Regards croisés

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Cette semaine au Relais Mont-Royal, pour la prière du mercredi, nous avons décidé de choisir un texte d’évangile qui s’accordait à la visite du pape François au Canada. Ce voyage fait suite à la demande de nations autochtone d’entamer un processus de guérison suite aux actes terribles faits par l’Église dans l’histoire des pensionnats autochtones, crimes révélés par la commission de vérité et de réconciliation. Matthieu, dans son discours sur les béatitudes aborde cette nécessité du pardon et de la réconciliation, tout particulièrement au chapitre 5, versets 20-26.

Ne plus jamais laisser de côté cet être humain en détresse

Ce qui nous a semblé pertinent dans le partage de ce texte cette semaine, c’est d’établir un parallèle entre la démarche de François et la démarche évangélique que nous propose le texte de Matthieu. Ce texte met en exergue ce que l’on a précédemment vu avec la parabole du bon Samaritain : la conversion passe nécessairement par l’autre que l’on rencontre sur la route. L’histoire nous démontre clairement la primauté des relations humaines sur toutes autres démarches qui impliquerait le domaine du sacré, de notre relation à Dieu. On se souviendra que dans cette parabole de Jésus, la démarche du Lévite et du prêtre laisse de côté l’homme en détresse sur le bord du chemin, guidé par un désir de pureté qu’exige l’encadrement du sacré dans leur travail au Temple. La démarche de François nous demande, comme membre de l’Église, de ne plus jamais laisser de côté cet homme en détresse. La parabole ne le dit pas clairement, mais, de par leurs fonctions dans le cadre du déroulement des rituels au Temple de Jérusalem, nous pouvons aisément les supposer. 

Ton devoir est de te faire proche

Souvenons-nous que Jésus, après avoir conté sa parabole au chapitre dix de Luc, demande au docteur de la loi, qui lui avait demandé quel était son prochain, lui répond ceci: (v. 36) « Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands? » (v. 37) « C’est celui qui a agi avec bonté envers lui », répond le professeur de la loi. Jésus lui dit: « Va agir de la même manière, toi aussi. » Je résume rapidement l’enseignement de Jésus, au-delà de tous préceptes sacrés ou religieux, ton devoir est de te faire proche, en humanité, de cet être souffrant.

La fréquentation de la parole de Jésus nous a appris qu’au-delà de tout système juridique, l’amour et la bienveillance nous invitent à nous faire proches. L’appel du texte de Matthieu est semblable à celui de la parabole du bon Samaritain. Jésus dit: « Si tu te rappelles que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère » (…). Ici aussi, ce qui est mis de l’avant, c’est la priorité qui est donnée à la relation communautaire. Oui, avec la venue de Jésus, Dieu nous montre qu’il veut se faire proche. Mais cette proximité ne peut se concrétiser sans son corolaire au sein de la communauté humaine. Un commentaire de Noël Quesson sur ce texte de Matthieu (5,21-26), dans Parole de Dieu pour chaque dimanche, va dans la même direction: « La ligne la plus importante de l’action de l’homme se situe dans les relations humaines. »

Pour une démarche authentique

Cette invitation à se faire proche, à chercher la réconciliation, est un incontournable. J’ai lu un commentaire sur le site Carmel Saint-Joseph qui allait dans le même sens. J’y ai fait référence dans le deuxième paragraphe. Il disait ceci, la conversion passe nécessairement par l’autre que l’on rencontre sur nos chemins. Je pense que c’est là une bonne description du désir du pape François. Je pense que c’est aussi la démarche d’autres hommes d’Église chez nous. Je pense à l’archevêque de Montréal, Mgr Lépine, qui nous avait fait entendre, au sein de la cathédrale Marie Reine du Monde, à Montréal, le témoignage d’un homme qui avait subi des sévices sexuels dans une école confessionnelle, alors qu’il était enfant. Mgr Lépine l’avait appelé personnellement pour lui demander pardon. Comme responsable de l’Église Montréal, il prenait le blâme. Je pense que ces démarches s’inscrivent dans le souffle des enseignements évangélique que nous trouvons dans les textes que nous avons lus les dernières semaines chez Matthieu et Luc.

Mais souvenons-nous aussi que la loi, au moins pour le chrétien, ne tient jamais toute seule. Elle ne tient pas sans la compréhension, l’amitié, l’amour, la grâce et le pardon. Nous savons tous que ce qui est légal n’est pas nécessairement moralement bien. Même plus. La loi peut nous leurrer en nous entretenant dans le mensonge. Il est normal pour une société de droit de baliser ainsi le vivre ensemble. Mais le danger est de penser que ces lois suffisent pour faire de nous des êtres authentiques. Et pour quelqu’un qui veut être fidèle à l’Esprit répandu par Jésus, jamais une loi ne pourra encadrer l’appel à aimer. [Se référant à la confrontation entre Jésus et les hommes de loi] La Loi rigide qui réglait nos comportements à l’égard des autres est totalement dépassée, car une nouvelle Loi a pris place en nous ; c’est celle de l’amour du prochain. Elle consiste à régler nos comportements envers les autres de telle sorte que nous ne lésions personne, mais que tous se trouvent grandis par ce que nous entreprenons. Jésus utilise aussi une métaphore où des mots forts pour communiquer le sérieux du péché le critère d’accès au Royaume. L’obéissance à la lettre du commandement devient seconde par rapport à l’accomplissement d’une justice que Matthieu dit supérieure à celle des scribes et des pharisiens (…), le lieu de la réconciliation est l’existence quotidienne.

Georges Convert

Étienne Godard

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