Regards croisés

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En lisant le texte de Luc de cette semaine (Lc 12,32-48), une parabole qui nous invite à veiller, il nous vient rapidement en tête la parabole des dix jeunes filles qui attendent l’époux, dans le récit de Matthieu, au début du chapitre vingt-cinq. On se souvient des jeunes filles de la parabole qui n’avaient pas été assez prévoyantes pour amener avec elles une réserve d’huile afin de garder leur flamme allumée. Ici, comme dans les derniers textes d’évangiles que nous avons parcourus, Jésus et ses disciples sont sur le chemin, en route vers Jérusalem. Jésus entrevoit ce qui les attend et ce qui l’attend dans la capitale religieuse juive : de grandes difficultés, des souffrances, des rêves et des aspirations brisés, les marins qui vont quitter le navire… Cet appel à veiller est très présent dans l’histoire biblique. Il est présent parce que cette histoire est parsemée d’embûches.

Devant cette coupe à laquelle Jésus sait qu’il va devoir boire, des bourrasques vont se lever. D’où cet appel à veiller! On parle de radicalité dans les évangiles. Luc écrit très certainement à partir du récit des premiers témoignages sur ‘l’affaire Jésus’. Cette radicalité-là a dû être intrinsèquement liée aux premières communautés chrétiennes. Dans ces communautés, nombreux sont les disciples qui étaient convaincus qu’ils allaient connaître, de leur vivant, le retour du Christ. Il y a un sentiment d’urgence très palpable dans ce texte. 

Devant certaines réalités, nous nous sentons étrangers devant ces premiers chrétiens. Aujourd’hui, comment accueillir cette invitation à veiller ? Plus haut, je faisais référence à la parabole des dix jeunes filles en attente du retour du marié dont certaines vont voir leur lampe s’éteindre, faute d’huile. Pour moi, dans cet appel à veiller, je trouve une invitation à garder en moi cette lumière bien allumée. Garder bien allumer cette flamme qui garde ma vie dans la lumière et qui, j’espère, va pouvoir en allumer d’autres ! Veiller c’est resté éveillé. C’est un appel à demeurer à l’affût de ces moments d’éveil où, par notre présence, dans les instants les plus éphémères soient-ils, dans le frôlement du regard, d’un sourire, d’une main tendue, d’une parole écoutée ou donnée, il nous est donné l’opportunité de transmettre cette lumière. C’est en vivant la bienveillance, le partage, le service et la bonté que nous nourrissons nos vies.

Veiller, c’est demeuré dans l’espérance, ne jamais laisser se taire notre désir, notre quête, notre recherche sur les chemins dans lesquelles nous avons appris à reconnaître le maître. Nous y sommes renvoyés à notre responsabilité de fils et de filles de lumière. Il faut bien veiller à ce surgissement de l’esprit dans nos vies. Parce que, comme Georges l’écrit dans son commentaire, il nous surprend toujours. Nous nous attendons toujours à un feu d’artifice, à une magnificence qui nous sortirait du monde. Alors que, justement, c’est dans celui-là, dans sa respiration de tous les jours, que se trouve Sa présence. Malheureusement, il y aura toujours ceux et celles qui n’attendent plus rien, parce que leurs souffrances ont été trop fortes et que cette lumière ne s’est jamais présentée à eux, à elles.

C’est à travers ces gestes quotidiens — que nous faisons sans calcul — que se fait pour nous la visite du Fils de l’homme. Si Dieu nous apparaissait sous les traits des puissants, des grands de ce monde, nous serions enclins à le servir par intérêt, pour en obtenir les bonnes grâces. Les gestes faits envers les petits nous apprennent la manière d’agir de Dieu. En effet, ces actions sont des actes de véritable amour et Dieu n’est qu’amour. La vie véritable est faite de cet amour gratuit et ce sont ces gestes qui gardent notre coeur vraiment vivant. Vivant pour l’éternité, puisqu’aimer gratuitement c’est vivre comme Dieu l’Éternel.

Georges Convert

Étienne Godard

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