Regards croisés

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Certains commentaires sur ce texte de Marc disent que la maladie, l’emprise du mal, qui semblent opprimer cet homme dans la synagogue, ne l’empêchent pourtant pas de venir assister aux assemblées qui s’y font. La présence de Jésus, surtout sa Parole, son enseignement, provoque une cassure chez cet homme que le texte nous dit possédé. Pour moi, les paroles de Jésus qui enseigne invitent l’assistance à une lecture nouvelle de l’Alliance qui lie le peuple juif à sa proximité avec Dieu, selon ce que leur révèlent les écritures juives. En révélant une image de Dieu qui nous accompagne dans la sortie de nos esclavages, il nous encourage à nous relever de nos chutes, à sortir de nos enfermements. Sans contredit, cet homme vit un retournement. Il tisse une relation nouvelle, il crée un sens de ce qu’il vit. Il s’ouvre à une lumière qui trace un chemin, hors de son enfermement.

Le pouvoir du nom

Dans la Bible, le nom est chargé d’une force symbolique. Il faut reconnaître que dans une assemblée, une réunion, se faire appeler par son nom à un impact immédiat: on sort de l’anonymat. Tout à coup, on se met à exister. Le discours de l’un n’est plus un bruit, mais il devient une parole. Ce n’est plus un bruit que l’on entend, mais une parole que l’on écoute. Pour moi, il y a quelque chose comme ce lien qui s’établit entre Jésus et l’homme possédé. C’est cette force du nom, de la singularité qui déclenche le renversement que nous découvrons dans la synagogue de Capharnaüm. Nous l’avons tous expérimenté dans nos vies, il n’y a que l’écoute attentive, il n’y a que l’accueil inconditionnel, que l’amour désintéressé qui peuvent provoquer une telle métamorphose de l’être et du cœur. Avec Jésus, c’est comme si Dieu passait à cette forme d’interaction personnelle. C’est ce que j’appelle mes rencontres du salut dans ma vie, quand le bruit s’est fait Parole.

Recevoir la Parole

Cet échange entre Jésus et l’homme possédé, pour reprendre le terme utilisé par l’évangéliste, sème l’étonnement dans la synagogue. Des murmures, de plus en plus audibles, se font entendre dans la synagogue, note l’évangéliste Marc. « Voilà un enseignement  nouveau, avec autorité » (Marc 1, 27). L’invitation que fait Jésus à l’homme de se laisser transformer par sa Parole, questionne l’assemblée. “Ouvrirons-nous aussi notre cœur à cet appel à une relation nouvelle?” Georges Convert, dans son commentaire du texte de Marc, nous pose une question: « Qui parle en nous? Qui nous possède? » Pour lui, il faut savoir se laisser questionner par la Parole de Jésus, apprendre à se laisser posséder par Jésus, par son invitation à faire le choix de sortir des ténèbres pour venir dans la lumière, à se mettre à l’écoute, à apprendre à faire confiance à cette voie intérieure.

Suivre cette Parole comporte un engagement, soit la capacité de passer de la parole aux actes, pour en faire à son tour un témoignage:

« Dans la prière pour le souffrant, c’est la compassion de Dieu qui est demandée. Mais cette compassion doit être aussi en acte dans la vie de ceux qui prient. On ne peut demander à Dieu de guérir un frère, une sœur qu’en étant en même temps prêt à manifester soi-même une grande compassion. Celle-ci s’exercera à travers les petits gestes quotidiens du service, de l’attention à l’autre, du temps donné à être proche, de l’écoute fraternelle. »

Georges Convert

Étienne Godard

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