Regards croisés

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L’humanité de Jésus

J’assistais à un cours donné par Francine Robert à l’Institut de Pastorale des Dominicains sur la formation des évangiles. Elle mentionnait que puisque Jésus, Fils de Dieu, est né de Marie, une femme de Nazareth, il y avait très certainement quelque chose de nous, quelque chose d’humain, en Dieu. Une autre de ses interventions m’avait interloqué. Dans les évangiles, Jésus appelle souvent Dieu « Abba », ce qui veut dire père dans sa langue natale. Il le fait notamment sur la croix. C’était plus que bizarre pour les juifs de l’époque. C’était en fait un manque de respect pour la puissance et la grandeur de Dieu. C’est sa filiation avec Marie qui lui donnait cette manière très humaine de s’adresser à Dieu.

Sur les pas de la Visitation

J’ai lu dans un sermon présenté sur le web une très belle expression. Le prêtre y exprimait le souhait que « toutes nos visites deviennent une Visitation ». À la lumière de cette affirmation, nous devrions faire de ce temps de Noël et de l’Avent un temps de Visitation. En ces temps où règnent les contraintes que nous impose la covid-19, nous ne pouvons le faire de personne à personne. Ma femme et moi avons reçu une carte dessinée à la main d’un grand ami du Relais. Nous l’avons lue et relue. Elle trône sur notre table à manger; elle fait partie de tous nos repas. Dans cette période où la lumière se retire de jour en jour, cette carte est notre lumière.

Peut-être pourrions-nous prendre le temps de faire nos propres Visitations en envoyant des cartes à notre tour. Vous n’avez pas idée des joies qu’elles peuvent faire naître. Les personnes autour de nous qui vivent la solitude y trouveront leurs joies! C’est envoyer de la lumière demeurer dans leur cœur! Un geste gratuit, qui nous met sur Son chemin. L’amour que nous communique Jésus est fait de ces gestes gratuits.

Retour à Luc

L’évangile de Luc nous dit que Dieu se manifeste par son Esprit qu’il envoie couvrir Marie de son ombre. Il se manifeste dans un enfant en gestation. C’est faire le choix d’une grande fragilité. De beaucoup d’humilité aussi. Quand, dans le désert, selon le texte de l’Exode de ce que nous appelons l’Ancien Testament, Dieu se manifeste au peuple juif, c’est à travers les tremblements et le feu des éclairs, ou encore par la force armée de son bras qui défend les juifs contre les  Égyptiens. La vie du fils de Marie va nous présenter un visage de Dieu différent.

L’esprit de Dieu

Georges Convert, dans son commentaire, fait un lien entre cette présence de l’Esprit qui couvre Marie et le livre de la Genèse qui relate la fondation du monde interprété par la Bible. « Au commencement, Dieu créa le Ciel et la Terre; or la Terre était vague et vide, les ténèbres couvraient l’abîme, l’Esprit de Dieu planait sur les eaux (Gn 1,1) ». « Dans ce texte, la Présence de Dieu est décrite comme celle de l’oiseau qui couvre de ses ailes la vie qu’il a créée et qu’il va faire éclore. »  Texte très semblable avec ce que nous propose Luc qui, lui, parle de Marie.

Dans ce même récit de la création, Dieu nous a créé à son image. Le nom de fils de Dieu que les évangiles attribuent à Jésus, Jésus lui-même l’utilise pour ses disciples. On peut lire dans les Béatitudes (Mt 5,9): « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu ». Pour devenir fils de Dieu, il faut y consentir, comme Marie l’a fait. Je cite de mémoire une phrase que j’ai lue: « Nous avons à donner la possibilité au Seigneur d’agir en nous ».

Les messagers

Le lien qui tisse la relation entre Marie et le Tout Autre, c’est l’ange  Gabriel. Georges écrit que Dieu choisit souvent de nous parler par des messagers. « Ceux-ci auront le plus souvent le visage de ceux et celles qui nous entourent. Mais pour les découvrir, il faut que nous soyons éveillés à la visite de Dieu, attentifs à son passage ». Il nous faut pouvoir lire ces rencontres à la lumière de cette espérance qui nous est transmise par la fréquentation de la Parole.

Je termine en vous donnant la définition de l’ange de Dieu donnée par Olivier Clément, que Georges cite dans son commentaire sur le texte de Luc d’aujourd’hui:

L’ange exprime d’abord la dimension verticale des êtres et des choses. Les anges apparaissent chaque fois que le divin et l’humain communiquent. Ils assurent la présence, dans les êtres et dans les choses, de la Parole, de la pensée et de la volonté divines.

Georges Convert

Étienne Godard

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