Regards croisés

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Un temps de dépouillement

Le texte de Marc commence immédiatement après que Jésus ait reçu le baptême de Jean le Baptiste, où l’esprit de Dieu descend sur lui. Le verset 11 nous dit: « Tu es mon fils bien-aimé, il m’a plu de te choisir ». Ce passage de Jésus au désert, après son baptême, est relaté d’une manière très différente de celle des évangélistes Matthieu et Luc. Ces derniers nous parlent des différentes tentations de Jésus. Ces tentations sont absentes chez Marc. Avant d’aller de l’avant en vous proposant mon interprétation de ce passage, j’aimerais bien m’arrêter sur deux choses: le désert et les quarante jours.

Signification des quarante jours dans la Bible

Après leur fuite de l’esclavage en Égypte, les tribus juives vont passer quarante ans au désert. Moïse va passer 40 jours dans la montagne de l’Horeb dans sa rencontre avec Dieu. Jonas, après être sorti de la baleine, avait lui aussi 40 jours pour convaincre les habitants de Ninive de revenir à Dieu. 40 jours, 40 années, tout cela est une image. C’est le temps nécessaire à la maturité. Pendant ces 40 ans au désert du Sinaï, Dieu éduque son peuple et le peuple s’approprie son Dieu. 40 marque le temps de faire un choix éclairé, le temps de décider le chemin sur lequel s’engager. 40 jours, c’est le temps que dure le Carême.

Le désert

Le désert, tel que présenté dans les textes bibliques, à deux visages pour moi. Je commencerais par mentionner le côté éclairé du désert. On peut le considérer comme un lieu sans bruit, sans distraction, propice au recueillement. On part en retraite souvent pour retrouver ce temps de silence pour laisser de la place à notre intériorité. Plusieurs d’entre nous avons ce petit « désert » aménagé chez soi à l’abri du bruit et des regards pour nous permettre de tisser des liens avec l’Esprit. Jésus aussi avait sa prédilection pour le désert. Un peu plus loin, dans le récit de Marc, à Capharnaüm, le dernier jour, il se lève avant le soleil et part dans un lieu désert (Mc 1,44). Il y fait les mêmes gestes que l’on fait. D’un autre côté, on parle aussi du désert comme d’un lieu qui nous terrasse par son aridité. Un lieu où s’exprime notre soif, nos fragilités, notre besoin d’être avec. Nous utilisons parfois l’expression du désert de nos vies ou celle de la traversée du désert. Être jeté au désert, c’est être jeté hors du monde. Quand Adam et Ève sont éjectés hors du paradis terrestre, ils se retrouvent dans une contrée désertique.

Jésus au désert

Pour moi, ces 40 jours passés au désert nous parlent de la maturation de son ouverture totale à Dieu. Pour moi, c’est comme un temps de gestation. Dieu l’a choisi, il l’a affirmé à son baptême. À Jésus de faire cette même démarche. Le baptême est une forte expérience spirituelle pour Jésus. Matthieu et Luc nous parlent de sa rencontre avec le réel, la tentation de la richesse, la puissance, ses face-à-face avec la vie humaine, ses face-à-face avec Satan. Ce chiffre magique de 40, le texte de Marc nous mentionne que Jésus en ressort comme d’une nouvelle naissance qui débouche à une fidélité quotidienne envers son Père. Pourquoi le passage avec les bêtes sauvages? Georges Convert, dans son commentaire du texte de Marc, nous cite le prophète Isaïe (11, 6-9): « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits, même gîte… » L’image des bêtes sauvages vivant en harmonie avec l’humain, précise Georges, est une image du Royaume.

Le début de notre marche en Carême

Nous aussi avons quarante jours pour nous préparer à atteindre cette maturité spirituelle pour accueillir l’avènement de la résurrection. 40 jours pour se mettre debout. Mais tout défi spirituel n’est jamais seulement individuel. Dans le monde juif où vit Jésus, l’individu est avant tout membre d’une communauté. Ce sont ses relations à la communauté qui le définissent. Ces anges, dont nous parle l’évangéliste Marc, qui ont accompagné Jésus dans le désert, nous pouvons les mettre en parallèle avec toutes ces personnes qui nous accompagnent dans la communauté pour nous permettre d’en venir, à notre tour, à être fidèle à cet appel que sont les Paroles de Jésus:

Avec le Ressuscité, le disciple peut faire l’expérience de la possibilité de l’Amour. La foi chrétienne est d’abord engagement de tout l’être à la suite de Jésus. Engagement à vivre l’Amour, certes difficile, mais possible. Il en puise la force dans la méditation et la prière, mais aussi dans la vie fraternelle vécue entre disciples. C’est là qu’il peut et doit faire l’expérience de la main tendue, de l’oreille attentive, de la tendresse réconfortante et du pardon. Et celle de vivre debout, en artisan de justice et de libération…

Georges Convert

Étienne Godard

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