité, lequel annonce la bonne nouvelle aux chanceux qui y parviendront – peu importe les moyens – à devenir riche. Encore plus riche. Toujours plus riche ! Plus tu es riche, et plus cela veut dire que tu es béni de Dieu.

Le pasteur – dont je tairai le nom – n’a fait que reprendre des extraits de la Bible, Premier et Deuxième Testament compris, pour appuyer son point de vue : l’Amérique chrétienne est menacée et il faut absolument tout faire pour la protéger. L’un de ses réquisitoires est de pouvoir continuer à soutenir un système économique qui favorise une certaine classe déjà bien nantie – bénie de Dieu, on s’entend? – et à n’accueillir en terre d’Amérique que ceux et celles qui ont une foi chrétienne.

Le pasteur – dont je tairai le nom – s’est appuyé sur Daniel, victime de persécution, pour alarmer ces fidèles aux grands dangers que représentent les étrangers, les non-croyants ou encore, tous ceux et celles qui n’adhèrent pas à cette théologie irréaliste, perverse et pas du tout ancrée dans l’Évangile. Dans son esprit, les chrétiens sont déjà victimes de persécution parce que la société change et n’écoute plus nécessairement les Églises de la même manière. Surtout, la société demande : après votre discours censé être et parler de Jésus de Nazareth, que faites-vous concrètement pour servir les autres dans un esprit désintéressé, un esprit qui donne la présence de Dieu, peu importe qui se trouve devant soi. Un esprit d’amour désintéressé qui ne cherche pas d’abord à sauver une chrétienté dont les fruits n’ont pas toujours été à la hauteur de ce que l’Évangile nous apprend sur l’amour et l’accueil. Bref, la persécution dont le pasteur se sent victime reste bien petite par rapport à celle – vraie et terrible – que vivent des millions de personnes membres de minorités religieuses. Les musulmans ouïghours dont on estime à plus de trois millions le nombre dans des camps de rééducation chinois. Ou encore, les Rohingyas, musulmans du Myanmar traités comme des animaux dans leur pays et maintenant chassés pour assurer la pureté d’une race. Sans parler des chrétiens de l’Inde qui connaissent une série de persécution de plus en plus violente sur tout le territoire.

De qui le pasteur a-t-il parlé? Pas un mot sur ses frères et sœurs chrétiens d’ailleurs qui subissent des persécutions menant à la prison, à devoir fuir son pays, ou pire, à être violé et tué comme un paria.

Le pasteur aimerait bien que ses fidèles, par sa voix et ses idées, voient dans ces annonces le visage même de son Jésus : États-Uniens blancs bien portant, qui pardonne avec parcimonie, laisse de côté les pauvres dans l’établissement de politiques publiques et se permet même de juger celui ou celle qui oserait le questionner.

***

Les brebis disent entendre la voix de Ieshoua. Les fruits qui sortiront de cette voix pourront donner beaucoup d’indices sur la provenance du pasteur : un loup déguisé ou bien un véritable pasteur?

J’ai donné l’exemple de cet homme, parce qu’à la fin, à force de l’entendre utiliser la Parole, la détourner et la pervertir pour mieux s’assurer que son pays, l’un des plus riches du monde, ne tombe pas sous les griffes du diable, je me demandais s’il avait bien écouté l’esprit qui parle aux Églises raconter la miséricorde, l’accueil du plus pauvre, la guérison ou encore le pardon sur la croix.

Ou bien si, à force de se laisser prendre par l’illusion de ses propres mérites, sa voix n’avait pris aussi les intonations du diable de l’argent, nouveau dieu qui refuse que l’on questionne sa suprématie sur les valeurs d’entraide, de recherche de dialogue ou encore, de construction d’une paix durable.

Entendre Ieshoua aujourd’hui veut dire que, comme brebis, nous devons analyser cette voix en soi : vient-elle nous encourager à nous entraider, à dialoguer, à donner de manière désintéressée? Ou encore, nous appelle-t-elle à sauver une chrétienté qui n’est plus, mais dont les nostalgiques aimeraient le retour en gloire en établissant leurs propres illusions et le refus complet des découvertes en sciences humaines ou encore, en science environnementale? Et dont les fruits – entre autres fermeture à l’autre à la frontière, recherche de profits pour soi-même et glorification d’une économie qui nous veut esclave de l’argent, signe d’une soi-disant confiance que Dieu nous porterait – sont plus que discutables.

Comparer les à ce que des bâtisseurs de société – tous chrétiens– comme Jean Vanier, Madeleine Delbrel, François d’Assise, Werenfried van Straaten, Don Helder Camara, Rosalie Cadron-Jetté, Saint-Vincent-de-Paul, Sœur Emmanuelle – et j’en passe – on réussit à accomplir et à inspirer pour la construction du Royaume. Visiblement, la voix qu’ils ont écoutée n’est pas la même que celle qu’entend le pasteur dont je tairai le nom. Et je crois que celle de ces gens –dont j’ai donné le nom – est celle dont Ieshoua parle dans cet Évangile. Les fruits sont clairs, construisent pour le futur de l’humanité et surtout, n’ont pas besoin de l’argent menteur pour donner pleinement leur mesure.

Enfin, la voix qui permet à ces géants de construire ce qu’ils construisent dans l’adversité est celle qui leur permet aussi de devenir Un avec celui qui les inspire : Ieshoua.

Mario Bard

2 Responses

  1. JEAN LESAUCIER

    Pour vous répondre:<>

    Je vous entends d’ailleurs régulièrement à Radio-Vm et j’apprends avec grand plaisir que vous êtes présent aussi au Relais Mont-Royal….et de très belle façon d’après ce que je viens tout juste de lire.
    Quelle joie de vous voir prendre position avec énergie et…lucidité en faveur de la vraie fraternité , la justice et la paix….voilà la seule véritable lucidité , celle du coeur…..
    Le chrétien sincère sait bien qu’il ne peut être libre si sa “liberté” (!) est acquise au détriment de ses frères….
    Merci et bravo..!
    Frères dans l’Espérance,
    Jean Lesaucier

    • Mario Bard

      Bonjour Monsieur Lesaucier,

      bien heureux que mes commentaires nourrissent ainsi votre réflexion.
      Au plaisir!

      Mario Bard

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *