Regards croisés

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Sortir d’un temps catastrophe

Jésus nous présente un Dieu qui ne me regarde pas de sa grandeur en me donnant le tournis. Il ne me demande pas avant tout d’apprendre des dogmes et de les réciter par cœur. Jean, me montre un Dieu qui s’incarne, porte mes traits, présente mes souffrances, mais porte un regard vers un devenir, défie la fatalité qui m’ouvre une porte. Il me fait respirer, me ramène parmi ceux et celles qui sont aussi des êtres qui ont non seulement du souffle, mais qui le partagent, des êtres qui sont contagieux. Jésus, dans ce passage que nous livre l’évangéliste Jean, est lui aussi contagieux, il vient littéralement redonner vie à ces hommes, ses disciples, enfermés à double tour et que la peur paralyse. D’un avenir fermé, ils versent dans l’espérance.

Les apôtres réunis, en catimini, derrière des portes closes, après la mort de leur maître, vivent dans un temps limite, un temps catastrophique. Cet homme, avec qui ils ont vécu, cet homme qui les a nourrit, qui leur a appris la valeur de l’amour, de la miséricorde et de l’espérance, a été mis à mort. J’ai lu un témoignage du franciscain Guylain Prince. Il explique bien l’importance de cette présence de Jésus auprès de ses disciples. « Mon témoignage, comme chrétien, c’est d’appeler la vie, comme l’appel de Jésus à Lazare. Par ma vie, je suis appelé à appeler la vie là où il y a une situation de mort. Être chrétien, c’est se rendre disponible. »

Devenir passeur

Ces hommes enfermés vivent une situation de manque, de vide et de non-sens. C’est alors que dans cette ténèbre, Jésus survient et l’inonde de lumière. Pour paraphraser monsieur Prince, il vient appeler la vie où il y a une situation de mort. Il leur proclame la paix et insuffle sur eux son Esprit. Dans mes moments les plus sombres, j’ai eu le privilège de rencontrer sur ma route des personnes qui m’ont redonné ce souffle, qui en ouvrant à la relation par l’assurance d’une présence, m’ont aidé à regagner le cours de la vie.

La tradition chrétienne m’invite à accueillir ce souffle. Plus encore, elle demande aux personnes qui ont accueilli ce souffle de vie de devenir, à leur tour, capable de le transmettre — accepter d’entrer dans cette chaîne de vie et prendre un rôle de passeur. Georges Convert écrit: « Chaque fois que vous aimez votre frère d’amour gratuit, c’est moi [Jésus] que vous aimez. »

L’image personnifiée de Thomas

Le passage sur Thomas et son désir de voir nous parle particulièrement. Cet éclairage soudainement porté sur l’un des disciples, sur son incroyance devant le témoignage de ses compagnons, sur son individualité tenace, en fait un colocataire très crédible. Alain Marchadour, dans des écrits sur l’évangile de Jean, nous fait remarquer comment Jean personnifie les expériences de foi. Pour nous c’est très riche. Aujourd’hui, on n’aime pas s’effacer derrière la communauté. Chacune des expériences est unique. Thomas ne va finalement pas mettre son doigt dans les plaies. Malgré ses réticences, il est le seul qui va appeler Jésus « Mon Seigneur et mon Dieu ».

Jésus, face à celui qui aurait pu être le premier chrétien devenu croyant sur le témoignage de Marie et des apôtres, proclame « bienheureux ceux qui croient sans avoir vu. » Pourtant, dans ses difficultés à croire, dans ses contradictions, sa solitude aussi, il reste l’un de nous, « disciple en position précaire », il prend valeur typologique. À ce titre, peut-être est-il notre « jumeau » à tous.

Alain Marchadour

Étienne Godard

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