Mon grain de sel

Grain de SelMon grain de sel, sur l’Évangile du jeudi 25 décembre 2014

par Mario Bard.

Un Dieu sans boîte, un Dieu enfant

Le nouveau-né dans une mangeoire. Comme un signal fort que Dieu se mange quotidiennement. Et que Dieu n’est pas seulement un objet de vedettariat, comme si l’on pouvait l’utiliser pour ensuite le jeter. Dieu se laisse manger. Se laisse grignoter, savourer, ruminer. Dieu n’est pas du fast-food. Il est une nutrition essentielle que nous avons pourtant tendance à oublier.

Surtout en ce temps de surconsommation qui finit par donner la nausée à nos portefeuilles et à nos esprits.

Un Dieu comme celui-là ne se découvre qu’au fur et à mesure de nos « ouis » essentiels, fondamentaux. Comme celui lancé par Marie à l’Ange du ciel venu la visiter.

Trop souvent, je crois que nous voulons Le mettre dans une boîte et l’immobiliser, l’obliger à nos petites ambitions personnelles ou à nos petites fantaisies du moment. Un Dieu ajustable. Pourtant, Dieu est organique et se laisse manger, comme une chaire de joie, de fraîcheur et de paix. Un Dieu venu pour nous consoler, pour nous donner sa vie et pour nous faire saisir que ce fameux miracle de Noël n’est pas le cadeau que j’attendais pour ma camionnette depuis des années. Ce miracle, c’est l’ouverture qu’un oui crée dans les cœurs.

Oh!, bien sûr, il est difficile de ne pas enfermer Dieu dans des paquets cadeaux remplis de réponses toutes faites. Mais ce faisant, nous risquons de faire de Dieu un fast-food bon marché, rempli de nos intentions, pendant que celles de ce vrai Dieu auront disparu.

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Au fait, quelles sont les intentions de Dieu quand il descend dans la crèche et prend les traits d’un être humain?

C’est peut-être comme dans Noël à Jérusalem, si bien écrit et chanté par Enrico Macias. Cette réunion des trois religions du Livre qui paraît si souvent impossible à nos yeux, tellement les maîtres de celles-ci s’enfargent régulièrement dans les fleurs du tapis. Pendant qu’ils envoient leurs soldats se battre pour des théologies trop souvent théories, ces idéateurs prennent le thé sous les orchidées du Vatican, de La Mecque ou bien de Jérusalem. Ne sachant nullement que le sang finira par tomber sur le sol d’un monde qui n’attend qu’une chose : la visite de l’esprit d’enfance.

Bien qu’il ait été longtemps l’objet d’un mépris certain, l’enfant – du moins dans la tradition chrétienne plus contemporaine – n’est plus considéré comme étant à dresser pour qu’il devienne adulte au plus vite. Aujourd’hui, nous pouvons donner une place à l’enfant et l’esprit qu’il apporte. Celui qui nous bouscule par sa liberté, sa vitalité et sa force de vivre. Des boules d’énergies libres, pleines du potentiel que nous cherchons toujours à retrouver dans nos os et nos muscles qui s’usent et se raidissent un peu trop vite.

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Ieshoua le Christ, Dieu pour les chrétiens, a d’abord été un enfant. Les deux pieds sur terre. Cherchant; à être consolé alors qu’un événement triste envahit son cœur; à être soigné alors qu’il s’est blessé; à être élevé vers la vie et sa propre liberté d’être humain comme adulte.

C’est à tout cela que me fait penser l’enfant dont nous célébrons la naissance aujourd’hui. Loin des décorations étincelantes qui finissent par taper l’œil et nous rendre agressifs, loin des méga-centres d’achats où nous acceptons tous un peu de jouer le jeu du dieu-économie, loin de tout cela, l’enfant souhaite.

Souhaite que nous soyons heureux, que nous apprenions à donner et que nous répétions chaque jour le « Oui » essentiel de Marie. Oui primordial et fondamental à l’esprit d’enfance qui naît en nous un peu chaque jour.

Mario Bard

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