Regards croisés

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Ce texte que nous a légué l’évangéliste Luc ne se retrouve pas dans les autres récits évangéliques, que ce soit chez Marc, Jean ou Mathieu. Il marque une cassure dans la vie publique de Jésus. Il quitte la région nord de la Palestine, la Galilée, où se trouve entre autres choses le lac de Tibériade (la mer de Galilée), où il a choisi ses disciples, prêchés, avec un certain succès, car les textes nous parlent souvent de foule et beaucoup de guérisons.

Le texte de Luc que nous avons sous les yeux nous dit que Jésus « se détermine à marcher vers Jérusalem. » C’est une traduction de Georges Convert. Le texte de la TOB dit ceci « Jésus pris résolument la route de Jérusalem ». Il y a un renvoi en bas de page qui spécifie que « Jésus durcit sa face ». Nous n’avons pas été confrontés à cette attitude de Jésus depuis le début du récit. Cela nous informe de l’importance de la décision que Jésus prend d’aller vers Jérusalem. C’est armé d’une grande détermination que Jésus à la tête de ses apôtres et d’autres disciples qui sont à sa suite qu’il quitte la Galilée pour se mettre en route vers le sud, vers Jérusalem.

Entre la Galilée et la Judée, où est situé Jérusalem, il y a la Samarie, qui a été longtemps, très longtemps, sous l’occupation de l’armée d’un envahisseur. Après cette période d’occupation, les Samaritains n’ont plus été reconnus comme de vrais juifs. Il s’est installé un froid entre eux et les autres juifs. Jésus a toujours refusé cette différence. On se souviendra de la parabole du bon Samaritain ainsi que de l’épisode de Jésus au puits de Jacob, en Samarie, en discussion avec la samaritaine.

Si j’ai bien compté, c’est cinq fois que l’on retrouve l’expression « ils sont en marche » dans le texte de Luc. J’y vois une allégorie avec notre propre existence. Nous devrions utiliser cette expression quand nous parlons de nous. Je suis, nous sommes en marche. Mais les embûches que nous rencontrons sont nombreuses. Pourtant, Jésus nous invite à participer à cette marche. Notre vie est continuellement en mouvement. C’est la vie qui est ainsi. Jésus me demande de me joindre à cette marche. Plus encore, dans cette marche, de se joindre à son chemin. Son chemin est celui de la création, celui de la vie. Il fait des rencontres sur ce chemin. Il rencontre des personnes qui veulent se mettre à sa suite, mais qui ont des entraves qui les attachent, comme un boulet, au passé. Jésus n’accepte pas tout ce qui nuit à ce mouvement. Sur ce chemin, Jésus cherche à nous libérer de ces boulets. Il y a des choix douloureux, mais qui sont féconds. Pour lui, aller vers Jérusalem c’est aller vers la mort. Mais pour lui, en faisant ce chemin, il proclame que le don de soi, la miséricorde et la bienveillance sont plus forts que la violence.

Sur ce chemin, il me dit, il nous dit, que même si cette route est différente des chemins que nous connaissons par cœur, chemins que nous reprenons encore et encore malgré les échecs, que ce chemin est fécond. Il nous dit que devant cette nouveauté, il faut savoir faire confiance. La présence de Jésus nous montre que ce royaume du Père c’est d’être-là, avec lui, maintenant. Sur le site de Mystère et vie, dans le commentaire du récit qui nous intéresse aujourd’hui, nous pouvons y lire ceci: « Jésus dit : il y a quelque chose de plus important que tous ces nobles devoirs de la société et de la religion, i.e. être-là où se passe la vie, où Dieu est en train d’agir. »

Pour Jésus la fraternité doit être sans frontière, ou elle n’est pas. Il n’y a pas de vraie solidarité lorsqu’un groupe protège ses membres en ignorant les autres groupes. Le peuple de Dieu ne saurait se construire à l’abri dans un monde réservé et clos. Pensons à certaines solidarités syndicales de professionnels bien nantis qui ignorent toute solidarité avec les travailleurs les plus mal payés, ou avec les sans-emploi. Pensons à notre indifférence de gens de pays riches envers les miséreux des pays du Tiers-monde. Pensons à certains groupes ethniques qui font leur solidarité en tuant les autres sous prétexte de purification ethnique. Et nous, disciples de Jésus, avons-nous vraiment dépassé les divisions entre protestants et catholiques? entre catholiques engagés politiquement et catholiques charismatiques? entre chrétiens et musulmans? entre chrétiens et Juifs?

Georges Convert

Étienne Godard

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