Mon grain de sel

Grain de SelMon grain de sel, sur l’Évangile du dimanche 21 février 2016

par Mario Bard.

Irradier, parce que donner

Comment a-t-on pu laisser le règne des barbares revenir? Pourquoi ceux et celles qui parlent avec condescendance des problèmes du monde se retrouvent-ils dans le haut des palmarès? Vous doutez de ce que je dis?

Regardez Donald Trump chez nos voisins du sud. Il caracole en tête des sondages, presque à égalité avec Hillary Clinton. Il « flashe! » Le problème vient du fait qu’il érige la plaisanterie politique et le « pitchage » de nom et de vulgarité au rang de discours politique.

Son programme pour mener les États-Unis? À part quelques idées comme de taxer les entreprises américaines qui exportent des emplois en Chine ou bien de construire un mur entre le Mexique et son pays, aucune idée. Toute la foule venue le rencontrer est « Terrific », il va accomplir des choses extraordinaires parce qu’il est lui-même « Terrific », et le pays retrouvera l’éclat « terrific » qui le caractérisait il y a 60 ans.

Évacuer le désir de dialogue, le désir de construire avec tous; il y a ceux qui rentrent dans le rang, et ceux qui restent dehors, en attendant que la tempête passe. Un pays coupé en deux entre les « terrific bullies », et ceux et celles qui osent rêver une société où tous auront un accès aux soins de santé et à de l’éducation à profusion, sans que cela ne mette en danger le fait – essentiel! – de vivre sous un toit décent.

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Au Québec? Heureusement, les gens manifestent de plus en plus. Les coupures à l’aide sociale sur un chèque déjà famélique; les écoles qui ne reçoivent plus les services de base afin d’éduquer convenablement; les logements et les maisons qui continuent d’augmenter…

Pendant que l’écart se creuse entre les plus riches et les plus pauvres, et qu’une classe moyenne capable de donner la joie à ses enfants se meurt, les barbares économiques insistent : il faut l’austérité! Pour qui vais-je demander? Pas eu de réponse…

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Les barbares ont mis Ieshoua à mort. Grands prêtres aux idées obtuses; les scribes à la langue de bois; les vendeurs du temple. Cela, Ieshoua le savait peut-être dès les évènements de la montagne. Il n’était pas devin. Mais, juste par les réactions à ces nombreux miracles, signes de la présence d’un Dieu consolateur et pacifique, d’un Dieu miséricorde – « Le nom de Dieu EST miséricorde » clame le pape –, d’un Dieu lent la colère et plein d’amour!

Mais, les barbares ne l’ont pas écouté. Ou plutôt, ils l’ont si bien compris, lui qui voulait ramener à l’avant-plan une société plus juste, plus humaine. On ne gagne pas des fortunes en donnant. On n’en perd pas non plus. Mais, le compte de banque reste désespérément en deçà de la fortune que l’on pourrait réaliser si l’on écoutait le capitalisme impérial nous dicter la valse… comme le font maintenant nos bons barbares économiques. « Souffrez, un jour, cela paiera ».

Ieshoua n’a jamais parlé d’une souffrance nécessaire. Il a parlé du Règne de Dieu qui s’établit lorsque nous acceptons de partager, de consoler, de donner sa vie. C’est souffrant, certes. Mais, jamais autant que de ne rien donner.

Sur la montagne, Ieshoua est confirmé dans ses idées par les deux plus grands prophètes que son peuple connaissait : Élie et Moïse. Deux patriarches qui, bien au contraire des élites renfrognées et devenues barbares à force de fermeture, viennent lui redire que le Père est tout, sauf cet être barbare tant inventé par les adorateurs du pouvoir, de l’argent et des privilèges.

Alors, sommes-nous dans le règne des barbares économiques? Certainement. Mais, pour irradier de l’intérieur, nul besoin de les écouter. L’exemple de Ieshoua, et de tant d’autres qui ont donné leurs vies (Gandhi, Mère Teresa, Abbé Pierre, Charles de Foucauld, Mgr Romero), pourrait nous donner le goût d’avancer. Il s’agit d’écouter l’esprit qui les a animés. Le même esprit d’amour qui a illuminé Ieshoua, de la croix à la résurrection.

Mario Bard

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