Mon grain de sel

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Grain de SelMon grain de sel, sur l’Évangile du dimanche 7 septembre 2014

par Mario Bard.

Oser l’humilité pour une meilleure humanité

 

J’ai de la difficulté avec cet extrait de l’Évangile. Parce que cela demande tellement d’humilité de part et d’autre! Ainsi, celui ou celle qui est réprimandé doit savoir accueillir la parole d’un frère ou d’une sœur dans la foi. Espérant qu’elle souhaite vraiment aider.

Car, si d’un côté, le fautif se retrouve dans une situation de vulnérabilité, celui ou celle qui réprimande n’a pas le droit de le faire pour des considérations idéologiques ou pour « nettoyer » la communauté comme on met de l’eau de javel sur une tache pour la déloger. Pour en arriver à cette extrémité émise dans l’Évangile, il faut vraiment que la faute affecte l’esprit chrétien, qu’elle soit un contre sens pour la communauté, qui elle, se veut témoignage de l’action de Ieshoua dans ce monde.

Selon ce que j’en sais, et mis à part les sectes, peu de communautés chrétiennes ont procédé à ce genre d’exercice. Peut-être parce qu’au fil du temps, celles-ci sont devenues si grosses que seuls le curé et les vicaires connaissaient partiellement les « ouailles » à écarter. Et le danger – cela s’est observé au Québec – est que ces dirigeants deviennent dictateurs de conscience au lieu d’en être des directeurs. On veut une communauté parfaite, sans tache.

Mais, qu’est-ce que la perfection aux yeux du Dieu des Évangiles?

Les exégètes et théologiens s’entendent; on parle ici de fautes graves et publiques. De celles qui affectent lourdement toute la communauté. L’exclusion devrait être un dernier recours. Une mesure temporaire qui permet à chacun de respirer. Celui qui a brisé les liens réfléchit. La communauté espère et prie.

Encore une fois, je crois qu’il faut être extrêmement prudent dans la manière d’interpréter cette Parole. Ieshoua ne désire-t-il pas que ses disciples soient des unificateurs plutôt que des diviseurs? Lié demeure le but ultime. Pour certains exégètes, cela veut dire pardonner ou accorder le pardon ; même sur la croix.

***

Tout près de chez moi, habite un homme qui vend de la drogue. En fait, c’est le voisin immédiat d’une maison en rangée. Autant dire, mur-à-mur. Loin d’un cannabis plutôt bon enfant, le vendeur joue dans les ligues majeures : il vend du crack en grande quantité. Une drogue dure qui a des effets pervers; plus le client en consomme et plus il en veut. Il est prêt à voler, mentir, tuer pour obtenir ses doses quotidiennes.

Les affaires du voisin sont bonnes depuis deux mois. Les clients sont de plus en plus nombreux. Au grand désarroi des autres voisins, de nombreuses jeunes familles, qui s’inquiètent de ce phénomène. Alors, un autre voisin immédiat a décidé de parler au propriétaire des lieux, un ami du vendeur de drogue.

Bref, la conversation a eu lieu, et les ventes ont connu une baisse radicale : 100 % en l’espace d’une journée! Le message est passé. L’ami propriétaire a convaincu son ami d’arrêter. En plus, il a présenté le vendeur au plaignant. Une rencontre inusitée, mais qui a finalement créé une nouvelle amitié. Surprenant ce que la vie réserve quand on fait le choix de parler et de dialoguer au lieu d’écouter d’abord par la peur, c’est-à-dire, d’appeler directement les policiers. Il faut dire que dans ce cas-ci, le vendeur n’avait rien d’un criminel endurci.

L’histoire ne dit pas si le jeune homme continuera de vendre ailleurs cette drogue mortelle. L’espérance, c’est qu’il ait saisi en son for intérieur que ses actes dérangeaient profondément la communauté civile. En plus de la peur qu’apporte la vente de drogues dures. Les fusillades sont une réalités dans cette ville. Elles ont déjà tuées des innocents.

Est-ce que l’homme se sentira exclu? L’histoire ne le dit pas. Pourtant, si le vendeur saisit le message, peut-être changera-t-il de vie. La réflexion engendrée, mais aussi l’empathie et l’amitié, mènera, on l’espère, à une vie meilleure pour tous.

***

Délicats sont les liens humains. Et sincèrement, nous ne sommes pas toujours à la hauteur de l’Évangile. Mais, si nous faisons de plus en plus confiance à l’Esprit Saint en nous, et que nous le mettons en communication avec des chrétiens et des chrétiennes de bonne volonté, nous pouvons espérer un avenir meilleur. Microcosme du Règne de Dieu selon l’Évangile, nous apprendrons à le porter intérieurement, où que l’on soit. Notre sourire, nos gestes, notre désir du meilleur pour l’être humain, dans le respect des autres, refléteront cet Esprit habitant déjà la communauté. C’est ce que je nous souhaite.

Mario Bard

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