Regards croisés

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Un engendrement

Le texte de l’évangéliste Jean cette semaine est la suite du discours que nous avons lu la semaine dernière où Jésus nous a parlé de la vigne. Il a fait allusion à ses disciples comme des sarments, ces pousses qui émergent du pied de vigne et qui en portent les fruits. Dans cette image de la vigne, il a beaucoup insisté sur l’importance de demeurer. Comme les deux disciples de Jean le Baptiste qui voient Jésus pour la première fois et lui demandent: « Rabbi, où demeures-tu? », Jésus répond: « Venez et voyez! » (Jn 1,38). Venez et faites-en l’expérience. L’enseignement du Rabbi Jésus est une expérience pratique, une règle de vie.

Aimer c’est entrer en relation

Ce fruit dont nous parlait le texte de l’évangile de Jean se révèle dans cette suite qu’il nous donne aujourd’hui: c’est l’amour. J’ai réussi à m’approprier le mot foi au moment où j’ai pu l’associer à la relation. Quand Jésus me demande d’avoir foi en lui, il ne me demande pas de croire à des idées, mais d’accepter d’entrer en relation avec lui, de vivre avec lui, de demeurer avec lui, de vivre avec lui son enseignement. Georges Convert nous expliquait que nous devions nous laisser engendrer par lui. Se laisser engendrer en se mettant à sa suite, à son écoute, à son agir. Se laisser engendrer, c’est accepter de laisser couler dans le lit de sa vie quelque chose d’autre. Ouvrir un espace de sens qui me fait accepter de m’y enraciner. Il faut avoir l’ouïe sensible à toutes ses fragilités pour se dessaisir.

L’amour: une gratuité

Dans ses commentaires, Georges définit l’amour avant tout comme la gratuité dans nos liens. Amener nos relations dans un espace de gratuité. Pour moi, installer cette gratuité dans nos relations, c’est y installer l’amour dont nous parle l’évangéliste Jean. Cet amour, c’est ce que je donne, ce que je fais de ma vie puisqu’elle est de l’ordre de la relation. Pour favoriser la vie, la faire grandir, le don est essentiel. C’est pour cela qu’elle se vit sans la relation. Georges, qui emprunte une expression à Jean-Yves Leloup, écrit qu’aimer c’est apporter la présence divine sur la terre. Je vous laisse sur une citation de Jean-Yves Leloup que Georges reprend dans son commentaire:

Iéschoua propose une expérience nouvelle. Il propose, il n’impose rien, car s’il y a quelque chose qui ne se commande pas, c’est bien l’amour. Obliger quelqu’un à vous aimer, c’est par là même l’en empêcher. Le Christ n’a pas dit: Tu aimeras, dans le sens de Tu dois, mais dans le sens de Tu peux, tu es capable. Tu aimeras n’est plus une parole d’obligation, mais d’espérance (…) Le “cœur dur” ou le “cœur de pierre” est un manque d'”exercice”. Les préceptes (i.e. enseignements) sont autant de moyens d’assouplir le cœur, de lui conserver la santé et la vie, car celui qui n’aime pas demeure dans la mort.

Jean Yves Leloup, L’Évangile de Jean, Albin Michel 1989, p. 242.

Étienne Godard

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