Regards croisés

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Cette semaine, l’évangéliste Luc nous présente Jésus en train de prier. D’ailleurs, peut-être avez-vous remarqué Luc, en particulier, nous présente souvent Jésus qui se retire pour prier. Toutefois, jamais, les évangélistes nous disent quelle est la prière de Jésus. À ma connaissance, c’est seulement au jardin de Gestsemani que les évangélistes nous révèlent le contenu de sa prière. On apprend que Jésus demande à son Père d’éloigner la coupe qu’il doit boire, mais, ultimement, il va lui demander de faire Sa volonté et non la sienne. Cette courte prière nous en révèle beaucoup sur la prière de Jésus.

Abba

Jésus appelle Dieu du nom de Père, abba en araméen, sa langue maternelle. Il invite ses disciples, et à travers eux, nous, qui marchons sur le chemin de Jésus aujourd’hui, de s’adresser à Dieu en disant Notre Père. C’est une formule très intime. Une formule dans laquelle Dieu se fait proche. Selon moi, Jésus, par cette formule, quitte la solennité que marque le grand Temple de Jérusalem, dont l’accès est strictement contrôlé par des normes de pureté, pour s’adresser au cœur de la personne humaine. D’ailleurs, ce Jésus en prière, nous dit le texte de Luc, est « quelque part ». Ce « quelque part » peut signifier n’importe où, tant qu’il soit retiré et paisible. Plus que n’importe où, mais n’importe quand aussi. Puisque la seule précision que nous donne le texte c’est « Un jour », pas uniquement le jour du sabbat. Nous pourrions aussi répondre à la question: quand Jésus prie-t-il? Certainement, pour Jésus, prier, c’est comme un acte de respiration. Une volonté de se mettre en présence de son Père, de s’immerger dans sa volonté. 

Pas ma volonté, mais Ta volonté

À Capharnaüm, dans l’évangile de Marc, après avoir passé la journée à chasser les esprits mauvais et à guérir les malades, Jésus s’isole et prie. Comme après la multiplication des pains sur la montagne ou encore après la révélation de Pierre sur sa qualité de messie, il se réfugie dans intimité de la prière sur la montagne avec Élie et Moise. Comme s’il ne voulait pas que son agir lui monte à la tête. Père, que ce ne soit pas ma volonté, mais Ta volonté…  Les évangiles nous parlent de Jésus en prière dans des occasions particulières de sa vie, où cette action lui a permis de reprendre son souffle, le souffle, celui de l’Esprit. Ceux et celles qui marchent sur son chemin sont aussi invités, dans leurs moments d’essoufflement, dans les moments où leurs pas les amènent à fréquenter des routes cahoteuses, sinueuses, à s’arrêter pour se mettre à l’écart et se connecter de nouveau sur le souffle de vie du Père. Je me souviens d’un enseignement de Georges sur la prière au Relais. La prière, nous répétait-il, est un chemin pour nous réconcilier avec nous-mêmes et avec la vie.

Pas « je » mais « nous »

Une autre facette marquante de cette prière du Notre Père: c’est l’invitation qui nous est faite de ne pas utiliser le pronom « je », mais « nous ». La bible nous apprend que le salut n’est pas une affaire personnelle, mais communautaire. On ne se sauve jamais seul, mais avec, donc toujours dans un état de relation, d’alliance. Comme l’écrit Georges Convert dans son commentaire, dans la culture biblique, l’idée de s’élever, de se sauver ou de se racheter seul, n’a aucun sens.

D’ailleurs, écrit-il, « nous ne disons pas: « donnes-moi, remets-moi » ». J’ai lu une très belle définition de la prière qui disait à peu près ceci: la prière c’est s’ajuster au Père. S’ajuster, c’est s’exposer, se mettre en présence, en relation étroite au désir du Père. « Chacun disserte sur les malheurs de son état, et se plaindre et accuser » écrit A.M. Carrée dans Notre père qui est aux cieux, au Cerf, « mais il a mieux à faire. Qu’il s’attaque donc au mal dont ses fautes à lui sont la faute (…) qui font verser autour d’eux tant de larmes (…) En changeant nos vies, commençons par dénoncer, par supprimer (ces vérités), à portée de notre main, où plutôt de notre cœur. »

Dans cette prière du Notre Père, Georges Convert nous parle de l’importance de se connecter à Son Esprit :

C’est cet Esprit qui nous donne de savoir gouverner notre vie, l’orienter de telle manière que nous nous ouvrons sans cesse au mystère plus plénier de la vie. Là où nous sommes, il nous guide, nous conforte, suscite en nous toutes nos capacités pour cheminer. Demander l’Esprit Saint, pour nous aujourd’hui, c’est comme jadis le roi Salomon qui demandait la sagesse… C’est ce qui nous permet de bien nous orienter pour recevoir davantage cette vie qui ne désire que se donner et qui désire nous rendre plus vivants, chacun et tous. Et, aujourd’hui, l’orientation donnée par l’Esprit Saint, c’est de pouvoir vivre comme Jésus l’a fait… Un esprit qui guide notre être l’oriente vers celui qui nous reçoit et nous conduit, qui nous donne le goût de le suivre, de prendre le même chemin que lui, celui qui nous rend fils, qui nous rend frère et sœur des autres hommes…

Georges Convert

Étienne Godard

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