Regards croisés

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Le lavement des pieds est un appel à l’humilité

La crucifixion est le geste ultime du don de soi. Laver les pieds peut aussi être considéré comme un geste de don de soi. Dans ce geste, Jésus pose le geste ultime de l’envoyé de Dieu en révèlant sa nature première, celle du service. Il est à noter que les esclaves n’étaient pas tenus de laver les pieds de leur maître. Le fils pouvait laver les pieds de son père, parce que c’était-là un geste d’amour, un geste d’affection. D’ailleurs, cet évangile se termine par l’invitation de Jésus lancer à ses disciples, aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé. Il a été le premier à leurs laver les pieds. Confirmation dans la présentation d’un visage renouvellé de Dieu.

Ce Dieu neuf se fait proche

Il s’agenouille devant nous pour nous laver les pieds. Ce n’est pas le Dieu des armées. Un Dieu Pharaon, tout puissaht, qui se place au dessus de tout en roi et maître. Il sa présente comme le Dieu qui est avec, qui se fait proche, proche comme un voisin peut l’être. Ce Dieu, dont Jésus est le reflet, nous dit les évangile, ne se défini pas comme l’humain à l’habitude de sa définir. Il nous arrive souvent de se définir par ce que nous avons, c’est direct, rigoureux, quantifiable et facilement comparable : notre statut social, notre travail, notre lieu d’habitation, notre origine géographique, notre éducation. Cela résume habituellement assez bien le poids social que l’on a. Ce que nous présente Jésus sur l’image de Dieu est tout autre. C’est pour cela que j’aime l’expression du Tout Autre quand je fais référence à Dieu.

Comment Jésus nous parle-t-il de Dieu? Comme l’expression d’un souffle, d’un mouvement qui se veut perpétuel, ce qui représente bien ce qu’est la Trinité pour moi, tout comme l’Esprit. Comme nous le montrait le récit du prophète Élie sur le mont Holeb, une brise délicate. Je me risquerais à dire que Dieu est une relation. D’où ce concepte d’Alliance qui nous vient du Premier (Ancien) Testament.

Le refus de Pierre de se faire laver les pieds par Jésus exprime certainement son refus de considérer le messie dans cet abaissement. Pierre nous est souvent présenté par les évangélistes comme le représentant des douze. Ces apôtres ce sont toujours soulevés contre l’image du messie que Jésus représentait lorsqu’il leur parlait de sa mort qui approchait dans leurs marche vers Jérusalem. « C’est un comportement humain », écrit Alain Marchadour « qui ne veut pas voir le salut dans l’abaissement, qui ne veut pas voir Dieu dans l’image du serviteur » (Venez et vous verrez, Bayard, 2011, p. 357).

Pendant ce dernier repas Jésus dévoile, pour moi, un aspect fondamental de ce Tout Autre que l’on appel Dieu : son invitation à entrer en relation. Il dévoile certainement là une certaine fragilité. Car pour entrer en relation, il nous faut une grande dose d’humilité. C’est l’image qui transpire du lavement des pieds. Pour entrée en relation, il faut avoir la capacité de se faire proche. C’est le geste que nous laisse Jésus en nous invitant à le faire les uns aux autres. Tout comme il nous invite à nous aimer les uns les autres comme il nous a aimé. Ce « comme » parle d’une relation qu’il a
établie autour de Lui, une forme de relation qu’Il nous propose comme Royaume.

Étienne Godard

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