
Avec le texte de l’évangéliste Luc cette semaine, nous sommes toujours sur la route, sur la route vers Jérusalem. Jésus n’est pas seul à faire route, ses apôtres l’accompagnent et probablement aussi d’autres disciples. J’ai fait mention, il y a quelques semaines, que sur son chemin, se trouvent parfois aussi des femmes (Luc 8,1-3).
Un souffle sur le chemin
Dans le texte qui nous intéresse cette semaine (Luc 10,38-43), Jésus et ses apôtres s’arrêtent dans la maison de Marthe et Marie, probablement après une longue journée de marche. Luc écrit que Marthe nous dit qu’elle ne sait trop où donner de la tête. Marthe est l’hôtesse et on imagine qu’il y a plusieurs invités, peut-être les apôtres, mais le texte n’en dit rien. Nous avons tous, un jour ou l’autre, été pris dans cette situation. Surtout pour une maîtresse de maison dans un monde d’homme.
Clarifions d’abord une chose, qui sont ces deux femmes, Marthe et Marie? Si nous nous rappelons le récit de la résurrection de Lazare, nous réalisons que Marthe et Marie appartenaient à la même famille que Lazare. Dans l’évangile de Jean, chapitre onze, verset cinq, on lit: « Jésus aimait bien Marthe et sa sœur et Lazare ». Au verset dix-neuf du même chapitre, on apprend que cette sœur s’appelle Marie. Chez les deux sœurs de Béthamie, Jésus est en terre connue. Les évangiles ne nous disent pas où ils ont fait connaissance.
Georges Convert, dans son commentaire sur cet évangile, nous dit que les maisons privées ont servi de premier lieu de rassemblement de cette communauté naissante autour de Jésus. Il mentionne que Pierre, après son arrestation, dont on trouve le récit dans les actes des apôtres, s’est réfugié dans la maison d’une certaine Marie, où « (…) il y avait là une assez nombreuse assistance en prière » (Ac 12,12). Il nous rappelle aussi que Paul fonde son Église dans la maison de Lydie (Ac 16,11-40). Je parle ici de deux époques différentes: celle de la mission apostolique de Jésus et celle, après son départ, de la naissance de l’Église. Mais l’on y retrouve des correspondances qui nous informent sur les prémisses que vont entrainer les éboulements de l’affaire Jésus.
Nous devinons, dans ce faisceau de lumière qui est mis sur Marie, une grande écoute de la parole dans son attention portée à l’enseignement de Jésus. Nous pouvons y lire une mise en équilibre de la pratique chrétienne qui est présentée aux lecteurs. En effet, le texte qui précède est celui du bon Samaritain. Ce texte nous parle des deux voies qui sont importantes dans la réalisation du Royaume: l’amour de Dieu et celle du prochain, dont fait amplement l’éloge la parabole du bon Samaritain. Ici, cette lumière est faite sur l’écoute de Marie. Est-ce que l’on doit y voir l’autre face de l’être chrétien transmis par Jésus?
À travers l’agir du Samaritain, la contemplation de Marie?
La position du disciple
Je pense qu’il faut aller plus loin pour mieux cerner la particularité de ce récit. On nous présente Marie assise aux pieds de Jésus. Être assise auprès du maître, c’est assumer la position du disciple. Dans le monde juif du temps de Jésus, la fréquentation d’un rabbi comme les enseignements sur les textes sacrés ne sont pas ouverts aux femmes. C’est strictement réservé aux hommes. Contrairement à cet usage, ici, Jésus, accepte Marie dans ce rôle. Elle est, en quelque sorte, ordonnée « au sens plénier du terme (…) à l’accueil de la parole de Dieu. » (p.156, la grâce d’être femme, Georgette Blaquière, éd. Saint-Paul, 1981). Il est difficile de passer à côté de cette singularité de l’enseignement de Jésus. Dans l’avant-propos de son ouvrage, mme Blaquière écrit: « Il m’a semblé évident que tout au long des évangiles, transparaissait la volonté délibérée de Jésus de rendre à la femme la vigueur originelle et de la remettre debout et libre devant son Dieu et devant les hommes ».
Le prophète de Nazareth a toujours porté une attention particulière à toutes les personnes qui vivaient en marge dans la société juive de son temps. Les évangiles prennent naissance dans un monde très masculin. Malgré tout, elles laissent transparaitre un visage du monde très ouvert. J’emprunte cette observation à un commentaire entendu sur le site de campusprotestant.com. Chez l’évangéliste Luc, nous notons, coup sur coup, des annonces très subversives faites par Jésus: une invitation faite au monde païen à partager son enseignement, la glorification d’un Samaritain et une ouverture au monde féminin. Cela, et bien d’autres choses, me rappelle la pertinence, aujourd’hui, du message du rabbi de Nazareth.
Jésus, je m’assois à tes pieds pour mieux apprendre,
Georges Convert
pour boire ta parole et l’Esprit d’amour qui en est le ciment perpétuel.
Fais couler en moi cette source d’eau vive
pour que j’aille à mon tour
vers mes frères et soeurs assoiffés,
leur transmettre ta paix et ton espérance,
dans la discrétion et le respect d’un amour
toujours plus humble. Amen!
Étienne Godard
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