Regards croisés

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Un huis clos révélateur

Nous apprenons dans ce récit que nous donne Jean, que le soir de la résurrection de leur maître, les disciples sont enfermés. Nous avons souvent abordé le thème de la libération dans l’expérience de Jésus. Le texte stipule que les portes sont verrouillées. Très probablement, les disciples ont peur de subir le même sort que leur maître. Même si les femmes au retour du tombeau vide sont venues leur dire ce qu’elles avaient vu et entendu. Surprise, même dans cet enfermement, Jésus se fait présent. Cette image n’a pas de temps précis. Je dirais qu’elle est toujours présente pour nous aussi. Jésus se fait présent dans nos obscurités. Quand il se fait présent, Il invite à se libérer. Libérer de la peur, ils passent à la joie.

Bienveillance et miséricorde

Jésus leur montre ses blessures subies à la croix: les entaillent qu’ont fait les clous enfoncés dans ses mains, dans ses pieds, la lance sur le côté. Jésus dévoile avant toute chose son humanité, sa solidarité à la vie de ses disciples. Comme les humains, le plus profond de son identité réside dans ses blessures, ses souffrances. Surtout, il démontre qu’il les a vaincues. Son chemin de vie, celui de la bienveillance, de la miséricorde, est vraiment un chemin de vie qui peut nous relever de toutes nos morts. 

Une relation intime

Dans ce texte de Jean, nous assistons à une scène très intime. N’oublions pas le début du texte qui nous dit qu’ils sont enfermés à double tour. Nous retrouvons beaucoup de tendresse de Jésus, de miséricorde. Il ne faut aucune remontrance à ses amis et disciples qui se sont barricadés ainsi. Il est accueillant, montre ses plaies. Thomas, qui n’était pas là, refuse de croire. Jésus va respecter cette incrédulité. Il revient huit jours après. Jésus n’en fait toujours pas de cas et accueille Thomas, aussi chaleureusement qu’il avait accueilli les autres disciples la semaine précédente. Cette grande intimité à laquelle l’évangéliste Jean nous permet de participer nous révèle que le lien auquel nous appelle Jésus est relationnel. Il ne nous appelle pas à suivre un code juridique prédéfini. Il nous appelle à entrer en relation, à nous mettre à sa suite. Entrer en relation, c’est un geste d’amour, un désir de se faire proche. Comme le dit la première lettre de Jean, nous rappelle Georges : « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons nos frères. Qui n’aime pas demeure dans la mort »  (1 Jn 4,14). 

« Il est peu ordinaire d’insuffler son propre souffle dans la bouche de quelqu’un. Nous le faisons pour redonner le souffle à ceux qui viennent de le perdre: ce que nous appelons la respiration artificielle, le bouche-à-bouche. Cette insufflation peut ainsi redonner le souffle, la respiration à celui qui l’a perdue: elle fait revivre. Dans le 1er livre de la Bible, la Genèse, le même verbe «insuffler» est employé pour décrire la création de l’humain: transmettre un souffle spirituel qui pardonne et recrée pour faire de chacun et chacune un être nouveau. 

Il n’y a pas plus de preuve historique de la résurrection [comme] un époux ne peut présenter de preuves irréfutables de l’amour de son épouse: c’est par l’amour qu’il fait confiance, en s’appuyant sur ce qu’il a déjà vécu avec celle qu’il aime. Demander des preuves de l’amour, c’est en tuer la gratuité. La Parole de Jésus nous fait ressusciter de toutes nos petites morts quotidiennes: elle nous fait expérimenter que l’égoïsme nous referme sur nous-même et nous conduit à la tristesse alors qu’aimer son prochain est source de joie; que le doute en l’autre détériore l’amitié alors que la confiance fait revivre des liens qu’on croyait morts; que le ressentiment et le refus de pardonner ne conduisent qu’à souffrir alors que le pardon donné peut apporter la paix à nous-même et la guérison à notre prochain. »

Georges Convert

Étienne Godard

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