Mon grain de sel

Grain de SelMon grain de sel, sur l’Évangile du dimanche 26 avril 2020

par Mario Bard.

Les disciples d’Emmaüs. 

Lors de leur retour de Jérusalem, la route qu’emprunte les disciples d’Emmaüs est pleine de mort. La tragédie de la mort, trois jours plus tôt, est encore fraîche dans l’esprit des deux compagnons. La mort de celui qui aurait dû changer la vie des disciples n’a fait que mourir sur une croix. 

Je ne suis pas sûr qu’aujourd’hui nos yeux de contemporains réalisent à quel point la mort de Ieshoua est une tragédie terrible. Un ami, qui n’a fait que vouloir le meilleur pour sa société – mais spécialement pour les plus petits et les exclus –, se fait crucifier parce que ses idées, sa foi et son amour dérange les élites de son temps, cela est tragique. Il n’est pas Barrabas; il n’est pas un larron que le manque d’humanité va retenir sur la croix; il n’est pas un collecteur d’impôt honnis par tous, parce que malhonnête et collaborateur de l’Empire qui opprime. 

Il est Ieshoua ! Un ami, un guérisseur, un pardonneur, un marcheur, un chercheur. Rien de plus. Et il finit sur la croix. J’aime imaginer la peur, la colère, l’incompréhension, la tristesse, le sentiment de vide immense dans lesquelles sont plongés les disciples. Comment s’en sortir ? La peur est maintenant devenue une compagne agressive, de celle qui noud l’estomac et rend presque fou. Marcher aide un peu, mais les soldats romains préoccupent. En effet, l’ami, le maître, celui qui voulait tout changer, est menaçant. C’est pourquoi ils l’ont mis sur une croix. Et c’est pourquoi tous ses disciples sont en danger. La menace est devenue semblable pour les disciples, peu importe qui. 

Et l’étranger vient. 

Ensemble, ils parlent, relatent, racontent tout ce qui s’est passé. Ensemble, ils comprennent – grâce à l’étranger –, car ils n’ont pas tout compris. Ou bien plutôt, ils ont saisi, au sens de se laisser saisir au plus profond. Ils sont saisis. Réviser l’histoire, son histoire et celle de tout ce que l’on vit, au plus profond de la mort et de la tragédie humaine. Grâce à cet homme nouveau qui allume en eux le feu, la peur n’existe plus. La tragédie était une nouvelle entrée vers autre chose. Un passage obligé par des circonstances où la mort a été choisi librement, par amour. Comme toute sa vie l’avait été auparavant. Au risque de perdre sa vie. 

« Reste avec nous », disent les disciples. Notre coeur est brûlant, déclarent-ils. 

*** 

« Reste avec nous » : c’est exactement ce que j’aimerais dire à Ieshoua ce soir. En cette énième semaine de confinement où la mort rôde, le vide et l’incertitude créés par un petit virus obligent chacun d’entre nous à choisir. La mort ou bien la vie. Le 

Mario Bard

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