Regards croisés

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Voici la suite de notre nouvelle rubrique qui vous est proposé par Étienne et s’intitule “Regards croisés“. Il s’agit d’un court commentaire librement inspiré par l’évangile du prochain dimanche. Nous espérons qu’il sera une source de réflexion et de méditation tout au long de votre semaine!

La parabole des talents

Les récits évangéliques sont des invitations à entrer en relation dans la confiance et la gratuité. C’est la définition de l’Alliance, laquelle l’ensemble de l’histoire biblique nous invite à faire. C’est un principe de circulation, de respiration qui nous invite à quitter un terreau stérile, où nous sommes enfermés pour remettre la vie en mouvement. C’est cette dynamique du mouvement.

C’est la même dynamique qui est à l’œuvre dans l’histoire du fils prodigue. Le fils ainé est choqué de voir le père qui accueille le fils disparu en dilapidant son héritage qui, soudainement, revient, en lui faisant tous les honneurs. C’est comme ceux qui vont travailler à la vigne : les premiers et les derniers arrivés ont un même salaire. Le père et puis le Maître ne font pas la justice, clament les travailleurs de la première heure. Georges Convert répond, dans son commentaire de texte de Matthieu, « Dieu ne nous invite pas à une relation [uniquement] basée sur celle de la justice, du donnant-donnant, mais sur celle du don. Une invitation à entrer dans une relation basée sur la gratuité, sur la bonté. »

La parabole sur les talents de Matthieu nous parle de relation, de confiance, de mouvement. Le talent est avant tout, écrit Georges, dans son commentaire, une mesure de poids dans le monde grec, qui équivaudrait à 25 Kilos d’or. Une richesse pharaonique donnée par le Maître. Les dons sont différents d’une personne à l’autre, mais nous demeurons face à une générosité phénoménale.

Après un long moment, le Maître revient et s’enquiert, chez ceux à qui il a donné sa richesse, comment on a pu la faire fructifier. Dans sa parabole, Jésus s’adresse à une communauté de femmes et d’hommes. Est-ce que faire fructifier des biens signifierait pour Jésus d’accumuler chez soi ou à la banque ? Je ne pense pas. Comment Jésus fait-il fructifier l’héritage de son Père ? Ici il accueille et soulage, là il pardonne et guérit. Et il arrive,  comme dans tout l’univers biblique, le signe de l’Alliance, où Jésus partage sa table, où tous mangent ensemble « le banquet de la fête ».

Le philosophe québécois, Jacques T. Godbout, a écrit sur la signification particulière du don. Pour lui, le don représente une forme d’abandon fait dans la gratuité et la confiance. Il l’exprime avec beaucoup de conviction : l’humain est fait pour donner et recevoir, à l’extérieure de toute entente contractuelle! Le don est un levier social important.  Au départ, nous avons reçu la vie. Donc, nous explique le philosophe québécois, quand on donne la vie à notre tour, le don que l’on fait, c’est en fait un retour de balancier, c’est rendre. Le don est souvent une invitation à donner, donner au suivant, écrit Jacques Godbout. Le don, l’intuition, quand quelque chose arrive, cette petite étincelle à la base de toute relation, nous avons l’impression que cela nous vient d’ailleurs. 

Nous pouvons appliquer ce raisonnement du philosophe pour éclairer la parabole de Matthieu. Les deux premiers serviteurs acceptent d’entrer dans cette danse. Le troisième, paralysé par la peur, refusant que rien ne bouge, se retire de la vie, refuse le don qui sous-tend la confiance et la gratuité. En enfouissant le talent dans le sable, il ne risque rien, se dit-il, mais il se ferme à toute création, à toute vie. Il brise la chaîne du don qui est la chaîne de la vie.

« C’est sur le don que nous bâtissons des liens vrais et fraternels qui tissent aujourd’hui notre jour éternel. »

(Georges Convert)

Étienne Godard

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