Mon grain de sel

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Grain de SelMon grain de sel, sur l’Évangile du dimanche 20 octobre 2019

par Mario Bard

Avoir foi dans l’être humain, « à temps et à contretemps »

L’être humain n’est rien sans la foi. Et je ne parle pas seulement d’une foi en Dieu. Je parle ici de la foi profonde que chaque être humain devrait avoir envers l’autre. D’une foi en l’Humanité qui, malheureusement ces jours-ci, s’éteint tout doucement pour laisser à la méfiance, à la l’avidité et aux plus forts. Pour la foi, on repassera.

Après tout, il est dangereux que les êtres humains aient de nouveau confiance en eux : ils pourraient vouloir se soulever comme à Hong-Kong et exiger ce droit fondamental à la liberté, menacé par le géant chinois qui veut prendre de l’ampleur. Ou bien encore, ceux et celles qui luttent pour être reconnus comme humains à part entière : Lgbtq, personnes avec un handicap, tous ceux et celles qui ne font pas partie de créneaux de ceux et celles qui décident de la prochaine vague à la mode, tendance et qui rapportera son lot d’argent à ceux qui auront su bien investir.

Il y a aussi les géants du « Tech Word » qui ne font absolument rien pour protéger la vie privée des populations avec lesquelles elles font jouer – et apprécier il faut le dire – les nouvelles technologies. On a même parfois l’impression qu’elles aiment se tenir en haut et nous regarder tomber, précisément à cause du manque d’éducation que nous avons avec leurs bébelles. Elles sont heureuses ensuite de nous vendre un nouveau logiciel, un nouveau gadget, qui nous permettront – pour un temps – de souffler un peu. Elles ne croient pas, elles n’ont pas foi en l’être humain. Elles ont la foi dans les technologies qui révèlent à l’être humain plusieurs de ses propres failles. Au lieu d’« enseigner… de redresser, d’éduquer dans la justice », d’intervenir et de « proclamer la Parole à temps et à contretemps » (Saint Paul, apôtre, 2e Lettre à Timothée), elles semblent plutôt heureuses de constater que l’être humain s’empêtre, s’emmêle, qu’il est prisonnier de ces technologies créées par des génies — certes extrêmement utiles et pleines d’avenir —, mais elles semblent le faire avec l’indécente conviction que l’être humain est un imbécile heureux et que, grâce à sa stupide candeur et tous les défauts qui l’habitent, ils peuvent faires des méga-profits dont seuls les actionnaires, les hautes sphères dirigeantes et les grands patrons (nouveau dieu de nos vies), voient la couleur.

Tout aussi géniaux soient-ils à créer des machines, des logiciels et des téléphones intelligents super puissants, ces bonzes d’une industrie qui a souvent des apparences bon enfant sont plus enclins à laisser faire. Ils manquent de foi dans l’être humain.

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J’ai mentionné les bonzes d’une industrie qui nous apparaît très bon enfant, rempli de « geeks nerds » un peu maladroits et de leur gourou informatique. Mais il y a aussi les grands penseurs, intellectuels, religieux, philosophes athées convaincus, hommes et femmes d’affaire « self man made », bref, toutes les élites de notre Nouveau Monde qui s’affairent généreusement à laisser faire et faire de l’argent, plutôt qu’à « éduquer… à temps et à contre temps. » Nos sociétés sont économiquement puissantes et frisent jour après jour des chiffres d’affaires mirobolants et records. Sont-elles des sociétés où la foi en l’être humain et ses possibilités intégrales peuvent s’évanouir? J’en doute souvent. L’injustice est à la hausse, les salaires sont à la baisse dans les classes moyennes, se loger devient de moins abordables, les épiceries pratiquent une diminution des paquets, mais les vendent aux mêmes prix qu’avant, les cultes et sociétés secrètes se multiplient, mais n’offrent souvent qu’un vide au portefeuille de l’adepte qui, quelques années plus tard, s’en retournent violés de tout.

Si je suis très négatif aujourd’hui, c’est que la question que pose Ieshoua, et qui représente l’essentiel de la péricope choisie par l’Église catholique pour ce dimanche, se situe au niveau de la foi fondamentale que nous avons en l’être humain. Sommes-nous des observateurs cyniques, brillants et peu enclins à donner mais constamment bavards de nos commentaires creux et sans lendemain ?  Ou bien sommes-nous des personnes prêtes à donner, à enseigner, à croire aux fondements du meilleur et de la bonté intrinsèque que portent l’être humain? Ieshoua meurt sur la croix parce que son message dérange. Pourtant, il porte ce message « à temps et à contretemps. » Sommes-nous, comme disciple du Christ Ieshoua de Nazareth, à sortir de notre zone confort et à avoir foi en l’être humain?

Mario Bard

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