Regards croisés

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Un royaume, des nations

Il faut se rappeler qu’avant cet envoi des soixante-douze en mission, Jésus avait déjà envoyé ses disciples en mission, mais douze cette fois. On imagine que ce sont ses apôtres. Il faut remonter au début du chapitre neuf, toujours dans l’évangile de Luc, pour retrouver le récit de cet envoi. Ils reviendront, selon le même récit, juste avant le miracle de la multiplication des pains et des poissons sur la montagne, à la fin du chapitre neuf.
Il est vrai que ces deux envois en mission ont des caractéristiques similaires. Mais, si nous y regardons d’un peu plus près, nous nous apercevons rapidement que le second envoi, celui des soixante-douze, est différent. Il est plus élaboré. Il insiste beaucoup, en parlant à ses envoyés sur le besoin d’être des porteurs de paix et d’humilité. Faire connaître la proximité du royaume se fait avant toute chose par leurs propres comportements, dans leurs actions, leurs relations avec les autres.

Noël Quesson dans son ouvrage Parole de Dieu pour chaque dimanche (Droguet et Ardent 1990) note, dans ses commentaires réservés à ce texte de Luc, que dans le discours d’envoi de Jésus, nous ne trouvons pas de contenu doctrinal ni de définition de la foi. Ce qui leur est demandé est très simple : faire œuvre de paix, guérir, apporter la joie, faire du bien chez les personnes qu’ils vont rencontrer sur leur route. Malgré toutes les prescriptions alimentaires juives, monsieur Quesson note que Jésus dit : « Mangez ce que l’on vous servira! » Il est résolument ouvert aux coutumes et cultures des non-juifs. Au chapitre huit de Luc, versets 1 à 3, l’évangéliste parle des femmes qui suivent Jésus. Y en aurait-il eu parmi ces soixante-douze envoyés-ées? Je doute que nous le sachions un jour.

Le royaume ne peut être enfermé dans un peuple

Pourquoi soixante-douze envoyés? Dans le livre de la Genèse, au chapitre dix, la Bible mentionne le nombre de nations sur Terre : soixante-douze. Donc, résolument, cet envoi se fait vers les nations non-juives. Luc, contrairement à Mathieu et Marc, n’était pas juif. On ne retrouve cet envoi des soixante-douze seulement chez l’évangéliste Luc. Selon plusieurs biblistes, il portait un souci particulier à faire part de la révélation de Jésus à l’extérieur des frontières d’Israël. Luc aurait accompagné Paul souvent et l’on dit de Paul qu’il était l’apôtre des païens, des non-juifs. Le premier envoi fait par Jésus était réservé aux douze apôtres. On peut penser à douze pour les douze tributs d’Israël. D’où, je pense, la spécificité des deux discours.

Tout chrétien doit être, par définition, un frère, une sœur catholique: c’est à dire universel, selon le sens propre du mot grec katolikos qu’on traduit en français par catholique. Tout groupe chrétien, pour être catholique, doit donc être ouvert à tous, sans exclusion (…) Le règne de Dieu ne peut être enfermé dans un peuple, dans une société, dans une Église (…) L’influence du royaume de Dieu ne s’arrête pas aux frontières d’Israël. Le monde de Dieu ne se limite pas au monde juif. (Il appartient à) ceux qui ne jugent pas et ne condamnent pas. À ceux qui sont des semeurs de concordes, d’unité au milieu de leurs frères. Ce sont eux les êtres de paix. L’envoyé du Christ sera signe de la tendresse de Dieu, témoin de l’humilité de Dieu. Seul l’humble amour est la force capable de fouler aux pieds les serpents de la méchanceté et de la haine. Parce que ceux qui font le mal sont d’abord ceux qui ont mal.

Georges Convert

Étienne Godard

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